San­té publique : le cynisme de Macron

San­té publique : le cynisme de Macron

Sif­flé à son arri­vée au salon de l’Agriculture par ceux qui savent ce que tra­vailler dur veut dire, Macron aura eu beau ten­ter de séduire un public dont il ignore tout, faute de connaître le pays réel, il n’y sera pas par­ve­nu. Certes, compte tenu du faible poids élec­to­ral que pèsent désor­mais les pay­sans, il n’est pas cer­tain que son ren­dez-vous man­qué avec le monde agri­cole, dimanche der­nier, l’ait beau­coup trau­ma­ti­sé — en quoi il aurait tort, car, plus lar­ge­ment, le monde rural vote et En Marche perd actuel­le­ment toutes ses élec­tions partielles.

Le mépris du pay­san français

Il n’a pas se dépar­tir ni de sa morgue ni, sur­tout, de son cynisme lorsque ses inter­lo­cu­teurs lui fai­saient part de leur crainte quant à la poli­tique du gou­ver­ne­ment, qu’il s’agisse de l’interdiction pro­gram­mée du gly­pho­sate ou du trai­té de libre-échange avec le Mer­co­sur. Cynisme, puisque, d’un côté  il a joué, non sans motif, la carte de l’écologie et de sa res­pon­sa­bi­li­té en tant que chef d’Etat en matière de san­té publique pour jus­ti­fier l’interdiction pro­chaine du gly­pho­sate, sans pour autant que cette sor­tie soit pré­pa­rée, tout en n’hésitant pas, de l’autre, à consi­dé­rer sans aucune pudeur que le dogme libre-échan­giste de l’ouverture des fron­tières devient subi­te­ment plus impor­tant que la san­té publique lorsqu’il s’agit d’importer de la viande bovine d’Amérique latine, éle­vée dans des condi­tions sani­taires qui sont loin d’offrir toutes les garan­ties qu’on impose, avec rai­son du reste, à nos propres éle­veurs — il en est d’ailleurs de même du gly­pho­sate, puisque, tan­dis que les pay­sans fran­çais ne pour­ront bien­tôt plus en uti­li­ser, tou­te­fois, Bruxelles conti­nue­ra d’imposer sur nos étals, avec la com­pli­ci­té du pays légal répu­bli­cain, des pro­duits conte­nant des traces de l’herbicide répu­té cancérigène…

Le mépris de l’é­le­veur français

S’agissant du trai­té avec le Mer­co­sur, ce seront plus de 100 000 tonnes sup­plé­men­taires de viandes qui arri­ve­ront en Europe d’Amérique latine, sans comp­ter les impor­ta­tions sup­plé­men­taires en pro­ve­nance du Cana­da dans le cadre du CETA,  le tout repré­sen­tant plus de la moi­tié de la pro­duc­tion euro­péenne, si bien que la France « risque de perdre 20 à 25 000 exploi­ta­tions » si l’Eu­rope signe l’ac­cord, assure Chris­tiane Lam­bert, pré­si­dente de la FNSEA.

Mais les éle­veurs dénoncent sur­tout l’en­trée sur le mar­ché euro­péen de viandes pro­duites à des coûts d’autant moins oné­reux que les ani­maux sont gavés aux farines ani­males, aux OGM ou aux hor­mones ! Ain­si le même Macron qui, avec des tré­mo­los dans la voix, invoque sa res­pon­sa­bi­li­té de chef d’Etat pour jus­ti­fier l’interdiction du gly­pho­sate est prêt à oublier cette même res­pon­sa­bi­li­té dans ce qui se révé­le­ra sans doute comme un des plus grands scan­dales non seule­ment éco­no­miques, pour les éle­veurs fran­çais, mais éga­le­ment ali­men­taires et sani­taires pour les consommateurs !

Le mépris du consom­ma­teur français

« On ne peut pas d’un côté, dans le cadre des états géné­raux de l’alimentation prô­ner la sou­ve­rai­ne­té ali­men­taire saine et durable et de l’autre côté accep­ter de la viande issue de pro­duc­tions qui ne res­pectent en rien tous les cri­tères qui nous sont impo­sés en Europe », sou­ligne Domi­nique Lan­glois, pré­sident de l’As­so­cia­tion natio­nale inter­pro­fes­sion­nelle du bétail et des viandes. Et ce, alors même que les scan­dales sani­taires entou­rant la viande se mul­ti­plient, notam­ment au Bré­sil. Or Macron — comme pour la SNCF sur laquelle nous revien­drons la semaine pro­chaine — est, on le sait, un homme très pres­sé lorsqu’il s’agit de ser­vir les inté­rêts de l’oligarchie inter­na­tio­nale aux dépens des inté­rêts fran­çais. C’est pour­quoi, il sou­haite bou­cler cet accord au plus tard d’i­ci la fin mars, avant le début de la cam­pagne pré­si­den­tielle au Brésil.

Puisqu’il ose reven­di­quer non sans cynisme sa res­pon­sa­bi­li­té, eh bien, il ne fau­dra pas hési­ter à la lui rap­pe­ler lorsque les scan­dales sani­taires écla­te­ront : c’est en toute connais­sance de cause qu’il les aura favo­ri­sés au nom de son dogme ultra­li­bé­ral et en rai­son de son mépris à la fois pour la péren­ni­té de l’élevage fran­çais et pour la san­té des consom­ma­teurs fran­çais — il est vrai que lui ne man­ge­ra pas du bœuf bré­si­lien gavé aux OGM ou aux farines ani­males  : cette viande-là est d’ores et déjà réser­vée aux Fran­çais « qui ne sont rien ».

Fran­çois Marcilhac