Et pen­dant ce temps, Pou­tine célèbre Noël à Damas

Et pen­dant ce temps, Pou­tine célèbre Noël à Damas

Par Antoine de Lacoste 

En se ren­dant à Istan­bul pour ren­con­trer Erdo­gan, Pou­tine a choi­si de faire un détour par Damas le 7 jan­vier afin de célé­brer le Noël ortho­doxe avec les troupes russes.

La visite est loin d’être ano­dine puisque c’est la pre­mière fois que Pou­tine va à Damas depuis le début de la guerre en 2011. Aupa­ra­vant il s’était ren­du sur la base aérienne russe de Hmei­mim en 2017.

Accom­pa­gné de Bachar el-Assad, le pré­sident russe a visi­té la grande mos­quée des Omeyades, à laquelle il a offert un coran du XVIIè siècle, et le tom­beau de Saint Jean-Bap­tiste. Ils ont ensuite dépo­sé un cierge à la cathé­drale ortho­doxe de Damas où ils ont été reçus par le patriarche Jean X qui a remer­cié Vla­di­mir Pou­tine du « sou­tien russe au peuple syrien ». Ce der­nier a offert à la cathé­drale une icone de la Sainte Vierge.

 Entou­ré de plu­sieurs offi­ciers, Pou­tine a ensuite reçu le pré­sident Bachar el-Assad au siège des forces armées russes de Damas. Il a salué les pro­grès de la lutte contre le ter­ro­risme et consta­té qu’il « était visible à l’œil nu que la paix était reve­nue dans les rues de Damas. » Mais rien n’a fil­tré sur l’actualité brû­lante du moment, quelques jours après l’assassinat de Solei­ma­ni par les Américains. 

Pou­tine s’est ensuite ren­du à Istan­bul où il a été reçu par Erdo­gan. Cette visite était, elle, annon­cée de longue date pour inau­gu­rer un nou­veau gazo­duc appe­lé Tur­kish Stream. Les deux hommes ont sym­bo­li­que­ment ouvert les vannes de l’ouvrage dont la construc­tion a démar­ré en 2017. Long, pour l’instant, de 900 kilo­mètres, il va ali­men­ter la Tur­quie, la Bul­ga­rie, la Macé­doine, la Ser­bie et la Hon­grie. Des repré­sen­tants de ces pays étaient d’ailleurs pré­sents à Istan­bul. Sur les 30 mil­liards de mètres cubes de capa­ci­té, la moi­tié sera des­ti­née à la Tur­quie, le reste aux pays cités aux­quels s’ajoutera sans doute la Slovénie. 

A terme, les Russes aime­raient pro­lon­ger le gazo­duc jusqu’en Autriche. C’est une incon­tes­table réus­site éner­gé­tique et diplo­ma­tique pour la Rus­sie qui peut ain­si appro­vi­sion­ner une par­tie de l’Europe en contour­nant l’Ukraine, pays peu sûr s’il en est.

La ren­contre entre les deux hommes inter­vient alors qu’ils sont dans des camps oppo­sés dans deux zones brû­lantes : la Syrie et la Libye, pays dans lequel la Tur­quie a envoyé des conseillers mili­taires et, semble-t-il, des com­bat­tants syriens des milices isla­mistes sous contrôle d’Ankara. Aus­si, les deux hommes ont-ils fait le ser­vice mini­mum en appe­lant à une trêve en Libye et en annon­çant un ces­sez-le-feu en Syrie dans la pro­vince d’Idleb.

En réa­li­té les com­bats conti­nuent dans ces deux zones et on ne voit pas com­ment il peut en être autre­ment. Lavrov, le ministre russe des affaires étran­gères, rap­pelle régu­liè­re­ment qu’il faut pur­ger la pro­vince d’Idleb des isla­mistes qui l’occupent et il est cer­tain que Russes et Syriens iront jusqu’au bout.