Les leçons poli­tiques et émi­nem­ment roya­listes de la Grande guerre.
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Les leçons poli­tiques et émi­nem­ment roya­listes de la Grande guerre.

Le 11 novembre s’é­loigne, dirait-on : d’ailleurs, qui se sou­vient de quoi l’on parle quand on évoque la Grande guerre ? Pour nombre de fonc­tion­naires, c’est juste un jour férié sur le calen­drier, quand, dans le même temps, tous les maga­sins sont désor­mais ouverts et que les employés y sont payés, le plus sou­vent, comme n’im­porte quel autre jour de la semaine, ain­si que me l’a confir­mé un sala­rié de la grande sur­face d’à coté, ouverte de 9 heures à 20 heures. S’il y a bien les fleurs, la fan­fare et les dra­peaux tri­co­lores devant le monu­ment aux morts de toutes les com­munes de France, le public se fait rare : quelques notables, des anciens com­bat­tants, et quelques élèves inti­mi­dés, par­fois des tou­ristes asia­tiques intri­gués qui prennent des pho­tos de la céré­mo­nie sans pour autant s’en­qué­rir de son sens. Et puis, quelques images à la télé­vi­sion du Chef de l’État, grave, for­cé­ment grave, qui se recueille devant la tombe du sol­dat incon­nu, à l’arc de Triomphe pari­sien. Et puis, midi pas­sé, l’ou­bli étend à nou­veau son voile léger sur le jour présent…

Et pour­tant ! La date n’est pas ano­dine et son sou­ve­nir reste néces­saire, s’il n’est évi­dem­ment pas suf­fi­sant. Néces­saire pour notre mémoire natio­nale, celle qui unit plus qu’elle ne divise, celle qui est notre « pas­sé com­mun » sans que cela empêche les débats et les par­ti­cu­la­ri­tés. Néces­saire pour com­prendre aus­si les erreurs à ne plus com­mettre ou les moyens pour affron­ter les périodes et les périls conflic­tuels. Néces­saire aus­si pour dépas­ser les ran­cœurs et les res­sen­ti­ments de l’his­toire qui, mal com­prise, peut auto­ri­ser de nou­veaux erre­ments et de grands mal­heurs. Jacques Bain­ville avait rai­son qui ne s’ar­rê­tait pas à la seule joie de la vic­toire de 1918 pour pen­ser une paix dont, très vite et très empi­ri­que­ment, il com­prit qu’elle n’é­tait, en défi­ni­tive, qu’une chance que la France, per­due en Répu­blique, allait lais­ser pas­ser, annon­çant ain­si irré­mé­dia­ble­ment les mal­heurs qui allaient suivre vingt ans après l’Armistice.

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