Lettre ouverte de l’inventeur de la « Clause Molière » à Benoît Hamon

Crédits photo : OZAN KOSE/AFP

Lors de la présentation de votre projet le 16 mars dernier, vous avez semblé rejoindre les rangs de ceux qui veulent que l’argent public serve nos territoires et nos emplois. Pour beaucoup de Français, il s’agit d’une orientation nécessaire, souvent bien tardive, mais toujours bien comprise. J’ai pensé que vous faisiez vous aussi le constat que nos règles internationales et européennes devaient impérativement être revues ou, à défaut, être accompagnées par une volonté politique majeure pour permettre une relocalisation de nos activités.

Malheureusement, les réflexes de caste semblent bien ancrés chez nos gouvernants et vous en êtes. Il a suffi que la Région Ile de France vote la mise en place de la « clause Molière » dans ses marchés de travaux pour que tous les automatismes reprennent le dessus. Alors qu’il s’agissait d’une idée simple et opérationnelle lorsqu’elle progressait en province, personne n’y prêtait vraiment garde. Maintenant que la voici une idée parisienne, il devient nécessaire d’être vigilant ! Préférence nationale, discrimination, mesure à vomir, racisme ! Les grands mots sont de sortie !

Le candidat du « futur désirable » que vous êtes oublia donc sa volonté de soutenir l’emploi local, les PME et les clauses sociales. Dès dimanche, vous avez entonné le refrain des gens du Paris-Bruxelles : « Clause Molière, clause Tartuffe, inventée par la droite pour empêcher qu’on parle une autre langue que la nôtre sur les chantiers ». « Comment aurions-nous construit la France sans les Polonais, les Italiens, les Portugais, les Marocains, les Sénégalais, etc. ? »… une vraie déception ! Je pense que vous auriez pu profiter de votre situation de gagnant d’une primaire pour imposer une nouvelle lucidité et un brin de courage. A l’inverse, vous y avez perdu en crédibilité. Pourquoi défendre le « Made in France » si c’est pour qu’il soit empêché de servir l’emploi local ? Pourquoi vouloir attribuer des marchés aux PME françaises ? Pour leur chiffre d’affaires ou pour que cela se traduise par des emplois locaux ? « Produire local » mais sans travailleurs locaux ?

La suite