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Com­ment al-Bagh­da­di a été retrou­vé puis tué

Par Antoine de Lacoste

La mort d’Abou Bakr al-Bagh­da­di consti­tue incon­tes­ta­ble­ment une belle vic­toire pour Donald Trump. En l’annonçant, et avant de décrire l’opération, il a remer­cié pêle-mêle l’Irak, la Syrie, la Tur­quie, la Rus­sie et les Kurdes. 

Cela peut paraître sur­pre­nant, mais c’est l’Irak qui a joué un rôle déci­sif pour « loger » le Calife, tou­jours appe­lé ain­si par ses fidèles mal­gré la fin du Cali­fat. Les ser­vices secrets ira­kiens ont en effet consti­tué une équipe depuis plu­sieurs mois char­gée de col­lec­ter des ren­sei­gne­ments sur Bagh­da­di. Ce sont les Sou­qour, c’est-à-dire les Faucons.

Le fait est connu, mais ce qui l’était moins c’est qu’un cadre impor­tant de l’Etat isla­mique arrê­té en 2018 en Tur­quie puis rapa­trié en Irak a livré d’importants ren­sei­gne­ments aux Ira­kiens qui le détiennent.

Ce proche de Bagh­da­di s’appelle Ismaël al-Etha­wi. Il a été condam­né à mort mais la sen­tence n’a pas été exé­cu­tée : ce serait en effet dom­mage car Etha­wi a beau­coup de choses à racon­ter. Selon un offi­cier ira­kien cité par l’agence Reu­ters « il a four­ni des infor­ma­tions pré­cieuses qui ont aidé à trou­ver les pièces man­quantes du puzzle. »

Une fois Bagh­da­di « logé », il a fal­lu mon­ter l’opération. L’accord des Russes était néces­saire car ce sont eux qui contrôlent le ciel syrien et il fal­lait bien mettre au cou­rant les Syriens et les Turcs afin d’éviter toute inter­ven­tion impré­vue pen­dant l’opération. Le rôle des Kurdes semble moins clair mais cer­tains pensent que les héli­co­ptères amé­ri­cains ne sont pas par­tis de la base de l’OTAN située en Tur­quie mais d’une autre base, près d’Erbil, dans le Kur­dis­tan auto­nome d’Irak. On le sau­ra bientôt.

Notons au pas­sage que c’est la pre­mière fois que Trump parle de la Syrie en tant que pays sou­ve­rain. C’est une évo­lu­tion séman­tique intéressante.

La suite de l’opération, c’est le Pré­sident amé­ri­cain lui-même qui la raconte : « Nous le sur­veil­lions depuis quelques semaines. Nous savions à peu près où il allait…Deux ou trois actions ont été annu­lées parce qu’il chan­geait constam­ment d’avis… »

Une fois la déci­sion prise, huit héli­co­ptères et plu­sieurs appa­reils d’escorte se sont envo­lés (de Tur­quie ou d’Irak donc) : « La par­tie la plus dan­ge­reuse a été le vol d’approche, qui a duré approxi­ma­ti­ve­ment une heure et dix minutes, ajoute Trump. C’était une mis­sion secrète, nous avons volé très bas et très vite…Quand nous nous sommes posés, un nombre impor­tant de nos com­bat­tants ont débar­qué et ont fait explo­ser l’un des murs d’enceinte… »

Dans son style inimi­table, le Pré­sident pré­cise que ses com­man­dos ont fait « un magni­fique trou dans le mur et ils sont entrés et ont pris tout le monde par sur­prise, incroya­ble­ment brillants comme com­bat­tants ! Bagh­da­di était le der­nier, ses gens avaient été tués ou bien s’étaient ren­dus. Onze enfants ont été extraits sains et saufs. Ne res­tait que Bagh­da­di dans un sou­ter­rain, où il avait entraî­né trois de ses jeunes enfants… Il a atteint le bout du tun­nel, avec nos chiens à sa poursuite…Il gémis­sait, criait, pleu­rait. Il a déclen­ché sa veste explosive. »

Enfin, pour cou­per court à toute rumeur : « On avait son ADN. Quinze minutes après sa mort, on était cer­tain de son identité. »

Depuis cette opé­ra­tion, où les Amé­ri­cains n’ont eu aucune perte, quelques doctes esprits (jour­na­listes notam­ment) mini­misent sa por­tée, arguant du fait que Bagh­da­di n’avait plus de rôle opé­ra­tion­nel et que l’Etat isla­mique n’était pas encore vaincu.

C’est oublier l’essentiel : la mort du pre­mier Calife depuis la chute de l’Empire otto­man a une valeur sym­bo­lique consi­dé­rable et, pour le monde isla­miste sun­nite, c’est une défaite cuisante.