Afrique réelle de Bernard Lugan
L’Afrique Réelle n°113 – Mai 2019
  • Sommaire

    Actualité :
    Comprendre la question du Soudan

    Dossier : Autopsie du « Système » algérien
    – 1962 : la naissance du « Système »
    – L’adaptabilité du « Système »
    – Le pouvoir militaire

    Rwanda :
    Les responsabilités de l’ONU et du général Dallaire dans le génocide

Editorial de Bernard Lugan :


Le coeur du « Système » algérien est formé par une caste d’officiers supérieurs placés à la tête d’une armée qui dévore 25 % du budget de l’Etat. Le double de celui de l’éducation. Jusqu’à ces dernières années, les réseaux affairistes militaires contrôlaient intégralement l’économie du pays. Afin de les affaiblir, Abdelaziz Bouteflika injecta dans le « Système » une cohorte de parvenus lui devant leur fortune, les « oligarques ». Au prétexte de lutter contre la corruption, mais d’abord pour tenter de freiner la revendication populaire, l’armée en a fait jeter certains en prison, ce qui lui permet d’éliminer ou de placer sous contrôle des rivaux économiques.

La réaction militaire débuta le 26 mars, quand le général Gaïd Salah, vieil et acariâtre chef d’état-major, décida de sacrifier le président Bouteflika et son clan. Il appela alors à la destitution d’un président dont, jusque-là, il avait été le plus fidèle et le plus inconditionnel soutien, clamant encore haut et fort son appui au « 5e mandat », qualifiant même de traitres à la nation ceux qui s’y opposaient… Quant à son gendre, Abdelghani Zaâlane, ministre des Transports et des travaux publics, il était le directeur de campagne d’Abdelaziz Bouteflika pour ce même 5e mandat…
Le sauve-qui-peut des caciques du « Système » prit alors la forme d’une hémorragie. Le RND, parti pourtant servilement associé au FLN, demanda ainsi à son tour la démission du président Bouteflika tout en se précipitant aux pieds du général Gaïd Salah pour l’assurer de sa « loyauté »… Le FLN lui-même fut gagné par ce mouvement.