Les ouvriers oubliés de la pré­si­den­tielle et de la République.
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Les ouvriers oubliés de la pré­si­den­tielle et de la République.

Doit-on par­ler de la ques­tion ouvrière en 2017 ? Elle est, en tout cas, l’une des grandes absentes du débat pré­si­den­tiel, comme si elle n’é­tait qu’une annexe mineure des débats éco­no­miques et sociaux, et qu’elle n’a­vait plus de sens sur la scène poli­tique fran­çaise. Il est vrai que les ouvriers ne repré­sentent plus « que » 5 mil­lions de per­sonnes envi­ron, et que leur nombre s’ef­frite chaque année un peu plus devant l’a­van­cée de la robo­ti­sa­tion, les délo­ca­li­sa­tions et la pous­sée per­ma­nente de la ter­tia­ri­sa­tion des socié­tés. Le monde pay­san a connu le même pro­ces­sus de déper­di­tion numé­rique et d’ef­fa­ce­ment de sa visi­bi­li­té aux yeux de nos contem­po­rains depuis plus d’un siècle, pro­ces­sus accé­lé­ré par les fameuses « Trente Glo­rieuses » et le triomphe de la socié­té de consom­ma­tion depuis les années 1960 en France comme dans le reste de l’Eu­rope. Aujourd’­hui, les ouvriers sont qua­si­ment effa­cés de la repré­sen­ta­tion média­tique de notre socié­té contem­po­raine, et l’é­clat de rire des chro­ni­queurs de M. Ruquier devant le can­di­dat d’ex­trême-gauche Phi­lippe Pou­tou, un authen­tique ouvrier indus­triel, signi­fiait, d’une cer­taine manière, le congé que la Gauche donne désor­mais à une classe pro­duc­trice manuelle qu’elle ne veut plus recon­naître en France, si ce n’est comme une masse pour­voyeuse de votes popu­listes… L’ou­vrier fran­çais n’est-il pas, effec­ti­ve­ment, la « mau­vaise conscience » d’une Gauche qui, jadis ouvrié­riste, a pré­fé­ré les sirènes de l’al­té­ri­té loin­taine ou exo­tique à la défense et péren­ni­sa­tion d’une classe de tra­vailleurs un peu trop proches et par­fois atta­chés à des tra­di­tions qui leur don­naient « corps et sens » dans une socié­té qui « du pas­sé fait table rase » ?

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