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La Révo­lu­tion fran­çaise et les gilets jaunes. Par­tie 1 : 1791, ou la vic­toire du libé­ra­lisme anglo­saxon contre le modèle social français.

Et si la Révo­lu­tion fran­çaise était la véri­table cause de la révolte des gilets jaunes ? La ques­tion peut, de prime abord, sem­bler pro­vo­ca­trice et, même, ico­no­claste, ne serait-ce que parce que deux siècles ont pas­sé depuis cet évé­ne­ment fon­da­teur de notre Répu­blique et que les révol­tés d’aujourd’hui paraissent se réfé­rer à un « mythe révo­lu­tion­naire » qui ferait de cette Révo­lu­tion de 1789 un évé­ne­ment à repro­duire : nombre de gilets jaunes com­parent le pré­sident Macron au roi Louis XVI et semblent vou­loir imi­ter la geste révo­lu­tion­naire, voire sans-culotte, même si quelques mani­fes­tants des ronds-points de l’Ouest et de l’Essonne (entre autres) affichent fiè­re­ment le sacré-cœur chouan sur leur gilet fluo­res­cent et bran­dissent, jusqu’à Rennes et Paris, des dra­peaux de l’Ancienne France. Mais cela n’enlève rien à la via­bi­li­té de la ques­tion, qui mérite, non seule­ment d’être posée, mais d’être trai­tée, en his­toire comme en politique.

Après tout, la Révo­lu­tion fran­çaise, lar­ge­ment née d’une crise de la dette publique, n’a rien été d’autre, à bien y regar­der, qu’un immense trans­fert de pou­voir, des ordres pri­vi­lé­giés anciens à la classe bour­geoise urbaine, de la magis­tra­ture suprême de l’Etat royal à la domi­na­tion d’une petite élite éco­no­mique et sociale s’appropriant le Pou­voir tout en le ren­for­çant pour se le gar­der : on était bien loin des espé­rances et des pro­messes ini­tiales de 1789 por­tées par les Cahiers de doléances, alors vite aban­don­nés par les nou­veaux maîtres se réfu­giant der­rière le refus du man­dat impé­ra­tif qui, pour­tant, était à la base de la dési­gna­tion des délé­gués aux Etats-géné­raux… Sans doute la Révo­lu­tion était-elle viciée, dès le départ, par cette confis­ca­tion de la « repré­sen­ta­tion révo­lu­tion­naire et par­le­men­taire » par ce que l’on nomme désor­mais le « bloc bour­geois » (1), et sa « léga­li­sa­tion » par la prise du pou­voir légis­la­tif jusque là dévo­lu au roi et aux états pro­vin­ciaux, du moins là où ils exis­taient encore de façon vive. Mais il y a un autre pro­ces­sus à évo­quer, c’est celui de la « dépos­ses­sion pro­fes­sion­nelle », per­mise et même impo­sée par le décret d’Allarde et la loi Le Cha­pe­lier de l’année 1791, véri­table année de nais­sance du Pro­lé­ta­riat, à la fois comme condi­tion et comme situa­tion.

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