Charles Maur­ras

Charles Maur­ras

L’œuvre de Charles Maur­ras sus­cite de nou­veau la curio­si­té, par­mi une jeune géné­ra­tion d’intellectuels conser­va­teurs. Des édi­teurs impor­tants tels Flam­ma­rion ou Armand Colin ont récem­ment publié des études consa­crées à l’auteur de L’Avenir de l’intelligence, on cite­ra celles de Sté­phane Gio­can­ti ou d’Olivier Dard. La col­lec­tion Bou­quins édite un choix de textes de Maur­ras. Nous avons inter­ro­gé Gérard Leclerc qui, lui-même, pré­pare un recueil de cer­taines de ses études sur Maurras.

Com­ment expli­quez-vous ce regain d’intérêt pour la pen­sée de Charles Maurras ?

Gérard Leclerc : Cela s’explique si l’on a conscience du phé­no­mène intel­lec­tuel et poli­tique consi­dé­rable qu’a consti­tué la pen­sée de Charles Maur­ras et son influence dans la pre­mière par­tie du XXe siècle. Même si cette pen­sée a subi, comme c’est la règle, son moment de pur­ga­toire, il était inévi­table qu’elle revienne dans l’actualité, ne serait-ce que pour com­prendre l’emprise qu’elle a pu avoir sur les géné­ra­tions pré­cé­dentes. Il n’y a pas seule­ment les intel­lec­tuels qui ont par­ti­ci­pé direc­te­ment au mou­ve­ment et au jour­nal de l’Action fran­çaise, tels Jacques Bain­ville, Léon Dau­det ou, à leur manière, Georges Ber­na­nos et Jacques Mari­tain. Il y a tous les autres, qu’ils s’appellent Mar­cel Proust (abon­né à L’Action Fran­çaise, dont il disait que la lec­ture consti­tuait une cure d’altitude men­tale), André Gide, André Mal­raux (auteur d’une belle pré­face à un petit ouvrage de Maur­ras), Jean Paul­han, direc­teur de la NRF, pour qui le direc­teur de l’Action fran­çaise était le seul adver­saire sérieux de Marx. On pour­rait encore par­ler de Fran­çois Mau­riac, qui fut d’autant plus un adver­saire qu’il était un lec­teur pas­sion­né de Maur­ras et Bain­ville. Et enfin de Wal­ter Ben­ja­min, l’adversaire abso­lu qui ne pou­vait se pas­ser de la lec­ture du quo­ti­dien de Maur­ras dont il appré­ciait la haute tenue intellectuelle.

Il faut avoir ces don­nées à l’esprit pour prendre la mesure de l’importance his­to­rique du phé­no­mène qui s’est d’ailleurs pro­lon­gé après-guerre, avec des héri­tiers de pre­mier plan comme Pierre Bou­tang et Pierre Debray.

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