Pré­si­den­tielles 2017 : les pro­grammes scien­ti­fiques et tech­niques analysés

Pré­si­den­tielles 2017 : les pro­grammes scien­ti­fiques et tech­niques analysés

Après avoir invi­té Emma­nuel Macron pour dis­cu­ter éco­lo­gie, recherche, numé­rique ou san­té, le maga­zine Sciences et Ave­nir a envoyé un ques­tion­naire simi­laire aux autres can­di­dats[1]. Nous avons lu et syn­thé­ti­sé l’ensemble de leurs réponses. Pour chaque thème nous avons rete­nu une idée par­ti­cu­liè­re­ment inté­res­sante[2]. Les lec­teurs sou­hai­tant lire l’intégralité des entre­tiens les trou­ve­ront sur le site de Sciences et Ave­nir.

Éner­gie : Le cli­vage droite-gauche a survécu.

Avec l’immigration, l’écologie est sans nul doute le sujet prin­ci­pal de cette cam­pagne pré­si­den­tielle. Chaque can­di­dat a son idée sur le mix éner­gé­tique : Mélen­chon et Hamon veulent du 100% renou­ve­lable. Dupont-Aignan sou­haite lan­cer la 4ème géné­ra­tion de réac­teurs nucléaires (tho­rium). Fillon et Le Pen pro­posent un mix éner­gé­tique varié, excluant le char­bon. Macron est dans le flou le plus total. Enfin, Jacques Che­mi­nade semble être le der­nier à croire en la fusion nucléaire à moyen-terme. Tous les can­di­dats s’accordent sur la néces­si­té de finan­cer la réno­va­tion ther­mique des bâti­ments pour éco­no­mi­ser l’énergie.

Marine Le Pen semble la seule à pro­po­ser l’utilisation durable de la bio­masse pour le chauffage.

Des trans­ports peu ambitieux

Sur les trans­ports, la gauche est très peu ambi­tieuse : elle veut la fin du die­sel, point final. La volon­té de récu­pé­rer l’électorat éco­lo­giste y est sans doute pour beau­coup. Il faut aller chez Fillon, Dupont-Aignan, Le Pen et Asse­li­neau pour trou­ver une volon­té de déve­lop­per l’hydrogène et l’électrique, avec chez ces trois der­niers, la créa­tion de cham­pions fran­çais. Jacques Che­mi­nade lie trans­port et éco­no­mie dans un ambi­tieux pro­jet ferroviaire.

Nico­las Dupont-Aignan est le seul à exi­ger la sobrié­té éner­gé­tique des véhi­cules ther­miques. Il sou­haite atteindre nor­ma­ti­ve­ment une limite de 3L/100km, tech­ni­que­ment réa­liste.

Éco­no­mie : pen­ser local, agir global

Réjouis­sons-nous : dans les dis­cours l’heure est à la décen­tra­li­sa­tion ! Jean-Luc Mélen­chon sou­haite « plus d’état », mais décon­cen­tré. Marine Le Pen rêve d’un sou­ve­rai­nisme enra­ci­né. Nico­las Dupont-Aignan et Fran­çois Asse­li­neau veulent des cir­cuits courts et une pro­duc­tion ali­men­taire inté­gra­le­ment locale. Les deux can­di­dats PS sont dans un flou total à base de « cir­cuits courts », « démo­cra­tie locale » et autres « déci­sions popu­laires ». Fran­çois Fillon rem­porte la palme avec son concept d’agriculture locale et inten­sive (oui !). Seuls Natha­lie Arthaud et Jacques Che­mi­nade assument une doc­trine cen­tra­li­sa­trice. Tous les autres ont l’air de croire que la Répu­blique peut décentraliser.

Jacques Che­mi­nade sou­haite une France des villes inter­mé­diaires, redy­na­mi­sées par le rail moyenne vitesse. Il pro­pose la réou­ver­ture de très nom­breuses lignes de pro­vince, afin de sor­tir du sché­ma en étoile actuel.

La France des robots

Tous font l’éloge de l’intelligence arti­fi­cielle et du tra­vail des robots. Seul Benoît Hamon sou­haite taxer la valeur ajou­tée pro­duite par les machines. Sauf deux can­di­dats, tous pro­mettent une cyber­dé­fense natio­nale et la sou­ve­rai­ne­té numé­rique. Natha­lie Arthaud refuse tout cela : ce sont des « ruses capi­ta­listes » (sic). Fran­çois Fillon lui, rêve d’une cyber­dé­fense européenne.

Sou­li­gnons la clair­voyance de Jacques Che­mi­nade sur ces ques­tions : pour lui la sécu­ri­té et la sou­ve­rai­ne­té sont une affaire de rési­lience, donc de décen­tra­li­sa­tion. Il sou­haite pré­ser­ver la vie pri­vée des citoyens face à l’état et défend le logi­ciel libre, seule garan­tie d’indépendance.

San­té publique : cli­vage entre huma­nistes et techniciens.

Les ques­tions de san­té font appa­raître de bien curieux cli­vages : Asse­li­neau et Arthaud défendent une auto­ma­ti­sa­tion mas­sive des soins. Mélen­chon, Macron et Le Pen refusent cette déshu­ma­ni­sa­tion. Les autres can­di­dats res­tent flous et pro­posent de mettre de l’argent par­tout. Le prin­cipe de pré­cau­tion est défen­du par Mélen­chon, Le Pen, Hamon et Asse­li­neau. Fillon et Che­mi­nade y sont oppo­sés. Dupont-Aignan reste scep­tique. Macron n’en parle pas.

Plu­tôt qu’un prin­cipe de pré­cau­tion abs­trait, Natha­lie Arthaud sou­haite une péna­li­sa­tion dis­sua­sive des scan­dales sani­taires, qui obli­ge­rait les cadres à la pru­dence en matière d’innovation.

Recherche : prio­ri­té natio­nale, comme le reste

Il faut de l’argent pour les cher­cheurs et les PME inno­vantes, tous sont d’accord ! Quelques légers cli­vages appa­raissent autour du Cré­dit impôt recherche et de l’autonomie des uni­ver­si­tés, rien de grave.

L’absence de pro­jet est plus pré­oc­cu­pante. Seul Jacques Che­mi­nade fixe clai­re­ment un objec­tif avec son ambi­tieux pro­gramme spa­tial. Les autres can­di­dats se contentent de pro­mettre plus d’argent à tous, une méthode élec­to­ra­le­ment éprouvée.

Éga­li­té, égalité !

Tous les can­di­dats mas­cu­lins ont pro­mis une grande loi sur la pari­té homme/femme. Les plus libé­raux comme Dupont-Aignan et Asse­li­neau pro­posent des actions de com­mu­ni­ca­tion et de label­li­sa­tion des entre­prises ver­tueuses. Mélen­chon, Hamon, Macron et Fillon sont pour une pari­té stricte dans le public. Jacques Che­mi­nade prône « L’Éducation du Peuple » (sic) et la cama­rade Arthaud assure que ça ira mieux avec un bon régime communiste.

Seule Marine Le Pen est défa­vo­rable à la stricte pari­té homme/femme. Elle pré­fère s’attaquer aux éven­tuels blo­cages point par point.

Enzo San­dré

[1] Phi­lippe Pou­tou n’a pas répon­du et Jean Las­salle trop tard pour figu­rer dans cet article.

[2] Sans for­cé­ment être d’accord avec le reste du programme.