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Le Prince parle

Jour­nal de bord du confi­ne­ment – Semaine 8

Par Jean, comte de Paris


J’ai sui­vi de près les annonces du gou­ver­ne­ment ces deux der­nières semaines.


J’ai d’abord noté un clair manque de stra­té­gie géné­rale. J’ai le sen­ti­ment qu’aucune anti­ci­pa­tion n’est de mise et que le gou­ver­ne­ment navigue à vue. Alors que la réflexion sur les consé­quences doit être le propre de l’action poli­tique, l’impact sur le tis­su éco­no­mique et social n’est pen­sé qu’en aval de la prise de la déci­sion. De nom­breux com­merces et petites entre­prises le paie­ront mal­heu­reu­se­ment au prix le plus fort, et le gou­ver­ne­ment, après avoir pro­mis que per­sonne ne per­drait d’argent, est effa­ré par le nombre de per­sonnes for­cées de se mettre en chô­mage par­tiel… J’ai ensuite eu le sen­ti­ment qu’une cer­taine phi­lo­so­phie « uti­li­ta­riste » gui­dait plu­sieurs déci­sions, comme la mise à l’écart des per­sonnes âgées, dont on a décou­vert tar­di­ve­ment la situa­tion tra­gique en EPHAD, ou le fait de ren­voyer les enfants à l’école, au risque d’une seconde vague, pour remettre les “utiles” au travail.


Au-delà même de la nature hasar­deuse des déci­sions suc­ces­sives, la manière dont elles sont annon­cées relève plus de la com­mu­ni­ca­tion que de l’information. Les bonnes pra­tiques, mises en oeuvre tôt dans d’autres pays, ont consi­dé­ra­ble­ment tar­dé à être pré­co­ni­sées de manière ferme et défi­ni­tive. Com­ment ne pas com­prendre que de nom­breux Fran­çais se sentent mani­pu­lés quand le gou­ver­ne­ment conseille le port géné­ral du masque un mois après que son porte-parole ait affir­mé qu’il était inutile ! Et chaque déci­sion, à peine pro­cla­mée est aus­si­tôt nuan­cée au point qu’on ne la com­prend plus.


Comme nous avons pu le consta­ter lors de la crise des Gilets Jaunes, la France est un pays déjà pro­fon­dé­ment frac­tu­ré. Les émeutes en ban­lieue de ces der­niers jours, dont les pre­mières vic­times en sont ses habi­tants mêmes, sont éga­le­ment un énième révé­la­teur de la fra­gi­li­té de l’autorité de l’État sur une par­tie du ter­ri­toire. Au même moment, dans des lieux res­pec­tueux de la loi et écar­tés des prin­ci­paux foyers de conta­mi­na­tion, on a pu rele­ver ce qui s’apparente à des atteintes à nos liber­tés fon­da­men­tales, à tra­vers cer­tains contrôles poli­ciers vétilleux…


Dans Marianne cette semaine, j’ai pro­po­sé un cer­tain nombre de direc­tions que pour­raient prendre nos poli­tiques publiques (lien ). Notre pays doit chan­ger ses prio­ri­tés, dont on ne voit pas bien s’il s’agit de pro­té­ger les Fran­çais ou le gou­ver­ne­ment. Il doit aus­si chan­ger de para­digme. Il est temps que nos gou­ver­nants prennent conscience de ce qui est leur res­pon­sa­bi­li­té : le ser­vice de la France et des Français.


Jean, comte de Paris
Domaine royal de Dreux, le 26 avril


PS : Je pro­fite de cette occa­sion pour remer­cier les nom­breuses per­sonnes qui se sont enquises de la san­té de la famille royale. Nous allons tous bien, et j’espère qu’il en va de même pour vous.