Anti­sé­mi­tisme ?

Anti­sé­mi­tisme ?

Assiste-t-on à un réveil de l’antisémitisme et celui-ci imprègne-t-il pro­fon­dé­ment les Gilets jaunes alors que l’on relève plu­sieurs signes alar­mants de haine à l’égard des juifs ? À une telle ques­tion, on ne sau­rait répondre au gré de simples intui­tions non véri­fiées ou de réflexes idéo­lo­giques du type « retour aux années Trente ». Pierre-André Taguieff, qui a der­rière lui toute une œuvre argu­men­tée sur le sujet, nous met en garde lors d’un long entre­tien à La revue des deux mondes. Il y a lieu de dis­tin­guer soi­gneu­se­ment les formes d’antisémitisme ou de judéo­pho­bie qui coexistent aus­si bien en France qu’en Europe et dans le monde : « La judéo­pho­bie qui tue en France est celle des dji­ha­distes. C’est le véri­table phé­no­mène nou­veau dans l’histoire des mobi­li­sa­tions anti-juives en France. Ni au moment de l’affaire Drey­fus, ni dans les années Trente, en dépit de slo­gans du type “mort aux juifs”, des juifs n’ont été tués parce que juifs. Il faut être clair sur la ques­tion car le “poli­ti­que­ment cor­rect” conti­nue de régner et conduit à évi­ter de carac­té­ri­ser ceux qui assas­sinent des juifs en France depuis une quin­zaine d’années. »

Cela ne veut pas dire que la popu­la­tion des Gilets jaunes est indemne, par exemple, de pré­ju­gés concer­nant ce qu’on appelle les théo­ries com­plo­tistes. Il semble bien, selon une enquête soi­gneu­se­ment menée, qu’elle y est deux fois plus sen­sible que la moyenne natio­nale. Cela ne signi­fie nul­le­ment qu’il pour­rait y avoir inter­fé­rence directe avec la judéo­pho­bie meur­trière. « Et s’il y a des anti-juifs en France, déclare encore Taguieff, la socié­té fran­çaise n’est pas ou n’est plus anti-juive. » Il en va de même des Gilets jaunes.

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