Et si on rap­pe­lait le roi ?

Et si on rap­pe­lait le roi ?

Par Fré­dé­ric de Natal

C’est tou­jours avec plai­sir que nous relayons la parole de Fré­dé­ric de Natal, qui est  l’un des meilleurs connais­seurs des familles prin­cières d’Eu­rope et même du globe. Cepen­dant nous atti­rons l’at­ten­tion de nos amis, fidèles à la doc­trine de l’AF, sur un cer­tain rela­ti­visme dans les pro­pos du rédac­teur, concer­nant les légi­ti­mi­tés res­pec­tives du prince fran­çais et du prince espa­gnol, comme si cha­cune d’elles se valaient. Bien enten­du , s’a­gis­sant de l’AF, il n’y a aucun doute sur le fait que Jean, comte de Paris est le seul pré­ten­dant au trône de France.

Oli­vier Perceval

Marianne pen­due au gibet du 49.3 !?

L’acte a été condam­né par divers élus locaux. Hier à Tou­louse et,au petit matin, une ving­taine de jeunes mili­tants de l’Ac­tion fran­çaise ont pen­du « sym­bo­li­que­ment » une effi­gie de « la gueuse », ce terme mépri­sant habi­tuel­le­ment attri­bué à la Répu­blique depuis l’Entre-deux-guerres par les monar­chistes. Le jour – même, le gou­ver­ne­ment du pre­mier ministre Edouard Phi­lippe dégai­nait l’article 49.3 de la consti­tu­tion de 1958 afin de faire pas­ser en force un pro­jet de loi sur les retraites, vic­time d’une obs­truc­tion par­le­men­taire. Entre ces deux actes, aucune cor­ré­la­tion si ce n’est le signe d’une France malade de sa démo­cra­tie et qui semble enta­mer désor­mais le der­nier cha­pitre de son exis­tence sur fond de vio­lences sociales rare­ment atteintes dans son histoire.

« Contre un régime instable, irres­pon­sable, à court terme et qui divise, contre une répu­blique cen­tra­li­sa­trice sou­mise aux lob­bies qui sacri­fie le Bien Com­mun aux inté­rêts par­ti­cu­liers et à la déma­go­gie, Vite la Monar­chie ! Pour que vive la France, vive le Roi ! »

Peut-on lire sur les divers réseaux sociaux de l’Action fran­çaise, le mou­ve­ment de l’académicien Charles Maur­ras et dont l’ombre ne cesse de pla­ner au-des­sus d’un gou­ver­ne­ment dra­pé dans le voile aveugle d’un auto­ri­ta­risme qui ne dit pas encore son nom. Mon­tée du com­mu­nau­ta­risme reli­gieux, crise sociale, crise iden­ti­taire, mon­tée des popu­lismes, scan­dales en tout genre (comme le Benal­la­gate pour ne citer que celui-ci), actes de ter­ro­risme d’extrême-gauche (osons dire un peu les choses main­te­nant-ndlr), les chaînes des digues qui pro­té­geaient tout indi­vi­du contre l’intolérance natu­relle de l’homme se sont bri­sées, la France de Louis XIV de Napo­léon, ou de Charles de Gaulle est désor­mais mena­cée d’éclatement.

Encore faut-il-ajou­ter de nou­velles ingé­rences poli­tiques étran­gères au sein de l’Hexagone sans même que l’état ne daigne bou­ger pour assu­rer notre inté­gri­té natio­nale. Les attaques sup­po­sées de la Rus­sie ou des Etats-Unis, l’affaire por­no-poli­tique Pio­tr Andreïe­vitch Pav­lens­ki, l’incendie à la Gare de Lyon en marge d’un concert d’une star congo­laise, les mani­fes­ta­tions algé­riennes du Herak à Paris et hier le ras­sem­ble­ment géant orga­ni­sé à Per­pi­gnan par le dépu­té sépa­ra­tiste cata­lan Carles Puig­de­mont i Casa­ma­jó sont autant d’exemples récents et de signes de la déli­ques­cence d’une Vème Répu­blique qui semble à bout de souffle et à l’agonie. Une France réduite à « l’état de ser­vi­tude volon­taire » vis-à-vis de Bruxelles expli­quait très jus­te­ment Ber­trand Renouvin,leader de la Nou­velle action roya­liste et ancien membre du Conseil éco­no­mique et Social, dans un édi­to­rial de décembre 2019. Cer­tains évoquent même ouver­te­ment une « guerre civile » à venir sans savoir de qui l’un serait l’ennemi de l’autre, ou bien qui entre deux com­plot francs-maçons et dans un vague délire mas­tur­ba­toire, fan­tasment à un hypo­thé­tique coup d’état de la « Grande muette », oubliant ce qu’est la réa­li­té d’une dic­ta­ture mili­taire ou la notion de léga­lisme qui règne au sein de l’armée. Et pour­tant, à regar­der de plus près, ce sont encore des preuves cette atmo­sphère d’angoisse géné­rale qui a enva­hi « le pays réel [plus que jamais oppo­sé] au pays légal ». Rare­ment dans son his­toire, la France post-1945 n’avait atteint un tel niveau de crise révo­lu­tion­naire et celle de 1968 paraît bien sobre au regard des évé­ne­ments actuels. 

Un nou­veau 6 février 1934 ? 

Hier soir aux abords du par­le­ment, des mil­liers de fran­çais, toutes ten­dances poli­tiques, se sont ras­sem­blés pour crier leur refus de l’utilisation du 49.3. « Oublié les cahiers de doléances et le Grand débat », vague pitre­rie pré­si­den­tielle qui, à tra­vers un savant coup de mar­ke­ting, avait ten­té de faire redo­rer le bla­son ter­ni de « Jupi­ter », le sur­nom don­né à Emma­nuel Macron. Un pré­sident qui n’est plus en odeur de sain­te­té auprès des fran­çais. Fin de par­tie, la magie s’est envo­lée dou­ce­ment dans les volutes de l’illusion, hap­pées par le cynisme macro­nien post-ado du « moi je ». Ce matin, sur les ondes de Radio France Inter­na­tio­nale, c’est una­nime que l’opposition et les syn­di­cats ont annon­cé qu’ils allaient reprendre les mani­fes­ta­tions contre le gou­ver­ne­ment alors que les vacances sco­laires se ter­minent. Avec deux motions de cen­sures déjà dépo­sées contre le gou­ver­ne­ment du pre­mier ministre Edouard Phi­lippe, dont la per­ma­nence au Havre, a été atta­quée pour la 3ème fois consé­cu­tive depuis le début de la cam­pagne pour les muni­ci­pales du 15 mars pro­chain, Les Répu­bli­cains (LR), le Ras­sem­ble­ment natio­nal (RN) et France Insou­mise (FI) vont ten­ter avec les dis­si­dents de La Répu­blique en marche (LREM) de faire tom­ber le gou­ver­ne­ment. Bien que cela ait peu de chances d’aboutir, l’ambiance du moment n’est pas sans rap­pe­ler cette jour­née his­to­rique, dans l’histoire de la IIIème Répu­blique, qui avait mena­cé les ins­ti­tu­tions jusque dans ses fon­de­ments. La France est-elle au bord de l’implosion ? C’est la théo­rie qu’avance l’historien et démo­graphe Emma­nuel Todd dans son nou­vel ouvrage « Les luttes de classes en France au XXIe siècle » et qui évoque « cette France du XXième siècle, para­ly­sée mais vivante, où se côtoient et s’af­frontent des domi­nés qui se croient domi­nants, des éta­tistes qui se croient libé­raux, des indi­vi­dus éga­rés qui célèbrent encore l’in­di­vi­du-roi, avant l’i­né­luc­table retour de la lutte des classes ».

Et si on rap­pe­lait le roi ?

 Le maga­zine « L’incorrect » affirme que les « fran­çais en rêvent ». Il n’est peut-être pas loin de la véri­té. Avec 17% des son­dages en faveur de la res­tau­ra­tion de la monar­chie, des pré­ten­dants au trône de plus en plus pré­sents dans l’espace média­tique, des titres qui se sont mul­ti­pliés sur le sujet depuis deux ans des poli­tiques locaux ou natio­naux qui ont évo­qué ouver­te­ment ce « roi qui manque à la France » et dont elle ne s’est jamais vrai­ment remis de sa mort en 1793, l’institution répu­bli­caine montre des signes cer­tains de fra­gi­li­té et qui appellent au redres­se­ment natio­nal. Dans un édi­to­rial dans le maga­zine « Marianne », la polé­miste Nata­cha Polo­ny, est lapi­daire sur la réa­li­té de ce déni fla­grant de démo­cra­tie. un de plus après le réfé­ren­dum de 2005, balayé du revers de la main par le pré­sident Jacques Chi­rac, irri­té que les fran­çais n’aient pas voté en faveur d’un nou­veau contrat euro­péen. « le pro­jet de réforme des retraites aura consti­tué un nau­frage poli­tique. D’une idée plé­bis­ci­tée par une majo­ri­té de Fran­çais, l’obstination tech­no­cra­tique à faire tra­vailler plus long­temps des citoyens soup­çon­nés de paresse congé­ni­tale aura fait une occa­sion de plus de construire l’image d’un pou­voir auto­ri­taire et sourd. En face, la guerre de tran­chées des dépu­tés insou­mis à coups d’amendements pré­textes aura davan­tage encore détruit ce qui reste de débat à l’Assemblée natio­nale » écrit Nata­cha Polo­ny. Le par­le­men­ta­risme actuel a atteint les limites de son exis­tence avec l’utilisation à outrance de cet article consti­tu­tion­nel ou de ses amen­de­ments. De droite comme à gauche, toutes idéo­lo­gies confon­dues, on crie haro sur le « monar­chisme répu­bli­cain », pâle-copie sans saveurs de notre défunte royau­té sans trop oser encore appe­ler à un réfé­ren­dum sur la ques­tion des ins­ti­tu­tions. Excep­té France insou­mise et son idée sau­gre­nue de reve­nir à un type de IVème répu­blique, un des plus beaux échecs de gou­ver­nance répu­bli­caine ayant existé.

La France nos­tal­gique de ses souverains ?

Exit depuis les trois der­niers man­dats pré­si­den­tiel, l’idée d’avoir « un chef d’É­tat arbi­tral, garant de la conti­nui­té et de l’in­dé­pen­dance natio­nale, véri­table clef de voûte des ins­ti­tu­tions » a été dévoyée. « (…) Il n’est pas éton­nant que les Fran­çais, atta­chés à la sym­bo­lique poli­tique, se pro­noncent à chaque élec­tion pré­si­den­tielle par des votes de rejet plus que d’adhé­sion » consta­tait avec inquié­tude, le prince Jean d’Orléans, comte de Paris, dans une tri­bune publiée dans le jour­nal « Le Figa­ro », en octobre 2018 et à l’aube du mou­ve­ment des Gilets Jaunes, nos cro­quants de ce siècle pour les­quels, les deux pré­ten­dants au trône ont appor­té leurs sou­tiens offi­ciels. Les fran­çais réclament un arbitre. En guise de conclu­sion, le comte de Paris ne se fai­sait-il pas l’écho de la volon­té de nos conci­toyens lorsqu’il écri­vait jus­te­ment : « Je sou­haite, dans la conti­nui­té des décla­ra­tions de mon grand-père et de mon père, que l’É­tat soit, à nou­veau, réta­bli dans son indé­pen­dance selon sa voca­tion arbi­trale afin qu’il soit plei­ne­ment au ser­vice de la France et des Fran­çais ». « L’In­té­rêt natio­nal et la res­tau­ra­tion des pou­voirs réga­liens méritent toute notre atten­tion, pour la France et le Roi » mar­tèle l’Action fran­çaise. Jean d’Orléans, Louis-Alphonse de Bour­bon, Jean –Chris­tophe Napo­léon, autant de des­cen­dants d’Henri IV qui se sont décla­rés, ces mois pas­sés, tous dis­po­nibles à rele­ver le dra­peau tri­co­lore si la popu­la­tion le sou­haite. Le che­val blanc et Jeanne d’Arc en moins.