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Le brouillard de la guerre : Edi­to­rial du n° 18 de Conflits

Les mili­taires parlent du « brouillard de la guerre » : ils dési­gnent ain­si l’incertitude qui affecte les com­bats et que Clau­se­witz com­pa­raît au brouillard, mais aus­si au clair de lune ; les deux phé­no­mènes déforment les réa­li­tés et les brouillent, elles empêchent de déci­der avec luci­di­té. À l’époque où Clau­se­witz écri­vait, le ter­rain où les armées s’affrontent consti­tuait l’essentiel de ce « brouillard ». Le champ de bataille n’est pas une carte que l’on sur­plombe et où tous les élé­ments appa­raissent clai­re­ment, il est encom­bré de reliefs, de végé­ta­tions, d’obstacles qui bloquent la vision et empêchent de dis­tin­guer l’ennemi. D’où l’importance autre­fois de la cava­le­rie légère qui éclai­rait l’avant et les flancs de l’armée pour mieux voir et être infor­mé, sans empê­cher des batailles dites de « ren­contre » quand on tom­bait sur l’ennemi sans l’avoir pré­vu, à Sol­fé­ri­no par exemple.

Il existe une autre façon de com­prendre l’expression. Elle concerne les doc­trines stra­té­giques ; ce n’est plus l’espace mais le temps qui brouille la vision. Que sera la guerre de demain ? Grande bataille « à l’ancienne » ? Cyber­con­flit et dés­in­for­ma­tion ? Gué­rilla et petite guerre ? Choc nucléaire ? Hybride asso­ciant toutes les armes et toutes les méthodes ?

Les affron­te­ments entre états-nations, les « grandes batailles », semblent avoir dis­pa­ru, croit-on. La der­nière grande guerre entre Israël et des pays arabes a eu lieu en 1973, le conflit entre le Royaume-Uni et l’Argentine de 1982 et celui qui a oppo­sé Inde et Chine de 1962… Dans ce der­nier cas, la pos­ses­sion de l’arme ato­mique par les deux pro­ta­go­nistes rend impos­sible aujourd’hui le retour de la guerre, semble-t-il, et l’idée vaut pour bien des affron­te­ments. Grâce à l’atome, l’heure serait à d’autres formes de conflits, petite guerre, cyber-conflits ou affron­te­ments hybrides, sans par­ler de la guerre éco­no­mique qui relève d’une autre logique.

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