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Cette fois la Tur­quie est en guerre contre la Syrie

Par Antoine de Lacoste

Trente-trois mili­taires turcs ont été tués jeu­di 27 par un bom­bar­de­ment que la Tur­quie attri­bue à l’aviation syrienne. C’est le gou­ver­neur de la pro­vince turque d’Hatay qui en a fait l’annonce, ajou­tant que plu­sieurs dizaines d’autres sol­dats avaient été blessés.

Les com­bats ont, ces der­niers jours, pris une ampleur inédite dans la pro­vince d’Idleb occu­pée par l’armée turque et plu­sieurs milices isla­mistes, cer­taines alliées à Anka­ra, d’autres non, comme le Front al– Nos­ra. L’armée syrienne a pour­sui­vi sa pro­gres­sion dans le sud de la pro­vince, repre­nant des dizaines de vil­lages. Elle a, en revanche, subi un revers impor­tant en per­dant la ville de Sara­queb. L’autoroute M5 reliant Damas à Alep est donc à nou­veau cou­pée alors que sa reprise, après de durs com­bats sem­blait solide.

L’intervention turque a évi­dem­ment chan­gé la donne et ce n’est plus seule­ment son artille­rie qui est à la manœuvre contre l’armée syrienne, mais des fan­tas­sins qui appuient les assauts isla­mistes de recon­quête des ter­ri­toires perdus. 

Le pro­blème, c’est qu’Ankara, tout en ache­mi­nant des ren­forts mas­sifs vers Idleb, n’a jamais pré­ve­nu que ses sol­dats mon­taient à l’assaut par­mi les milices isla­mistes. Le Minis­tère russe de la Défense a indi­qué dans un com­mu­ni­qué que si les Turcs avaient per­du 33 hommes, c’est parce qu’ils se trou­vaient « par­mi des uni­tés com­bat­tantes de groupes terroristes ».

La Tur­quie, domi­née mili­tai­re­ment car ne béné­fi­ciant d’aucune cou­ver­ture aérienne, a deman­dé à la com­mu­nau­té inter­na­tio­nale que la pro­vince d’Idleb soit décla­rée zone d’exclusion aérienne… IL fau­dra en convaincre Poutine !

Plus sérieu­se­ment, Anka­ra menace l’Europe d’une nou­velle inva­sion migra­toire. Certes, des cen­taines de mil­liers de civils fuient les com­bats et remontent vers la fron­tière turque, qui est d’ailleurs fer­mée. Mais faut-il rap­pe­ler que plu­sieurs mil­liards d’euros sont ver­sés chaque année à la Tur­quie pour la ges­tion des immi­grés syriens et évi­ter ain­si leur envoi vers l’Europe ? L’Europe avait cédé au chan­tage cynique du sul­tan qui pré­vient main­te­nant qu’il va peut-être de nou­veau ouvrir les vannes.

Les Amé­ri­cains se sont bien sûr empres­sés de sou­te­nir leur allié de l’OTAN, ravis qu’il soit en train de se fâcher avec la Rus­sie et l’invitant à voir « la Rus­sie telle qu’elle est vraiment ». 

Un porte-parole du Dépar­te­ment d’Etat amé­ri­cain a décla­ré en outre : « Nous appe­lons à un arrêt immé­diat de cette offen­sive odieuse du régime d’al-Assad, de la Rus­sie et des forces sou­te­nues par l’Iran. » Il est en effet odieux de vou­loir recon­qué­rir son ter­ri­toire occu­pé par des ter­ro­ristes isla­mistes et une puis­sance étrangère…

Quoi qu’il en soit, ces 33 morts risquent de mar­quer un tour­nant périlleux. Erdo­gan ne peut pas accep­ter des pertes aus­si impor­tantes sans réagir. Déjà, des jour­naux proches du pou­voir turc appellent à la vengeance. 

La ten­sion est donc à son comble. La Tur­quie et la Syrie sont en guerre ouverte et l’escalade pour­rait se pour­suivre, sur­tout si l’OTAN s’en mêle.