L’éditorial de Fran­çois Mar­cil­hac

L’éditorial de Fran­çois Mar­cil­hac

Le nou­veau gou­ver­ne­ment jupi­té­rien : La foudre en basse ten­sion.

Tout ça pour ça ! Ain­si, la nomi­na­tion comme pre­mier ministre, de M. Décon­fi­ne­ment, prise de guerre modeste aux Répu­bli­cains, aura accou­ché d’une sou­ris. Alors que les Fran­çais n’ont pas encore com­pris en quoi avait consis­té l’acte II du quin­quen­nat, ils ont du mal à croire que ce rema­nie­ment ouvre son acte III, tra­duit la volon­té de Macron de se « réin­ven­ter »…

Il aura donc fal­lu trois jours pour nom­mer à la culture Rose­lyne Bache­lot, elle qui avait pro­mis que jamais, au grand jamais, elle ne revien­drait en poli­tique. De nom­mer place Ven­dôme un avo­cat média­tique et « cli­vant », très cri­tique, voire insul­tant, envers les magis­trats, dont on peut se deman­der s’il sau­ra revê­tir la digni­té, l’impartialité et la hau­teur (théo­ri­que­ment) propres à la fonc­tion de garde des sceaux et de ministre de la jus­tice — un homme si res­pec­tueux de la plu­ra­li­té poli­tique qu’il sou­haite l’interdiction du Ras­sem­ble­ment natio­nal. Et à la tran­si­tion éco­lo­gique, Bar­ba­ra Pom­pi­li, une éco­lo­giste comme seuls les Verts savent en pro­duire : l’écologie réduite au car­rié­risme. Trois jours pour les trou­ver et les nom­mer, ou trois jours …pour convaincre cer­tains de par­tir sans fra­cas et sans empor­ter les dos­siers, comme Cas­ta­ner, deve­nu un des hommes les mieux ren­sei­gnés de France ? 

Peu importe. Pour le reste, on prend les mêmes, après avoir viré celles-et-ceux qui, de toute façon, ne pou­vaient plus res­ter. Le Maire est désor­mais seul à Ber­cy, Blan­quer emporte dans sa besace la jeu­nesse et les sports. Quant à Dar­ma­nin, il passe, comme il le sou­hai­tait, à un grand minis­tère réga­lien : celui de l’intérieur, afin de deve­nir à son tour un des hommes les mieux ren­sei­gnés de France. En tout cas, la plainte pour viol à son encontre et la réou­ver­ture des inves­ti­ga­tions n’auront pas empê­ché sa nomi­na­tion.  « Grand hon­neur, a‑t-il twee­té, pour le petit-fils d’immigré que je suis d’être nom­mé ministre de l’intérieur de notre beau pays. » Le en même temps, déjà ! On rap­pelle ses ori­gines « immi­grées » en direc­tion de la « diver­si­té », mais on affirme son intégration…Alors qu’on est des­cen­dant de Har­ki ! Dar­ma­nin ne res­pecte même pas ses ancêtres… On dit qu’il était en concur­rence avec Blan­quer et que sa nomi­na­tion Place Beau­vau est une vic­toire de Cas­tex : c’est pos­sible, même si Dar­ma­nin a tra­hi sa famille poli­tique trois ans avant le nou­veau Pre­mier ministre, si tant est, du reste, que tra­hir Les Répu­bli­cains, deve­nu un simple syn­di­cat d’élus, ait encore du sens. On dit aus­si qu’il faut voir dans ces nomi­na­tions une droi­ti­sa­tion du quin­quen­nat, avec l’influence à peine occulte de Sar­ko­zy. On sait les excel­lents rap­ports que Macron entre­tient avec l’ancien pré­sident de la répu­blique. Peut-être aus­si Macron cherche-t-il, en vue de 2022, à neu­tra­li­ser la droite, qui lui semble bien plus dan­ge­reuse que la gauche, compte tenu du dis­cré­dit dans lequel est tom­bé la France insou­mise et de l’état per­sis­tant de mort céré­brale des socia­listes.… Un point devrait pour­tant inquié­ter Macron : aucune prise de guerre, aucun grand nom, à part une retrai­tée de la vie poli­tique et une star du bar­reau à l’ego sur­di­men­sion­né… C’est maigre.

Tout cela est pos­sible, mais sans inté­rêt, au fond. Qui s’attendait à un grand souffle, de la part d’un chef d’Etat dont la parole n’est plus crue, ni même enten­due, des Fran­çais ? D’aucuns pré­ten­daient que la nomi­na­tion de Cas­tex, haut fonc­tion­naire plu­tôt qu’homme poli­tique, signi­fiait que Macron avait déci­dé d’effacer la fonc­tion de pre­mier ministre autant que faire se peut. Cas­tex, tou­te­fois, devan­çant l’humiliation que subit durant cinq ans Fillon, a aus­si­tôt pré­ve­nu qu’il n’avait pas le carac­tère d’un simple « col­la­bo­ra­teur » — ain­si Sar­ko­zy qua­li­fiait-il Fillon. On ver­ra. On avait dit la même chose à la nomi­na­tion d’Edouard Phi­lippe, peu connu des Fran­çais. Sa per­son­na­li­té s’est étof­fée en trois ans, il est même deve­nu rela­ti­ve­ment popu­laire, à l’occasion de la crise sani­taire, où il a été en pre­mière ligne, alors que Macron s’était réser­vé le minis­tère de la parole. D’où sa démis­sion contrainte. Macron parie évi­dem­ment sur le fait que Cas­tex n’aura pas le temps de connaître le même par­cours. Il devra se consa­crer, voire se consu­mer à trai­ter les dos­siers dif­fi­ciles — chô­mage, retraites, san­té, police, éco­lo­gie : c’est après tout son rôle. Ne doit-il pas déter­mi­ner et conduire la poli­tique de la nation, selon l’article 20 de la Consti­tu­tion ? Il est vrai que la pra­tique, sur­tout depuis le quin­quen­nat, a ren­for­cé la pré­si­den­tia­li­sa­tion de nos ins­ti­tu­tions. On y voit un nou­veau signe dans le fait que Cas­tex fera sa décla­ra­tion de poli­tique géné­rale au len­de­main ou au sur­len­de­main de l’intervention, le 14 juillet, de Macron — une tra­di­tion avec laquelle celui-ci avait pré­ci­sé­ment rom­pu. Soit. Mais en 2017, Macron avait par­lé devant le Congrès à Ver­sailles le 3 juillet, avant que Phi­lippe ne fasse sa décla­ra­tion devant l’Assemblée le 4…

L’ordre dans lequel les ministres ont été nom­més est plus impor­tant, car il est, avec leur inti­tu­lé, une indi­ca­tion sur les prio­ri­tés, au moins affi­chées, de l’exécutif. Ain­si, la jus­tice, minis­tère réga­lien s’il en est, est relé­guée de la deuxième à la dixième place ! Le ministre de l’Europe et des affaires étran­gères passe de la troi­sième à la deuxième et, sur­tout, la tran­si­tion éco­lo­gique de la cin­quième à la troi­sième. Bref, Macron affiche ain­si sa prio­ri­té éco­lo­gique, faute d’avoir créé ce grand minis­tère qui aurait mis tout le reste, notam­ment l’économie et l’agriculture, sous la tutelle de l’écologie.

Notons aus­si une autre prio­ri­té : la diver­si­té. Schiap­pa était char­gée, auprès de Phi­lippe, de l’é­ga­li­té entre les femmes et les hommes et de la lutte contre les dis­cri­mi­na­tions Eli­sa­beth More­no, sera, elle, char­gée de l’é­ga­li­té entre les femmes et les hommes, de la diver­si­té et de l’é­ga­li­té des chances. La diver­si­té fait ain­si son entrée à Mati­gnon. Il n’est pas cer­tain que cette recon­nais­sance offi­cielle du com­mu­nau­ta­risme suf­fise à cal­mer les indi­gé­nistes et les débou­lon­neurs de sta­tues. D’autant que Mar­lène Schiap­pa, devient, cette fois auprès du ministre de l’intérieur, ministre char­gée de la citoyen­ne­té ! Quel mes­sage veulent don­ner Macron et Cas­tex, en sépa­rant ain­si la diver­si­té et la citoyen­ne­té et en rava­lant celle-ci à l’intérieur ? D’ailleurs, des ministres char­gés de la diver­si­té et de la citoyen­ne­té, cela a‑t-il un sens ?

Rien ne per­met, au vu de ce rema­nie­ment de faible ampleur, réduit sur­tout à de l’affichage, de pré­dire ce que sera le der­nier acte du quin­quen­nat d’Emmanuel Macron. Il semble vou­loir, en même temps, don­ner des gages à un élec­to­rat de centre-ville, le sien, sur la ques­tion éco­lo­gique, après les muni­ci­pales, sans enga­ger la rup­ture récla­mée par les Khmers verts. Le tout, bien sûr, sera ce qu’il fera concrè­te­ment des 146 pro­po­si­tions rete­nues de la Conven­tion citoyenne pour le cli­mat, dont cer­taines ne seraient pas sans pro­vo­quer de nou­veau l’ire des Fran­çais, sur­tout de ceux qui ne sont rien — les gilets jaunes. Sans comp­ter les autres dos­siers brû­lants : les retraites, prin­ci­pa­le­ment, et la san­té. Et la crise des forces de l’ordre. Et sans oublier le plus impor­tant : une crise sociale d’une ampleur encore incon­nue, qui risque de contre­car­rer tous les plans. Le pire, il est vrai, n’est jamais cer­tain.