Qui est l’en­ne­mi ? Edi­to­rial du n° 15 de CONFLITS
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Qui est l’en­ne­mi ? Edi­to­rial du n° 15 de CONFLITS

Depuis la dia­lec­tique de Socrate, la pen­sée occi­den­tale vit en couple. La géo­po­li­tique, dont Thu­cy­dide peut être consi­dé­ré comme l’initiateur, n’échappe pas à cette règle. Il a mis en lumière l’opposition entre terre et mer dont il a fait le plus célèbre de ces couples et qui a nour­ri la réflexion des géo­po­li­ti­ciens alle­mands et anglo-saxons. On peut le regret­ter car il a évin­cé tous les autres, déjà pré­sents chez Thu­cy­cide – force/ruse, paix/guerre, dominants/dominés, forts/faibles… et, enfin, amis/ennemis.

Effi­cace quand il faut agir car elle sim­pli­fie, la pen­sée binaire ne per­met pas de bien appré­hen­der le réel. Elle laisse de côté l’entre-deux et l’ailleurs. Après l’affrontement (paci­fique celui-là) entre stra­tèges anglo-saxons et alle­mands pour savoir qui l’emporte de la terre ou de la mer, Spyk­man démontre le rôle déci­sif du contact entre les deux élé­ments, les régions lit­to­rales ou, selon sa for­mule, le rim­land. Voi­là pour l’entre-deux. La conquête de la troi­sième dimen­sion a fait émer­ger les puis­sances aériennes et aéro­spa­tiales, sans par­ler du cybe­res­pace – voi­là pour l’ailleurs. Les stra­tèges chi­nois nous ont habi­tués à ces dépas­se­ments qui valent pour tous les couples évoqués.

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