Lettre ouverte au Pré­sident de la République

Lettre ouverte au Pré­sident de la République

Col­lec­tif Résis­tance Francophone 

Albert Salon est un ami de l’Ac­tion fran­çaise, même s’il pro­fesse un grand res­pect pour la Répu­blique , il n’oc­culte pas l’His­toire de France, laquelle à ses yeux ne com­mence pas en 1789. Il par­tage avec nous un véri­table amour pour la France et pense que son redres­se­ment est en pre­mier lieu cultu­rel. C’est avec un plai­sir non dis­si­mu­lé que nous sou­te­nons son com­bat en totale cohé­rence avec nos objec­tifs et notre stra­té­gie.

Albert Salon, doc­teur d’E­tat ès lettres (Sor­bonne 1981, sur « l’Action cultu­relle de la France dans le monde »), ancien ins­ti­tu­teur rural (de classe unique, en 1954/55), conseiller cultu­rel et chef de mis­sion de coopé­ra­tion, direc­teur au minis­tère de la Coopé­ra­tion, puis ambas­sa­deur de la France ; com­man­deur du Mérite natio­nal, offi­cier du Mérite béni­nois, che­va­lier de la Légion d’Honneur, des Palmes aca­dé­miques, et des Arts et Lettres, ain­si que du Mérite alle­mand (Bun­des­ver­dienst­kreuz am Band) ; pré­sident d’A­ve­nir de la langue fran­çaise (ALF), du Forum fran­co­phone inter­na­tio­nal (FFI-France), co-ani­ma­teur de réseaux fran­co­phones inter­na­tio­naux, médaille Sen­ghor de la Fran­co­pho­nie reçue en 2014 de M. Abdou Diouf, au siège de l’Or­ga­ni­sa­tion inter­na­tio­nale de la Fran­co­pho­nie (OIF), médaille d’or 2016 de la Socié­té d’Encouragement au Pro­grès (SEP), reçue à l’École mili­taire. Direc­teur d’une émis­sion régu­lière « le fran­çais en par­tage » dans une radio patriote indépendante. »

                                                                                                         Paris, 22 octobre 2019

                          A Mon­sieur Emma­nuel Macron, Pré­sident de la République

                          Palais de l’Élysée, 55, rue du Fau­bourg Saint-Hono­ré 75008

Mon­sieur le Président 

Résis­tance francophone est un col­lec­tif d’associations en syner­gie en France et dans d’autres pays ayant le fran­çais en partage. 

Depuis votre can­di­da­ture de 2017, nous vous avons sai­si plu­sieurs fois de nos pré­oc­cu­pa­tions au sujet de votre poli­tique du fran­çais et de la Francophonie.

Vos enga­ge­ments de can­di­dat, écrits, sérieux, concrets, ont été accueillis en 2017 avec un vif inté­rêt. De même lorsque que vous fîtes écho à nos pro­po­si­tions, le 20 mars 2018, dans la pré­sen­ta­tion de votre poli­tique pour le fran­çais, ain­si qu’à notre pro­jet asso­cia­tif (2001) d’« Ins­ti­tut de la Fran­co­pho­nie et de la diver­si­té cultu­relle » au châ­teau de Villers-Cotterêts.

Nous nous réjouis­sons de la mise en place effec­tive des moyens humains, finan­ciers, admi­nis­tra­tifs, néces­saires au pro­jet Vil­lers-Cot­te­rêts, dont les tra­vaux com­mencent, en vue d’une inau­gu­ra­tion en 2022.

Certes, en même temps, des signaux contraires inquié­tants ont été émis par vous-même et votre gou­ver­ne­ment. Ils ont, du reste, été publi­que­ment cri­ti­qués de divers côtés, y com­pris par nos associations. 

Mais nous avons vou­lu croire que ces conces­sions à la « moder­ni­té » ne l’emporteraient pas sur votre rôle et votre volon­té de Pré­sident de pro­mou­voir les inté­rêts fon­da­men­taux de la France et de sa civi­li­sa­tion, au cœur des­quels figurent la langue fran­çaise et la Francophonie.

Ain­si nour­ris­sons-nous l’espoir que vous ferez, à terme rap­pro­ché, pré­va­loir ces inté­rêts face à deux évo­lu­tions fort dan­ge­reuses pour le français :

La pre­mière de ces évo­lu­tions découle du vote Brexit du 23/6/2016. La CEE avait fixé en 1958, en son règle­ment n°1, les langues offi­cielles et de tra­vail. Deve­nue Union, elle l’a, par votes à l’unanimité, adap­té aux vagues d’adhésions. Le Royaume-Uni décla­ra l’anglais pour l’usage offi­ciel de l’UE. La Répu­blique d’Irlande fut le seul autre nou­vel adhé­rent à décla­rer l’anglais, mais en ajou­tant le gaè­lique : unique exemple de membre à deux langues offi­cielles « UE ». 

Le Brexit fra­gi­lise donc – sur­tout poli­ti­que­ment – le sta­tut actuel de l’anglais.

Or, un mou­ve­ment s’est déve­lop­pé, dans diverses capi­tales et des ins­ti­tu­tions de l’UE, en faveur non de l’abandon ou de la réduc­tion de la place de l’anglais, mais tout au contraire de son main­tien. Voire de sa pro­mo­tion comme « langue com­mune », offi­cielle de fait, appe­lée à le deve­nir seule en droit. Cela en invo­quant la situa­tion actuelle conquise grâce à l’opiniâtreté des nou­veaux entrants, et au laxisme per­sis­tant des autres, fran­çais en pre­mier lieu. En osant aus­si plai­der que l’anglo-américain, n’étant plus langue offi­cielle d’un membre impor­tant, devient « neutre », une sorte de com­mode « esperanto » …

Il pour­rait donc y avoir un vote du Conseil de l’UE pour adap­ter le sta­tut des langues à la situa­tion créée par le Brexit. Un vote selon la règle intan­gible de l’unanimité, qui entraîne le rejet du texte pro­po­sé si un seul pays y met son veto. 

Mon­sieur le Pré­sident, c’est d’abord de la France que les Fran­çais – et des Euro­péens et Fran­co­phones de par­tout – attendent un veto. Une oppo­si­tion déter­mi­née au mou­ve­ment pour la « langue com­mune ». Le Brexit aidant, on ne peut plus exi­ger des admi­nis­tra­tions natio­nales qu’elles tra­vaillent sur des docu­ments reçus uni­que­ment en anglais, et répondent dans cette seule langue.

Il y va du des­tin de l’Europe elle-même, qui est diver­si­té de hautes cultures, et non une vaste Prai­rie, un simple espace à uni­for­mi­ser, notam­ment par l’anglais, pour mieux le domi­ner. Enjeu éco­no­mique, mais sur­tout civilisationnel. 

Mon­sieur le Pré­sident, la posi­tion que vous pren­drez au nom de la France aura des effets et un reten­tis­se­ment consi­dé­rables. Vous pou­vez vous pla­cer dans le sillage du Géné­ral refu­sant l’AMGOT en 1944, puis sor­tant de l’OTAN mili­taire en 1965 ; du peuple fran­çais repous­sant la « Consti­tu­tion Gis­card » en 2005 ; et du Pré­sident Chi­rac, à qui vous venez de rendre un bel hom­mage, notam­ment pour son refus d’engager la France dans la guerre de M. Bush en Irak. 

Mon­sieur le Pré­sident, à votre tour, vous avez entre vos mains le des­tin de la France. Pour la langue et les cultures en Fran­co­pho­nie, pour celles d’Europe, pour la civi­li­sa­tion, vous seul pou­vez dire « non » aux menées impériales. 

La deuxième évo­lu­tion très inquié­tante est celle du pas­sage de ser­vices publics fran­çais à l’anglo-américain tolé­ré, voire offi­ciel­le­ment encou­ra­gé. Il s’agit en par­ti­cu­lier de l’enseignement supé­rieur, à la faveur de la loi Fio­ra­so de 2013. Faite pour faci­li­ter l’enseignement en anglais, cette loi inter­dit pour­tant aux éta­blis­se­ments d’offrir des for­ma­tions diplô­mantes exclu­si­ve­ment en anglais.

Or, cette dis­po­si­tion reste igno­rée par le minis­tère de l’En­sei­gne­ment supé­rieur qui est allé jusqu’à accré­di­ter ces for­ma­tions mal­gré leur illé­ga­li­té fla­grante, pas davan­tage sanc­tion­née par les tri­bu­naux admi­nis­tra­tifs, mal­gré tous les recours de nos asso­cia­tions auprès d’eux. En 2019, selon CAMPUS FRANCE, 1213 for­ma­tions ne res­pec­te­raient pas la loi Fio­ra­so et l’article 2 de la Constitution…

Il s’agit aus­si de l’audiovisuel public, où le CSA n’a pas rem­pli sa mission.

Éga­le­ment de minis­tères et d’organismes publics divers. En voi­ci un exemple révé­la­teur, absurde, dans le domaine du ministre des Trans­ports :

Après le « pass navi­go » de la RATP deve­nu bizar­re­ment « navi­go easy » en pas­sant à la région d’Île de France, voi­ci que la SNCF affuble du nom de « Greens­peed » la socié­té regrou­pant Euros­tar et Tha­lys ! Alors qu’elle pou­vait choi­sir le simple « Euro­tha­lys », ou « Eurapid(e) », « Euréclair » ?

Cette évo­lu­tion n’est pas seule­ment d’un ridi­cule avé­ré, elle est des­truc­trice. Elle contri­bue à détruire la confiance des Fran­çais en leur État, en un gou­ver­ne­ment qui, à leurs yeux, accepte, encou­rage la sou­mis­sion du pays. Elle peut pro­vo­quer les réac­tions popu­laires du type « Gilets jaunes », et nour­rir les extrêmes.

Mon­sieur le Pré­sident, vous venez d’appeler à l’action dans un autre domaine très sen­sible. Par ce même élan, nous vous en prions : appe­lez à arrê­ter l’arrachage public du fran­çais, d’abord les deux grandes évo­lu­tions citées qui consti­tuent une dan­ge­reuse « sub­sti­tu­tion de langue, de culture, de civilisation ».

Veuillez, Mon­sieur le Pré­sident, rece­voir l’expression de notre espoir tenace en votre volon­té et votre pou­voir d’agir, et de notre très haute considération.

Liste des 25 asso­cia­tions signa­taires et de leurs repré­sen­tants élus : 

Alliance Wal­lo­nie France (AWF) Bel­gique, pré­sident : Paul Durieux ;
Asso­cia­tion des Écri­vains com­bat­tants (AEC), SG : Alfred Gil­der ;
Asso­cia­tion Fran­co­pho­nie Ave­nir (AFRAV), pré­sident : Régis Ravat ;
Asso­cia­tion pour la Pro­mo­tion de la Fran­co­pho­nie en Flandre (APFF asbl)
De Haan, Bel­gique, direc­teur : Edgar Fonck ;
Athe­na, Asso­cia­tion pour la Défense et la Pro­mo­tion des Langues offi­cielles de la Com­mu­nau­té Euro­péenne, (siège à Luxem­bourg) : pré­si­dente Anna Maria Cam­po­grande ;
Ave­nir de la langue fran­çaise (ALF), pré­sident : Albert Salon ;
Car­re­four des Acteurs sociaux (CAS-pôle Fran­co­pho­nie), vice-pré­si­dente : Cathe­rine Dis­tin­guin ;
Centre d’Études et de Recherches sur le Monde fran­co­phone (CERMF), pré­sident : Ilyès Zoua­ri ;
Cercle lit­té­raire des Écri­vains Che­mi­nots (CLEC), SG : Mau­rice Le Lous ;
Col­lec­tif Langue fran­çaise (CLF), Suisse romande, à Lau­sanne, pré­sident : Phi­lippe Car­ron,
Col­lec­tif « Non au tout-à‑l’anglais ! Non à l’anglais par­tout ! », pré­si­dente-fon­da­trice : Valé­rie Fai­sien ;
Comi­ta­to Allarme Lin­gua (Rome, Ita­lie), pré­sident : Rena­to Cor­set­ti ;
C.O.U.R.R.I.E.L. Asso­cia­tion, pré­sident : Georges Gas­taud ;
Défense de la Langue fran­çaise (DLF), SG : Mar­ceau Déchamps ;
Défense de la Langue fran­çaise (DLF-Pays de Savoie), pré­sident : Phi­lippe Rey­naud ;
Droit de Com­prendre (DDC), pré­sident : Marc Favre d’Échallens ;
Forum fran­co­phone inter­na­tio­nal (FFI-France), pré­sident : Albert Salon ;
Forum fran­co­phone inter­na­tio­nal (FFI-Qué­bec), pré­sident : Fran­çois Gau­thier ;
Forum pour la France (FPF), SG : Hen­ri Fou­que­reau ;
France-Uni­vers, pré­sident : Michel Mour­let ;
Fran­co­pho­nie Force oblige (FFO), pré­sident : Alain Ripaux ;
Impé­ra­tif fran­çais, (IF, au Qué­bec), pré­sident : Jean-Paul Per­reault ;
Ins­ti­tut Culture, Éco­no­mie, Géo­po­li­tique (ICEG), pré­sident : Yves Mon­te­nay ;
Obser­va­toire des Liber­tés (OdL), pré­sident : Louis Mai­son­neuve ;
Répu­blique exem­plaire, pré­sident : Michel Le Net.