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L’é­co­no­misme

Dans la pen­sée antique, la dis­tinc­tion entre l’ordre de la poli­tique (de polis, la cité) et l’ordre de l’é­co­no­mie (de oikos, la mai­son) est très nette, ain­si que la subor­di­na­tion de celui-ci à celui-là. C’est que, selon la for­mule d’A­ris­tote, la poli­tique est non seule­ment archi­tec­to­nique par rap­port à l’é­thique (sans la cité pour pro­té­ger les per­sonnes, pas de vie morale) mais éga­le­ment par rap­port à l’é­co­no­mie (pas de pro­duc­tion et d’é­changes sans ordre, sans paix et sans loi).

À l’é­poque moderne, les valeurs semblent s’être inver­sées : les pre­miers éco­no­mistes libé­raux comme leurs pre­miers contra­dic­teurs socia­listes (Marx notam­ment) ont accor­dé la pre­mière place à l’é­co­no­mie ; la poli­tique n’é­tant à leurs yeux qu’une super­struc­ture expri­mant sous une forme dif­fé­rente des rap­ports fon­ciè­re­ment éco­no­miques. Les crises régu­lières du capi­ta­lisme (crises finan­cières, crises de sur­pro­duc­tion, guerres, accrois­se­ment inédit des inéga­li­tés, même dans l’a­bon­dance) et l’é­chec patent du com­mu­nisme du côté du socia­lisme, n’ont hélas pas mis un terme à cette croyance dans notre post-moder­ni­té. La « gou­ver­nance » des taux (de crois­sance, de chô­mage etc) dont le modèle est la ges­tion d’en­tre­prise a en effet pris le pas sur le gou­ver­ne­ment des hommes.

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