Paris et la poli­tique, au-delà des municipales.

Paris et la poli­tique, au-delà des municipales.

Par Jean-Phi­lippe Chau­vin

La cam­pagne des élec­tions muni­ci­pales a pris un tour natio­nal fort peu ragoû­tant et sou­vent inap­pro­priée aux sou­haits des élec­teurs comme aux néces­si­tés com­mu­nales et civiques. Il est vrai que l’affaire des images de M. Gri­veaux a mobi­li­sé les grands médias plus que la rai­son et la simple décence n’auraient dû le per­mettre, et ce péché d’orgueil de l’ancien porte-parole ély­séen lui a coû­té une élec­tion qui, de toute façon, sem­blait ne pas lui être vrai­ment pro­mise. Mais, au-delà du gri­vois et de la fin d’une car­rière poli­tique, cette his­toire révèle aus­si quelques uns des tra­vers de notre sys­tème poli­tique par­ti­cu­lier héri­té des bou­le­ver­se­ments prin­ci­piels de la Révo­lu­tion fran­çaise. En effet, la mésa­ven­ture gri­val­sienne a eu un reten­tis­se­ment natio­nal parce que, dans ces élec­tions muni­ci­pales, celles de Paris ont une impor­tance, une cen­tra­li­té qui nous rap­pellent que notre Répu­blique est non seule­ment cen­trée mais aus­si émi­nem­ment cen­tra­li­sée sur Paris. La même affaire à Rennes, ou même à Lyon ou Lille, n’aurait ému que la presse locale et sus­ci­té quelques minutes amu­sées du « Quo­ti­dien » de Yann Bar­thès, dans une sorte de condes­cen­dance à l’égard de ces « pro­vin­ciaux » qui, déci­dé­ment, « ne seront jamais com­plè­te­ment à la hau­teur des Pari­siens » (sic), mais Paris « est », dans une concep­tion de « Répu­blique une et indi­vi­sible », « la » ville de France, voire « la France »…

Bien sûr que la capi­tale qui, comme son nom l’indique, appa­raît comme la tête du pays, l’est sym­bo­li­que­ment aus­si, mais doit-elle en être la « grosse » tête, hyper­tro­phiée au point de cacher le corps de la nation ? C’est bien de cette défor­ma­tion dont la France souffre depuis plus de deux siècles, et à laquelle le géné­ral de Gaulle lui-même, en bon connais­seur de l’histoire de France et en poli­tique consé­quent (du moins sur ce plan-là), sou­hai­tait remé­dier par ses pro­jets de réor­ga­ni­sa­tion régio­nale, ébauche d’une décen­tra­li­sa­tion qui n’aurait pas pri­vé l’Etat de son autorité.

La suite