La frac­ture française

La frac­ture française

Gilets jaunes : l’exécutif cherche une réponse. Mais quelle réponse ? Le pre­mier ministre, dimanche soir, n’a pas sem­blé bron­cher sur l’essentiel de sa poli­tique. Il entend la colère, mais tient le cap. On attend la réac­tion du Pré­sident qui doit s’exprimer devant les maires de France. Mais il ne fait pas de doute que le pou­voir est dans l’embarras. Les corps inter­mé­diaires clas­siques, les syn­di­cats, ne semblent guère plus à l’aise, d’abord parce que la CGT et Force ouvrière sont en crise, ensuite parce que si la contes­ta­tion ne passe pas par eux, c’est qu’il y a des rai­sons pour cela. Les gilets jaunes consti­tuent une part de la popu­la­tion qui ne se consi­dère pas repré­sen­tée par les par­te­naires sociaux habi­tuels. Laurent Ber­ger, secré­taire géné­ral de la CFDT, en convient lui-même, tout en fai­sant des cri­tiques sévères à l’égard d’un mou­ve­ment non enca­dré et qui risque de sérieuses dérives.

Bien sûr qu’il y a des risques, bien sûr que les orga­ni­sa­tions syn­di­cales ont des pra­tiques et une déon­to­lo­gie bien néces­saires pour le dia­logue social. Mais lorsqu’elles ne repré­sentent plus mani­fes­te­ment toute la socié­té, c’est qu’il y a un pro­blème qui leur échappe ou qui les désar­çonne. C’est le mes­sage du géo­graphe Chris­tophe Guilluy qui se trouve de mieux en mieux relayé, au fur et à mesure que ses ana­lyses se trouvent confir­mées par les évé­ne­ments. Deux géo­gra­phies, deux socio­lo­gies s’opposent que Vincent Tré­mo­let de Vil­lers tra­duit dans Le Figa­ro en images sug­ges­tives : « Les gilets jaunes contre les dou­dounes noires, les rocades gou­dron­nées contre les voies sur berge pié­to­ni­sées, les pieds de poule des routes secon­daires contre la flui­di­té des aéro­ports : les beaufs des champs contre les bobos des villes. »

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