Pour­quoi la Monar­chie ?  (I) : de quelle monar­chie parlons-nous ?

Pour­quoi la Monar­chie ? (I) : de quelle monar­chie parlons-nous ?

Par jean Phi­lippe Chauvin

Mieux que les répu­bli­cains clas­siques, et même si cer­tains doivent être écou­tés car ils ont un vrai sens de l’État et de la « Res publi­ca », de la Chose publique, et, en ce sens, ils nous sont proches, les roya­listes peuvent pro­po­ser un nou­veau régime qui conci­lie auto­ri­té et liber­tés, État et com­mu­nau­tés, poli­tique et social : la Monarchie…

Enten­dons-nous bien : lorsque nous par­lons de Monar­chie, il ne s’agit pas de n’importe quelle monar­chie, mais de celle qui, par un effort mul­ti­sé­cu­laire, a lit­té­ra­le­ment, ter­ri­to­ria­le­ment et poli­ti­que­ment, « fait la France » ; celle qui trans­met la magis­tra­ture suprême de l’État par le simple fait des géné­ra­tions qui se suc­cèdent, et qui, durant sa propre his­toire, a pris des formes variées mais adap­tées à la construc­tion fran­çaise et à son esprit. Il ne s’agit pas d’évoquer des monar­chies étran­gères qui, tout hono­rables qu’elles soient, ont elles-mêmes leurs tra­di­tions, leurs poli­tiques, leurs formes, et qui peuvent, certes, ser­vir d’exemples sans tou­jours être des modèles. Avouons même que cer­tains régimes monar­chiques nous sont détes­tables parce qu’ils sont l’antithèse de la monar­chie « à la française » …

Cette pré­ci­sion s’impose où, à l’heure de la glo­ba­li­sa­tion et de la confu­sion, le sens des mots a par­fois per­du son enra­ci­ne­ment par­ti­cu­lier, sa propre réa­li­té liée à une his­toire elle-même par­ti­cu­lière, et que le « One world » dénon­cé par George Orwell ne laisse guère de place à l’exception, à la « dis­si­dence », pour­rait-on dire si le terme n’avait pas été récu­pé­ré et vidé de son sens pre­mier par une « démo­cra­tie de consom­ma­tion » qui s’immunise ain­si contre des pen­sées « alter­na­tives ». La Monar­chie dont il est ici ques­tion a un cadre, un sens, une réa­li­té historique.

Ce qui dis­tingue la Monar­chie des autres régimes en France, c’est d’abord le carac­tère « héré­di­taire et suc­ces­sible » de la trans­mis­sion de la magis­tra­ture suprême de l’État, sym­bo­li­sé par deux for­mules célèbres : « Le roi est mort, vive le roi ! » et « Le roi ne meurt jamais », for­mules qui peuvent paraître contra­dic­toires et qui, en fait, recouvrent la même réa­li­té. Effec­ti­ve­ment, dans la monar­chie fran­çaise, le fils suc­cède au père sur le trône, mais cela dans le meilleur des cas : il arrive que, au fil de l’histoire, la suc­ces­sion « saute » une ou deux géné­ra­tions, ou qu’elle soit, par le jeu des cir­cons­tances, dévo­lue à un frère, voire à un cou­sin, par­fois fort éloi­gné. Pour­tant le prin­cipe de la suc­ces­sion « filiale » n’est pas remis en cause et la trans­mis­sion se fait natu­rel­le­ment, de la manière la plus simple, selon l’ordonnancement même de la famille royale : en somme, c’est le mode de trans­mis­sion du pou­voir suprême le plus natu­rel qui soit car fon­dé sur le prin­cipe même de la vie humaine et de sa péren­ni­sa­tion. Il n’y a pas de place pour le choix ou la brigue pour accé­der à la tête de l’État : pas de cam­pagne élec­to­rale entre membres de l’aristocratie poli­tique issue des grandes féo­da­li­tés par­ti­sanes ; pas de pro­messes et de faci­li­tés déma­go­giques pour « plaire » au plus grand nombre (qui peut être « la majo­ri­té plus une voix », prin­cipe même de l’élection démo­cra­tique si l’on en croit les consti­tu­tion­na­listes) ; pas de « cou­si­nage » plus ou moins dis­cret avec les puis­sances finan­cières ou éco­no­miques pour payer le tra­vail d’accession au pou­voir pré­si­den­tiel ; etc.