La Tur­quie pour­suit son offensive

La Tur­quie pour­suit son offensive

Par Antoine de Lacoste

La Tur­quie pour­suit son offen­sive et a pris, comme atten­du, la ville fron­tière de Tal Abyad. C’était un des pre­miers objec­tifs de l’armée turque et il a été rem­pli avec tou­te­fois quelques dif­fi­cul­tés. Le lâchage défi­ni­tif amé­ri­cain se confirme puisqu’une cou­ver­ture aérienne deman­dée par les Kurdes lors de com­bats a été refu­sée. C’est la pre­mière fois en plu­sieurs années de guerre com­mune, et l’on attend main­te­nant le retrait effec­tif des 1000 mili­taires amé­ri­cains encore présents.

Les milices « rebelles » (en fait isla­mistes), qui accom­pagnent et sou­tiennent l’armée turque, sont accu­sées de sévices sur la popu­la­tion. Une vidéo qui cir­cule montre des com­bat­tants abattre un homme sans que l’on sache de qui il s’agit. Les hommes de cette milice répètent en boucle Alla­hou akbar tan­dis qu’ils criblent de balles le corps.

Rap­pe­lons que ces hommes viennent de la pro­vince d’Idleb, où ils servent de sup­plé­tifs à l’armée turque qui les pré­sente comme des non isla­mistes sup­po­sés lut­ter contre l’ex Front al-Nos­ra, deve­nu Hayat Tah­rir al-Cham. En réa­li­té, al-Nos­ra les a bat­tus sans dif­fi­cul­tés et depuis, ils sont rela­ti­ve­ment dés­œu­vrés, aux frais de la Tur­quie, dans la par­tie de la pro­vince d’Idleb que celle-ci occupe. 

Cette offen­sive anti-kurde leur per­met d’exister à nou­veau. Compte tenu de la haine, réci­proque, qui les oppose aux Kurdes, les pires exac­tions pour­raient avoir lieu au fils des conquêtes de ce Kur­dis­tan auto­nome, appe­lé Roja­va par les Kurdes, qui va pro­ba­ble­ment dis­pa­raître. Pré­ci­sons tou­te­fois que cette haine ne relève pas seule­ment de l’opposition entre isla­mistes et non-isla­mistes mais aus­si celle entre Kurdes et Arabes. La sur­veillance étroite de la part du régime syrien dont fai­sait l’objet les uns et les autres empê­chait les règle­ments de comptes san­glants aux­quels nous assis­tons main­te­nant depuis 2011.

Cette jour­née de dimanche a vu, comme hélas on pou­vait l’anticiper, les pre­mières fuites de de membres de L’État isla­mique depuis le camp d’Aïn Issa. Les gar­diens kurdes sont par­tis et bien sûr, beau­coup en ont déjà pro­fi­té. Ce ne sont même pas des éva­sions mais de simples départs. Selon des sources kurdes, ce sont près de 800 per­sonnes, com­bat­tants, femmes et enfants, qui sont ain­si par­tis en une jour­née, et ce n’est qu’un début.

Plus de 10 000 com­bat­tants de Daech, dont 3000 étran­gers, pour­raient ain­si reprendre du ser­vice. Avec leurs familles et les très nom­breuses veuves et leurs enfants, ce sont des dizaines de mil­liers d’islamistes qui pour­raient se retrou­ver dans la nature. 

L’armée turque va main­te­nant ten­ter de prendre une autre ville fron­ta­lière, Ras al-Aïn. Un pre­mier assaut a été repous­sé, grâce à la tac­tique des tun­nels (très uti­li­sée par Daech en son temps), qui a per­mis une contre-attaque sur­prise au détri­ment des milices isla­mistes pro-turques. Mais ce n’est sans doute que par­tie remise tant la puis­sance de l’aviation et de l’artillerie turques font la différence.

Après trois jours de com­bats, les pertes sont d’une cen­taine de com­bat­tants kurdes, 4 sol­dats turcs, une cin­quan­taine de civils. Curieu­se­ment, aucune infor­ma­tion ne filtre sur celles des mili­ciens isla­mistes pro-turcs, mais logi­que­ment, elles devraient être non négli­geables car sont eux qui sont les fan­tas­sins de l’armée turque.

Les Syriens, après une période d’observation, com­mencent à faire mou­ve­ment vers le nord, dans une zone de peu­ple­ment arabe, à Man­bij notam­ment. Les Kurdes ont décla­ré qu’un accord avait été conclu avec Damas « pour que l’armée se déploie le long de la fron­tière syrienne ». 

Selon les Kurdes, les Amé­ri­cains ont ten­té d’empêcher cet accord, mais ils ne sont bien sûr plus en posi­tion d’arbitrer quoi que ce soit.

Que va-t-il se pas­ser lorsque les Syriens et les Turcs seront face à face ? Nul doute que Pou­tine et Erdo­gan vont beau­coup se par­ler dans les heures qui viennent.