Vio­lents com­bats au Haut-Kara­bagh où les Armé­niens reculent

Vio­lents com­bats au Haut-Kara­bagh où les Armé­niens reculent

Par Antoine de Lacoste

​Les com­bats se pour­suivent au Haut-Kara­bagh et l’armée azer­baïd­ja­naise pour­suit sa pro­gres­sion mal­gré une farouche résis­tance armé­nienne. Sa supé­rio­ri­té en hommes et en maté­riel lui a per­mis de péné­trer dans le ter­ri­toire pro­pre­ment dit du Haut-Kara­bagh et de mena­cer la ville clé de Chouchi(appelée aus­si Shushi).

​Au début de l’offensive, déclen­chée par le sud le 27 sep­tembre der­nier, la pro­gres­sion des agres­seurs n’était pas encore trop inquié­tante. Elle se dérou­lait en plaine et dans les ter­ri­toires annexés par l’Arménie après la fin de la guerre en 1994. Le Haut-Kara­bagh stric­to sen­su ne sem­blait pas mena­cé et l’on se deman­dait même si c’était vrai­ment un objec­tif de l’Azerbaïdjan de le recon­qué­rir alors que cette enclave est presque exclu­si­ve­ment peu­plée d’Arméniens.

​Mais, gal­va­ni­sé par le très actif sou­tien turc, le pré­sident Aliev semble main­te­nant déci­dé à aller jusqu’au bout. Une double offen­sive se déploie donc depuis plu­sieurs jours : tout d’abord vers le cor­ri­dor de Lachine afin de cou­per l’enclave de son voi­sin l’Arménie. La route stra­té­gique n’a pas encore été reprise mais les Azer­baïd­ja­nais sont tout près et elle n’est en tout cas plus pra­ti­cable. Le ravi­taille­ment sera donc plus dif­fi­cile et s’il reste une autre route au nord, celle-ci est extrê­me­ment dan­ge­reuse. Quant aux bles­sés, ils ne pour­ront plus être éva­cués vers Ere­van, la capi­tale de l’Arménie, mais à Ste­pa­na­kert, capi­tale du Haut-Karabagh.

​La seconde offen­sive est plus impor­tante encore : elle vise la ville his­to­rique de Chou­chi. Située sur les hau­teurs, sa chute met­trait la capi­tale Ste­pa­na­kert sous le feu de l’artillerie azé­rie et des redou­tables drones géné­reu­se­ment four­nis par la Tur­quie. L’envoyé spé­cial du Monde décrit des com­bats vio­lents sur les pentes qui mènent à Chou­chi, d’où les fan­tas­sins azer­baïd­ja­nais ont pour l’instant été repous­sés. Mais pour com­bien de temps ?

​L’écart en maté­riel est trop impor­tant pour être com­blé en quelques semaines. Israé­liens et Turcs four­nissent des armes sophis­ti­quées à l’Azerbaïdjan depuis plu­sieurs années tan­dis que l’Arménie a des armes russes plus anciennes. « Une guerre de retard » com­men­taient des offi­ciers armé­niens inquiets. L’écart en effec­tifs est essen­tiel lui aus­si : si tous les hommes du Haut-Kara­bagh (et de tous âges) sont au front, l’armée armé­nienne est res­tée en Armé­nie, le pays ne pou­vant pas déclen­cher une guerre ouverte avec l’Azerbaïdjan. Il y a 10 mil­lions d’habitants en Azer­baïd­jan tan­dis que 150 000 armé­niens peuplent le Haut-Kara­bagh, et si de nom­breux volon­taires armé­niens sont venus prê­ter main-forte à leurs frères (cer­tains sont même venus de France), cela ne peut évi­dem­ment réta­blir l’équilibre.

​Dans ce contexte l’attentisme russe laisse per­plexe. Certes, un camp de volon­taires isla­mistes syriens en par­tance pour l’Azerbaïdjan a été anéan­ti par l’aviation russe dans la pro­vince d’Idleb, mais c’est tout ( la source syrienne s’est d’ailleurs tarie ensuite…). Pou­tine et Lavrov (le ministre des Affaires étran­gères) pri­vi­lé­gient la voie diplo­ma­tique mais les trois ces­sez-le-feu annon­cés depuis un mois sont res­tés lettre morte.

​On com­prend bien que Mos­cou ne veuille pas cou­per les ponts avec Bakou, ce qui jet­te­rait défi­ni­ti­ve­ment l’Azerbaïdjan dans les bras d’Ankara. Peut-être aus­si que la Rus­sie fait payer aux Armé­niens leur intran­si­geance puisque depuis 1994 ils refusent de rendre les ter­ri­toires azé­ris conquis autour du Haut-Karabagh.

​Quoi qu’il en soit, le temps presse et Erdo­gan se frotte les mains.