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|Jacques Sapir

A pro­pos de la laïcité

L’économiste Jacques Sapir s’exprime lors du congrès du par­ti fon­dé par Nico­las Dupont-Aignan, Debout la Répu­blique, le 21 novembre 2010, à Paris. FRANCOIS GUILLOT/AFP

Mon col­lègue Jérôme Mau­cou­rant vient de m’envoyer un texte où il explique son ral­lie­ment à la notion de laï­ci­té. C’est un texte impor­tant, et un texte remar­qua­ble­ment argu­men­té, comme on peut le consta­ter à en lire des extraits. « Le libé­ra­lisme se méfie de ces natio­na­lismes civiques qui, au nom de la néces­si­té de construire un bien com­mun, insiste sur le res­pect de règles laïques et veulent don­ner du conte­nu à l’idéal d’égalité. Les libé­raux, en effet, réduisent la liber­té à la « jouis­sance pai­sible de l’indépendance pri­vée » (Constant) et craignent par des­sus tout la par­ti­ci­pa­tion de tous à la poli­tique. Se des­sine en creux une démo­cra­tie sans sou­ve­rai­ne­té. Or, l’Etat social, moyen de l’égale liber­té de tous, incarne au contraire le pro­jet de la nation poli­tique et peut contre­car­rer la bonne marche du « doux com­merce ». (…)la droite décline son ver­sant éco­no­mique, la gauche son ver­sant cultu­rel. Une cer­taine gauche, par­fois, semble reprendre au sérieux l’idéal de la nation poli­tique mais oublie, par cal­cul élec­to­ral ou peur de l’ostracisme, les pré­sup­po­sés néces­saires du fait natio­nal en termes de laï­ci­té et de culture. Les tenants de la nation eth­nique peuvent l’emporter alors sur les par­ti­sans de la nation poli­tique, car aucun groupe humain qui pense devoir per­sé­vé­rer ne renon­ce­ra à se pri­ver des moyens d’une per­pé­tua­tion de son être, fût-ce au prix d’un dévoie­ment abso­lu. La « tra­hi­son de la gauche », pour reprendre encore un mot d’Orwell, devra être rap­pe­lée au moment d’une pos­sible catastrophe.

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