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Trump annule sa ren­contre avec les tali­bans pré­vue à Camp David

par Antoine de Lacoste

Le secret avait été bien gar­dé. Dimanche 8 sep­tembre, à Camp David, Donald Trump devait ren­con­trer, pour la pre­mière fois, les prin­ci­paux diri­geants tali­bans. Les négo­cia­tions, enta­mées il y a envi­ron un an, avaient nota­ble­ment pro­gres­sé cet été et un accord pour un retrait amé­ri­cain sem­blait proche.

Para­doxa­le­ment, ces der­nières semaines, les atten­tats s’étaient mul­ti­pliés dans toute l’Afghanistan ; cer­tains ont été reven­di­qués par l’État isla­mique, en pro­gres­sion constante, d’autres par les tali­bans eux-mêmes. Cela rele­vait de leur part d’une tac­tique vieille comme le monde : mettre la pres­sion sur l’adversaire avant de s’assoir à la table des négociations.

Mais à trop jouer avec le feu, les tali­bans ont com­mis une erreur : l’attentat de trop, celui qui a tué un sol­dat amé­ri­cain. Jusque-là, les atten­tats tuaient des Afghans, civils ou mili­taires. Quant aux morts amé­ri­cains (3 au cours de l’été), ils s’étaient pro­duits au cours d’engagements armés, ce qui est dif­fé­rent. L’attentat sui­cide qui tue « un boy », c’est la ligne rouge qu’il ne fal­lait pas fran­chir, car elle oblige de fac­to Trump à annu­ler la réunion de Camp David.

A ce niveau de mécon­nais­sance de la psy­cho­lo­gie amé­ri­caine, c’est tout de même sur­pre­nant. L’engagement de cam­pagne de Trump était clair : plus de morts amé­ri­cains inutiles dans des guerres inter­mi­nables. Pro­messe saluée par le peuple amé­ri­cain qui n’a jamais approu­vé ces enga­ge­ments loin­tains, coû­teux et fina­le­ment sté­riles, voire cala­mi­teux. Or ce même peuple amé­ri­cain ne peut pas non plus accep­ter de voir se pava­ner dans la rési­dence mythique de Camp David des ter­ro­ristes qui viennent de lui tuer un sol­dat par un atten­tat sui­cide, c’est-à-dire le sym­bole abso­lu de la lâche­té et de la bar­ba­rie islamistes.

Trump n’avait pas le choix et se devait d’annuler cette réunion sous peine de pas­ser pour un faible.

Il a cepen­dant pris soin de ne pas cou­per tous les ponts. Ain­si, dès le len­de­main, Mike Pom­peo, le chef de la diplo­ma­tie amé­ri­caine, a décla­ré qu’une reprise des négo­cia­tions était envi­sa­geable mais à condi­tion que les tali­bans « changent d’attitude ». Man­sué­tude sur­pre­nante : on n’en fait pas autant pour l’Iran qui n’a pour­tant tué aucun sol­dat américain.

Mais Trump veut vrai­ment quit­ter l’Afghanistan : après 18 ans de guerre, des mil­liards de dol­lars dépen­sés, et plus de 4000 morts amé­ri­cains, le résul­tat est nul. L’opinion en a assez, et l’Afghanistan est un pays à peu près ingouvernable. 

Les tali­bans, un peu vexés, ont réagi de façon mena­çante : « L’Amérique va souf­frir plus que tout autre » et a pro­mis de « pour­suivre le jihad jusqu’à la fin de l’occupation. »

Mal­gré cette rhé­to­rique guer­rière, il semble pro­bable que, l’émotion pas­sée, les négo­cia­tions reprennent. Et Trump et les tali­bans y ont intérêt.

L’histoire ne dit pas ce qui se pas­se­ra ensuite, ni à quel moment les tali­bans ren­ver­se­ront le faible régime pro-amé­ri­cain, mais il est tout de même pro­bable que, d’ici-peu, la pla­nète compte un régime isla­miste de plus.