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La Rus­sie veut-elle vrai­ment enva­hir l’Ukraine ?

Par Antoine de Lacoste

C’est comme une ren­gaine. À inter­valles régu­liers, les diri­geants amé­ri­cains alertent sur le dan­ger immi­nent d’une inva­sion de l’Ukraine par la Rus­sie. Per­sonne n’a d’informations fiables et le condi­tion­nel est sou­vent employé : « Mos­cou aurait mas­sé 100.000 hommes aux fron­tières du pays », croit savoir Le Figa­ro du 18 novembre. En lisant l’article, on découvre la source : « à en croire les États-Unis ».

Le Monde n’est pas en reste et évoque des mou­ve­ments de troupes « inha­bi­tuels ». La source est la même : les diri­geants amé­ri­cains, dès la fin octobre, par le tru­che­ment du très objec­tif Washing­ton Post, deve­nu l’organe de l’administration Biden. Et le Penta­gone pré­vient : « Toute esca­lade ou mesure agres­sive serait source de grande inquié­tude pour les États-Unis. » Atten­tion, le gen­darme du monde fait savoir que l’Ukraine est main­te­nant sous sa pro­tec­tion. Doci­le­ment, les Euro­péens, France et Alle­magne en tête, ont relayé la pro­pa­gande amé­ri­caine et deman­dé aux Russes des explications.

Il y a par­fois des couacs dis­trayants dans cette orches­tra­tion cen­sée pour­tant être par­fai­te­ment rodée. Ain­si, le ministre de la Défense ukrai­nien, peu sus­pect de rus­so­phi­lie aiguë, a décla­ré qu’ « aucun déploie­ment d’unités, d’armes et d’équipements mili­taires russes vers la fron­tière de l’Ukraine n’a été obser­vé ». Si le mena­cé ne se sent pas mena­cé, où va-t-on ?

Mais ras­su­rez-vous, tout s’est arran­gé. Le 10 novembre, en visite à Washing­ton, le ministre des Affaires étran­gères ukrai­nien contre­dit son col­lègue de la Défense et affirme que « l’agressivité de la Rus­sie s’est consi­dé­ra­ble­ment ren­for­cée ces der­nières semaines ». Il ajoute qu’il a obte­nu des Amé­ri­cains de « nou­veaux élé­ments » mais qu’il ne peut pas en dire plus car tout cela est secret. Vexé, le minis­tère de la Défense main­tient son ana­lyse. Il fau­dra envoyer ce ministre à Washing­ton pour lui rap­pe­ler les bonnes manières.

Au-delà de cette pathé­tique dés­in­for­ma­tion, que cherchent les uns et les autres ? Le conflit dure depuis main­te­nant sept ans et l’Ukraine n’a pas renon­cé à recon­qué­rir les pro­vinces sépa­ra­tistes de l’est, tan­dis que la Rus­sie, ulcé­rée par le coup d’État pro-amé­ri­cain de 2013 – 2014, n’abandonnera pas les sépa­ra­tistes russophones.

La situa­tion est, en réa­li­té, plu­tôt sta­tion­naire côté russe et les sol­dats de Pou­tine pré­ten­du­ment « mas­sés aux fron­tières » occupent les bases mili­taires exis­tantes depuis l’indépendance de l’Ukraine. Des manœuvres y sont régu­liè­re­ment orga­ni­sées, revê­tant un carac­tère plus ou moins offen­sif selon la pres­sion que veut mettre la Rus­sie sur l’Occident. Côté ukrai­nien, il y a eu du neuf avec l’acquisition de drones turcs dont l’un a déjà été uti­li­sé contre les sépa­ra­tistes. Mais cela ne signi­fie pas, pour autant, qu’une offen­sive se prépare.

Les Amé­ri­cains sont eux aus­si sur la même ligne : dés­in­for­mer pour faire croire à une menace russe plus forte. Deux avan­tages à cela : empê­cher toute remise en cause des sanc­tions inter­na­tio­nales contre la Rus­sie et ren­for­cer son implan­ta­tion en Ukraine. Tous les acteurs jouent leur par­ti­tion, même l’Europe qui, comme d’habitude, ne sert à rien.

C’est comme une ren­gaine. À inter­valles régu­liers, les diri­geants amé­ri­cains alertent sur le dan­ger immi­nent d’une inva­sion de l’Ukraine par la Rus­sie. Per­sonne n’a d’informations fiables et le condi­tion­nel est sou­vent employé : « Mos­cou aurait mas­sé 100.000 hommes aux fron­tières du pays », croit savoir Le Figa­ro du 18 novembre. En lisant l’article, on découvre la source : « à en croire les États-Unis ».

Le Monde n’est pas en reste et évoque des mou­ve­ments de troupes « inha­bi­tuels ». La source est la même : les diri­geants amé­ri­cains, dès la fin octobre, par le tru­che­ment du très objec­tif Washing­ton Post, deve­nu l’organe de l’administration Biden. Et le Penta­gone pré­vient : « Toute esca­lade ou mesure agres­sive serait source de grande inquié­tude pour les États-Unis. » Atten­tion, le gen­darme du monde fait savoir que l’Ukraine est main­te­nant sous sa pro­tec­tion. Doci­le­ment, les Euro­péens, France et Alle­magne en tête, ont relayé la pro­pa­gande amé­ri­caine et deman­dé aux Russes des explications.

Il y a par­fois des couacs dis­trayants dans cette orches­tra­tion cen­sée pour­tant être par­fai­te­ment rodée. Ain­si, le ministre de la Défense ukrai­nien, peu sus­pect de rus­so­phi­lie aiguë, a décla­ré qu’ « aucun déploie­ment d’unités, d’armes et d’équipements mili­taires russes vers la fron­tière de l’Ukraine n’a été obser­vé ». Si le mena­cé ne se sent pas mena­cé, où va-t-on ?

Mais ras­su­rez-vous, tout s’est arran­gé. Le 10 novembre, en visite à Washing­ton, le ministre des Affaires étran­gères ukrai­nien contre­dit son col­lègue de la Défense et affirme que « l’agressivité de la Rus­sie s’est consi­dé­ra­ble­ment ren­for­cée ces der­nières semaines ». Il ajoute qu’il a obte­nu des Amé­ri­cains de « nou­veaux élé­ments » mais qu’il ne peut pas en dire plus car tout cela est secret. Vexé, le minis­tère de la Défense main­tient son ana­lyse. Il fau­dra envoyer ce ministre à Washing­ton pour lui rap­pe­ler les bonnes manières.

Au-delà de cette pathé­tique dés­in­for­ma­tion, que cherchent les uns et les autres ? Le conflit dure depuis main­te­nant sept ans et l’Ukraine n’a pas renon­cé à recon­qué­rir les pro­vinces sépa­ra­tistes de l’est, tan­dis que la Rus­sie, ulcé­rée par le coup d’État pro-amé­ri­cain de 2013 – 2014, n’abandonnera pas les sépa­ra­tistes russophones.

La situa­tion est, en réa­li­té, plu­tôt sta­tion­naire côté russe et les sol­dats de Pou­tine pré­ten­du­ment « mas­sés aux fron­tières » occupent les bases mili­taires exis­tantes depuis l’indépendance de l’Ukraine. Des manœuvres y sont régu­liè­re­ment orga­ni­sées, revê­tant un carac­tère plus ou moins offen­sif selon la pres­sion que veut mettre la Rus­sie sur l’Occident. Côté ukrai­nien, il y a eu du neuf avec l’acquisition de drones turcs dont l’un a déjà été uti­li­sé contre les sépa­ra­tistes. Mais cela ne signi­fie pas, pour autant, qu’une offen­sive se prépare.

Les Amé­ri­cains sont eux aus­si sur la même ligne : dés­in­for­mer pour faire croire à une menace russe plus forte. Deux avan­tages à cela : empê­cher toute remise en cause des sanc­tions inter­na­tio­nales contre la Rus­sie et ren­for­cer son implan­ta­tion en Ukraine. Tous les acteurs jouent leur par­ti­tion, même l’Europe qui, comme d’habitude, ne sert à rien.