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Maté­ria­lisme, Ter­reur, rela­ti­visme moral… : le côté obs­cur des Lumières

L’exé­cu­tion de Marie-Antoi­nette (ano­nyme). Wiki­me­dia Commons.

Le phi­lo­sophe Ber­trand Ver­ge­ly remet en cause dans un essai ico­no­claste l’ap­port des Lumières à la pen­sée. Non seule­ment l’hu­ma­nisme n’est pas, rap­pelle-t-il, né avec la Révo­lu­tion, mais d’a­près lui les Lumières ont ins­ti­tué un impé­ria­lisme de la Rai­son, qui assas­sine en l’homme ce qu’il a de spirituel.

FIGAROVOX.- Dans votre livre, vous sem­blez voir dans les Lumières une nou­velle reli­gion, dont vous dites que, contrai­re­ment à l’i­dée reçue, elle est bien plus obs­cu­ran­tiste que le chris­tia­nisme qu’elle a rem­pla­cé. Mani­fes­te­ment cette reli­gion n’est pas la vôtre…

Ber­trand VERGELY.- La reli­gion est ce qui relie les hommes à Dieu. Vivre reli­gieu­se­ment conduit à éle­ver sa conscience au plus haut niveau qui soit. Mais les hommes peuvent détour­ner le reli­gieux, et quand c’est le cas, cela donne les tyran­nies et les sectes qui font bas­cu­ler le reli­gieux dans la vio­lence. La bonne réponse à l’obs­cu­ran­tisme reli­gieux consiste à reve­nir au reli­gieux authen­tique, celui de l’homme pro­fond se puri­fiant de la soif de pou­voir afin de faire vivre une conscience trans­for­mée. Au XVIIIe siècle, lors de la Révo­lu­tion Fran­çaise, c’est l‘inverse qui s’est pro­duit. Sous pré­texte de libé­rer la socié­té de l’obs­cu­ran­tisme, les révo­lu­tion­naires opposent au pou­voir de l’obs­cu­ran­tisme reli­gieux le pou­voir non reli­gieux dit des Lumières. Ils ne sup­priment pas la soif de pou­voir, ils la déplacent seule­ment de son expres­sion clé­ri­cale vers une expres­sion laïque. Pour ce faire, ils mettent en place une ido­lâ­trie, celle de l’homme total contrô­lant la nature et l’homme par la rai­son humaine. Au XVIIIe siècle cette ido­lâ­trie débouche sur la Ter­reur, au XIXe siècle sur le nihi­lisme intel­lec­tuel, au XXe siècle sur le tota­li­ta­risme. Être phi­lo­sophe, c’est ten­ter de dire et de vivre la véri­té. Les Lumières sont à l’o­ri­gine d’une ido­lâ­trie qui a asser­vi les hommes et qui les asser­vit encore. À qui demande de deve­nir un ado­ra­teur de cette ido­lâ­trie, je dis non. Sans moi.

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