Livre : La Nos­tal­gie du sacré, de Michel Maf­fe­so­li – Bou­le­vard Voltaire

Livre : La Nos­tal­gie du sacré, de Michel Maf­fe­so­li – Bou­le­vard Voltaire

 Pour le bai­ser cou­pable d’une sainte, j’accepterais la peste comme une béné­dic­tion »
(Emil Cio­ran, Des larmes et des saints).

« Toutes les choses recom­mencent comme elles ont com­men­cé » (Joseph de Maistre, Exa­men de la phi­lo­so­phie de Bacon, chap. XIX).

Si, comme moi, vous n’êtes pas né « dans » une reli­gion ni ne vous êtes encore conver­ti à aucune, il vous est peut-être arri­vé de vous deman­der : « Où est le sacré pour moi ? » Dans la beau­té des œuvres d’art ? Dans le sen­ti­ment du tra­gique ? Dans l’innocence des enfants ? L’évêque Eusèbe de Césa­rée racon­tait que quand son maître Ori­gène était bébé, son père décou­vrit sa poi­trine et s’exclama : « L’esprit de Dieu est là. » Ô chers enfants ! En contem­plant les miens, je songe ain­si exactement.

Dans quelle tra­di­tion s’inscrire quand, comme tant d’autres sous nos lati­tudes « démy­tho­lo­gi­sées » (Rudolf Bult­mann), les aïeux n’ont légué qu’un agnos­ti­cisme amorphe, qu’une sorte de vide de Dieu ? Pour les plus anar­chistes d’entre eux, la reli­gion n’était, je le sais, qu’un vaste men­songe. Pour les autres, de petites pié­tés dis­crètes, un peu hon­teuses, les ani­maient peut-être encore, par­fois. De toute façon, l’oubli les a empor­tées. Mes parents furent encore bap­ti­sés, par conve­nance ; je ne le fus pas : de conve­nance il n’y avait même plus.

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