Charles Maur­ras : tout le monde en parle, per­sonne ne le lit. N’est-ce pas, Claude Askolovitch ?

Charles Maur­ras : tout le monde en parle, per­sonne ne le lit. N’est-ce pas, Claude Askolovitch ?

Les récents articles d’Askolovitch dans Le Nou­veau Maga­zine lit­té­raire et Le Point sont emblé­ma­tiques de la récep­tion de Maur­ras depuis une tren­taine d’années : tout le monde en parle, per­sonne ne le lit (en dehors d’un nombre tout de même impor­tant de jeunes mili­tants poli­tiques et, bien sûr, du public vrai­ment culti­vé) et il est le plus sou­vent réduit à quelques polé­miques ad homi­nem et à un anti­sé­mi­tisme pour­tant tout à fait acces­soire pour com­prendre sa pen­sée. J’ai moi-même écrit un petit livre de syn­thèse sur son voca­bu­laire poli­tique (Petit dic­tion­naire maur­ras­sien, Édi­tions Nou­velle Marge, 2017) sans qu’il me paraisse néces­saire de consa­crer plus d’une seule page sur 98 à cette question.

Le Pré­sident Macron a, quant à lui, fait tout récem­ment réfé­rence, regret­tant le retrait de Maur­ras du Livre des com­mé­mo­ra­tions 2018, à l’influence du maître de l’Action fran­çaise sur cer­tains de ses pré­dé­ces­seurs. Pre­nons ce fait comme exemple d’une récep­tion intel­li­gente, à l’opposé de celle d’Askolovitch : incon­tes­ta­ble­ment, la dimen­sion monar­chique don­née par le géné­ral de Gaulle à la Consti­tu­tion de 1958 doit beau­coup à la cri­tique maur­ras­sienne, qu’il connais­sait et par­ta­geait, des fai­blesses de la IIIe Répu­blique ; Georges Pom­pi­dou, quant à lui, n’avait pas hési­té à don­ner Kiel et Tan­ger (du même Maur­ras) comme modèle d’analyse géo­po­li­tique aux étu­diants de Sciences Po ; enfin, Mit­ter­rand, qui expli­quait à Pierre Péan, à la fin de sa vie, com­bien il avait été mar­qué par sa lec­ture de Maur­ras, s’est cer­tai­ne­ment sou­ve­nu de ce pré­cur­seur de l’idée de décen­tra­li­sa­tion en France au moment de mettre en œuvre ses propres réformes dans ce domaine.