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Élection présidentielle

La nation revient en force

Par Pierre Pujo

C'est un signe frappant qu'au moment même où les vingt-sept partenaires de l'Union européenne célébraient en grande pompe à Berlin le cinquantième anniversaire de la signature du Traité de Rome, les principaux candidats à l'élection présidentielle en France se soient mis à rivaliser de déclarations exaltant l'identité nationale, le drapeau, la Marseillaise. Nicolas Sarkozy avait à peine lancé son projet de créer un ministère de l'Immigration et de l'Identité nationale que Ségolène Royal demandait à chaque Français d'avoir chez lui un drapeau tricolore et de l'accrocher à sa fenêtre le jour de la Fête nationale, faisait chanter la Marseillaise  à la fin de ses meetings, et non l'Internationale comme naguère dans les congrès socialistes, en bref célébrait la nation. Certes, elle rejetait aussitôt après le "nationalisme" qui, en France, depuis Barrès et surtout Maurras, n'est pourtant que le service bien compris de la nation, elle n'en contribuait pas moins, après M. Sarkozy à placer la question nationale au cœur de la campagne présidentielle. Après elle, Marie-Georges Buffet, la candidate communiste, protestait qu'aucun parti ne pouvait accaparer le drapeau et l'hymne national.

Racoler des électeurs

Il n'y a eu que l'extrême-gauche trotskyste, ainsi que... François Bayrou pour condamner cette ardeur patriotique qui s'est emparée de certains candidats et qui apporte de l'eau aux moulins de Jean-Marie le Pen et Philippe de Villiers. Le centriste Bayrou juge obsolète ce retour à la nation et estime que la France n'a d'avenir qu'intégrée dans un super-État européen.

Cette place donnée à la nation dans les discours électoraux - tandis que la "construction européenne" n'y est évoquée qu'accessoirement - n'est pas fortuite. Si  les candidats s'y réfèrent, c'est qu'ils pensent attirer ainsi à eux les suffrages des gens pour qui la France représente encore quelque chose et qui se méfient des ingérences de l'étranger dans la gestion de nos intérêts nationaux. La plupart des élites, politiques, économiques, sociales, religieuses sont ralliées à l'abdication nationale, mais le référendum de 2005 a montré que le peuple français lui oppose une résistance profonde.

Des propagandistes du "oui"

Nous n'accordons pas trop d'importance à ce retour de la nation dans les discours des candidats. Ces derniers n'ont qu'un but, racoler des suffrages. Leurs propos s'adaptent à chaque catégorie d'électeurs, et ceux qui, en 2005, ont voté non ont été les plus nombreux. Cela vaut la peine de les courtiser aujourd'hui !

On se souviendra cependant que les trois candidats placés en tête des sondages ont été des propagandistes du oui lors du référendum de 2005. Nicolas Sarkozy annonce qu'il va proposer aux partenaires de la France de se mettre d'accord sur une version  abrégée de la Constitution européenne qu'il ferait adopter par le Parlement dès le mois d'août. Par ailleurs, ses penchants "atlantistes" sont connus. Ne comptons pas sur lui pour défendre la souveraineté nationale. Son futur ministère de l'Identité nationale relève surtout d'un effet d'annonce; Il n'aurait d'efficacité que dans la mesure où il existerait derrière une volonté politique qui apparaît bien incertaine.

Quant à Ségolène Royal, elle déclare que « la France est notre patrie et l'Europe notre nouvelle frontière », espérant ainsi concilier partisans et adversaires, au sein du Parti socialiste, d'un super-État européen. Elle oublie que nos véritables frontières sont celles de la France, hélas largement démantelées aujourd'hui. Sur la question des immigrés "sans papiers" Mme Royal est partisane comme M. Sarkozy d'une régularisation au cas par cas, ce qui est en apparence raisonnable, sauf que dans les faits, les non-régularisés demeurent sur le territoire français, comme on le constate après les derniers contrôles effectués en 2005. Ségolène Royal, soumise à la pression des "lobbies" de défense des immigrés, risque fort de ne montrer, comme M. Sarkozy, qu'une fermeté de façade.

Enfin, ne comptons pas sur François Bayrou ; il est de tous les candidats, le plus fédéraliste européen et s'il était élu il engagerait la France dans la voie d'une intégration à un super-État.

Il n'y a rien à attendre sur le plan de la sauvegarde de la nation de la part des candidats actuellement favoris des sondages.

Pourquoi Le Pen

Il est évident que le 22 avril il faudra voter "souverainiste". La question nationale est en effet essentielle dans un scrutin pour la désignation du chef de l'État. Elle passe avant les promesses des candidats touchant telle ou telle catégorie sociale. Deux hommes se présentent à nos suffrages : Jean-Marie Le Pen et Philippe de Villiers, l'un et l'autre combattants depuis toujours de la cause nationale. Cependant, ils sont insérés dans le système politique et doivent en accepter les servitudes. Leurs possibilités d'action en seraient d'autant entravées s'ils parvenaient au pouvoir.

On peut voter pour l'un ou l'autre au premier tour afin d'affirmer son adhésion à certaines valeurs fondamentales. Le programme des deux candidats est très proche. Leur double candidature va malheureusement disperser les suffrages des nationaux. Il reste que M. Le Pen est le mieux placé sur le plan de l'opinion pour réaliser un score important et peser sur la politique qui sera suivie demain. Peut-être même fera-t-il "turbuler" le système comme il le fit il y a cinq ans en se qualifiant pour le second tour à la surprise générale. Il n'est pas sûr que son adversaire gagnerait aussi facilement que M. Chirac en 2002. De toutes façons M. Le Pen aura montré la force des idées qu'il représente.

Certes, Jean-Marie Le Pen demeure frappé d'ostracisme par l'ensemble de la classe politicienne. La gauche s'est employée à faire du Front national un repoussoir en le qualifiant de raciste, xénophobe, antisémite. Quelques dérapages verbaux de dirigeants du F.N. ont été exploités contre lui. Du fait même qu'il se plaçait sur le terrain électoral, J.M. Le Pen était conduit à grossir le trait en développant ses positions et à faire des concessions à la démagogie, mais les autres politiciens n'en font-ils pas autant ? À l'Action française, nous nous plaçons comme d'habitude sur le seul terrain de l'intérêt national. Lorsque M. Le Pen a énoncé des positions servant le bien du pays, nous ne sommes pas gênés pour le dire. Nous n'avons pas pour autant approuvé toutes ses manœuvres politiciennes.

La foire d'empoigne

Voter pour M. Le Pen, ce ne sera pas adhérer à toutes les thèses du Front national ni à ses choix tactiques. Ce sera marquer notre rejet du personnel politique qui a dominé les milieux dirigeants depuis des dizaines d'années, lesquels ont conduit le pays au déclin moral, social, politique ; ce sera exprimer sa foi dans une renaissance française, même si, de toutes façons, celle-ci ne saurait sortir d'une élection présidentielle qui ne remédiera pas aux vices profonds du régime. On ne peut rien attendre de bon de la foire d'empoigne des candidats qui ne fera qu'aggraver les divisions de la France. Nous refusons la brigue pour le pouvoir suprême, les promesses dérisoires aux électeurs et la démagogie. Le système est mauvais. La France doit retrouver son Roi.



Centre royaliste d'Action française

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