Rayonnement de l'A.F.
L’Action française et la littérature
Par Antoine Clapas
L’importance de la nébuleuse Action française dans les Lettres est clairement admise dans les histoires de la littérature : que l’on prenne celle d’Albert Thibaudet, le Précis d’histoire littéraire du XXe siècle de Jacques Robichez, ou le manuel d’histoire littéraire pour les lycées de Dominique Rincé, la part des auteurs de l’Action française, ou de fidélité maurrassienne, est reconnue comme une composante de la sensibilité et du patrimoine littéraires. Thibaudet parlait de Maurras comme d’un continent : nous ne pourrons aborder ici que quelques rivages des innombrables côtes et pays de l’Action française.
École romane
Ce paysage s’ouvre avec Charles Maurras, à la fois poète, philosophe et journaliste. Dès le début, l’admiration de Maurras pour l’œuvre de la civilisation – le miracle humain – le conduit à unir ce que la spécialisation voudra séparer : les lettres, la politique, la philosophie. Son modèle d’unité sera Dante, à la fois poète, instaurateur d’une langue, homme politique et chef de parti, ample théoricien de la monarchie et visiteur de l’au-delà. En cette fin du XIXe siècle où l’humanisme classique vacille dans ses fondements, Maurras est son restaurateur, celui qui entreprend de le transmettre aux hommes du XXe siècle, pour éviter la barbarie.
L’entreprise de rapprochement entre littérature française et provençale constitue l’origine profonde du classicisme de Maurras, qu’il développe à l’intérieur du Félibrige et de l’École romane (1891-1897) tout en réhabilitant l’art de la critique littéraire (Prologue d’un essai sur la critique, 1896). Tout au long de sa vie, Maurras mène campagne en faveur des Humanités et des langues latines. Il se réclame des travaux d’Henri Estienne, dont il commente la réédition de « l’éloquente dissertation », De la précellence de la langue française (1896), et se passionne pour la philologie romane de Gaston Paris et Paul Meyer.
C’est sous son influence que se dessine un nouveau courant où pourront aussi bien affleurer la sensibilité barrésienne et la nostalgie verlainienne, et se développer l’héritage mistralien. Le retentissant manifeste de l’École romane publiée par Jean Moréas dans le Figaro en 1891, place la nouvelle école à l’intérieur d’une longue filiation historique, où la Renaissance intervient comme la clef de voûte des autres siècles. Maurras, Moréas, Maurice du Plessys, Raymond de La Tailhède, Ernest Raynaud, comme Frédéric Mistral, ressentent vivement le déclin de la culture française et latine (philosophique ou littéraire), face à la culture nordique et surtout, germanique. Ce classicisme, universaliste selon ses modèles grecs ou italiens, reçoit du XIXe siècle l’accent nationaliste ; mais son contenu est en même temps la recherche de la permanence humaine et d’une revitalisation de la tradition. La Tailhède s’inspire de l’ode pindarique, Maurras des sonnets de Ronsard, et tout ce groupe romaniste bataille contre les familles symbolistes jusqu’à imposer un courant à l’orée du nouveau siècle.
Comme la plupart des courants esthétiques, celui-ci se définit en opposition à d’autres tendances comme le naturalisme. On le place d’ailleurs volontiers, à cette époque, parmi les écoles d’avant-garde, devant les derniers émules du Parnasse. En quelques années, le romantisme se transforme et s’épure en néoclassicisme et multiplie sa réflexion critique. La nouvelle théorie classique pose notamment l’idée selon laquelle l’utopie moderne ou le progressisme historique intéressent la littérature, que les erreurs et confusions sur l’homme et sa liberté s’y décèlent au moins autant que dans la philosophie politique, et donc, que la neutralité ou l’innocence littéraire sont des chimères.
Néo-classicisme
C’est parce que la littérature participe à l’histoire que Maurras propose, sur son propre terrain, ses premières réflexions : les fables philosophiques rassemblées sous le titre Le Chemin de Paradis (1895). Le danger individualiste et romantique (séduction de la mort et du néant) y est peint à travers des contes polémiques et des éloges paradoxaux, qu’il faut renverser pour retrouver la silhouette de l’homme classique « vivant plus près des dieux », d’un homme à qui l’angoisse métaphysique ne serait pas forcément épargnée, mais qui échapperait aux grandes tentations du romantisme français ou allemand, aux solitudes envoûtantes du Moi et de la Décadence. À l’opposé du pessimisme et de la misanthropie en vogue dans toute une avant-garde littéraire, le jeune héros du conte La bonne mort, Octave, se donne une mort coïncidant avec le sentiment d’achèvement et de perfection. Ce suicide par plénitude fournit le pendant radical du suicide désespéré de Byron. Plus largement, l’idéal grec des limites éternelles de l’homme est célébré dans la plupart des textes de Maurras, qu’ils décrivent la provençialité (L’Étang de Berre, 1915), ou bien l’Attique et l’Italie (Anthinéa, 1901). Cette littérature critique est aussi une littérature de relèvement et de renaissance.
De l’intimité spirituelle à l’universel
Derrière la crise “romantique” (terme qui recouvre un sens différent de celui qu’a façonné l’historiographie littéraire), les articles et les essais produits par ce courant composite expriment donc une inquiétude sur le nihilisme et la mort de l’humanisme classique, clef de la civilisation. Ce qui est perçu très vivement, c’est la crise du langage où l’accord entre le mot et la chose paraît s’épuiser. Habiter le monde, y trouver des harmonies, chanter ses douleurs, ce sont des idées, des états ou des promesses où la puissance du dire ne doit pas s’échapper à elle-même. Ainsi la Musique Intérieure (1925) répond-elle à la Crise du vers de Mallarmé.
Dans cette production des classiques, domine, bien sûr, l’œuvre de Maurras, encore trop méconnue. Anthinéa, Les vergers sur la mer, La Musique Intérieure, comptent parmi les grandes pages de la littérature française. Les recueils poétiques (La Balance Intérieure, 1945, Au-devant de la nuit, 1946) traduisent, après les méditations attiques, une quête intérieure et une interrogation angoissée face au destin et au mal, tout en demeurant un chant solaire de la beauté terrestre. Des poèmes comme le Colloque des morts ou Le mystère d’Ulysse, à l’opposé d’un statisme classique, décrivent les mouvements de l’être vers les objets qu’il aime, et possèdent autant d’élévation que Le cimetière marin de Valéry ou Les Noces de Pierre-Jean Jouve. La poétique de Maurras s’élève à l’universel à partir de l’intimité spirituelle ; elle rencontre incidemment les réflexions d’un Hoffmannstahl sur la création poétique ou la nostalgie larique de Rilke.
Maurras s’intéresse aussi à la condition même de l’homme de lettres dans le monde moderne. Dans l’Avenir de l’Intelligence (1905), il met en évidence deux écueils redoutables : à trop se retirer hors du monde, l’écrivain peut le mettre en danger en n’énonçant plus aucune vérité ; mais à vouloir trop conduire le monde, sans tenir compte des lois propres de la politique, l’écrivain peut aussi bien égarer sa démarche artistique en même temps que l’opinion qu’il a cherché à se soumettre. Ce petit livre annonce également la toute-puissance de l’Argent sur l’Intelligence et la liberté de l’esprit.
La remise en question des genres, la déroute du goût classique, le discours avant-gardiste sont stigmatisés systématiquement par Pierre Lasserre dans son Romantisme français (1907), et plus tard par Thierry Maulnier (Langages, 1946). Cette entreprise de contestation occupe pourtant moins de place qu’une pensée positive, qui relie l’éthique, l’esthétique et la politique (Maurras : Romantisme et Révolution, 1922 ; L’Allée des philosophes, 1923 ; Barbarie et Poésie, 1925). Elle variera selon les périodiques (Revue critique des idées et des livres, Revue Universelle) et les auteurs (Lasserre, Bainville, Jean-Marc Bernard, Léon Daudet, Henri Massis, Brasillach, Maulnier), mais demeurera un dénominateur commun à cet humanisme, y compris dans son acception chrétienne (Maritain, Boutang, Thibon). Dans cette sensibilité entre pleinement Jacques Bainville, dont le talent de prosateur conforte la pérennité de ses analyses historiques, à côté d’une critique élégante (Lectures).
Le classicisme de l’Action française apparaît comme une nostalgie de l’âge d’or : les XVIe et XVIIe siècles (et plus loin, la latinité et l’hellénisme). Siècles révélateurs de l’excellence de la langue (idée commune à Maurras, Maulnier, Nimier) : images d’une beauté glorieuse et d’une splendeur française évanouies. Plus foncièrement, ce classicisme a le sens d’une reconquête sur soi-même contre le chaos. Mais il participe également à l’exégèse, et conserve à cet égard un rayonnement prestigieux. Maurras entretient des rapports avec des hellénistes (Mario Meunier, Victor Bérard) et des latinistes (Frédéric Plessis, Auguste Longnon). Il écrit l’une des principales variations du XXe siècle sur le mythe d’Antigone, Antigone, vierge-mère de l’ordre (1948). Brasillach donne un Virgile et une Anthologie de la poésie grecque qui ont fait date. Thierry Maulnier, qui redécouvre l’Antigone de Robert Garnier (1944), écrit un Racine et une Introduction à la poésie française (1939) que l’on réédite constamment. Boutang publie en 1972 l’une des principales traductions et l’un des principaux commentaires du Banquet de Platon, après avoir traduit l’Apologie de Socrate (1945) pendant que Maurras était en prison... C’est peut-être dans sa part érudite que ce classicisme atteint son plus haut degré d’authenticité.
Aussi le courant littéraire de l’Action française a-t-il profondément marqué la critique (André Thérive, Edmond Jaloux, Thibaudet, Henri Clouard, Pierre de Nolhac) et les écrivains, soit en philosophie et en politique, soit dans le domaine littéraire proprement dit : Paulhan, Montherlant, Jouhandeau, Audiberti et T.S. Eliot ont dit leur dette envers Maurras, en tant qu’homme de lettres et prosateurs authentiquement classique. Mais on trouve aussi des éléments de postérité à l’École Romane, chez Joachim Gasquet (Les Chants séculaires, 1903), Jean-Marc Bernard (Sub tegmine fagi, 1913) et Paul-Jean Toulet (Contrerimes), tous amis de Maurras. Il est important de souligner que ce courant esthétique se développe antérieurement et parallèlement à la N.R.F. et à la critique classique de Gide et de Valéry, et de T.S. Eliot en Angleterre. Des adversaires politiques de l’Action française en partagent fréquemment les vues en littérature.
Dans la critique littéraire, L’A.F. n’est pas en reste. Maurras contribue à faire connaître Proust (Les Plaisirs et les jours), Verlaine, Valéry, Rimbaud, Barrès, Mistral, et il découvre les deux plus grands poètes provençaux du XXe siècle : Joseph d’Arbaud (en 1926) et Max-Philippe Delavouët (en 1951). Il est, dans la première moitié du siècle, le principal critique littéraire pour la littérature provençale. Léon Daudet défend également Proust (pour l’obtention du Prix Goncourt) ; il révèle Bernanos (Sous le soleil de Satan, 1926) et Céline (Voyage au bout de la nuit, 1932), très éloignés des goûts de Maurras et il défend Gide contre Massis. Brasillach, dans les colonnes du journal, commente Malraux et Giono.
Liberté de l’esprit
Ce champ de l’histoire littéraire ne s’arrête pas à l’œuvre de Maurras, parce que le rapport entre la littérature et le courant de l’Action française ne se limite pas au seul classicisme. Léon Daudet a amassé une œuvre impressionnante de mémorialiste, où la verve rabelaisienne et le sens du croquis détonnent (Salons et journaux, 1917). Satirique et baroque, il accable la médecine et la démocratie dans ses Morticoles (1896). Il est l’un des plus puissants polémistes de son temps (Le Stupide XIXe siècle, 1922, Deux idoles sanguinaires, 1939), et, dans ses romans, un théoricien de l’esthétique, de l’hérédité et de l’imaginaire.
Héritier de Barbey d’Aurévilly, Jean de La Varende retrace la continuité de la sensibilité royaliste dans notre histoire, notamment dans Les Manants du Roi (1938).
L’Action française et son chef de file sont omniprésents dans les essais et le recueil d’articles de Bernanos, de La Grande Peur des bien-pensants (1930) à Français si vous saviez (1948). L’écrivain y exalte et condamne tour à tour Maurras et son mouvement, avec un amour et une haine comparables au rapport obsessionnel que Nietzche entretint avec Wagner. Après avoir milité de 1908 à 1919 à l’Action française, en aiguisant sa plume de polémiste dans L’Avant-garde de Normandie, Bernanos se rapprocha du mouvement royaliste au moment de la crise de 1926, pour rompre avec elle en 1932. Vers la fin de sa vie, Bernanos écrit qu’il ne doit rien à Maurras ; quatre ans plus tôt, il déclarait « savoir à peu près par cœur l’Enquête sur la monarchie ». Rapports instinctifs et tumultueux entre le fils et le père. Si Maurras recherche dans l’histoire les lois de la politique, Bernanos y recherche l’histoire sainte et les plaies visibles de la Croix infligées par la nature humaine, avec tous les risques de la subjectivité. La séparation à partir de 1932 s’explique essentiellement par cette différence : différence de langage et d’orientation de la pensée, mais non étrangeté radicale. De Maurras, Bernanos adopte la critique de la démocratie et la raison de son royalisme : il rejette certaines positions de l’Action française plutôt que sa théorie fondamentale. Par ailleurs, Bernanos et Maurras défendent, selon leurs propres axes, la liberté de l’esprit : ils dénoncent la puissance de l’argent, la fabrication de l’opinion, l’asservissement de l’intelligence aux intérêts particuliers. Enfin, Maurras est également présent dans les romans de Bernanos, lorsqu’ils font la satire des adversaires politiques de l’Action française : députés républicains et catholiques libéraux.
L’après-guerre
Si l’Action française a perdu des talents au cours de la Première Guerre mondiale, elle a connu des dispersions avant et pendant l’Occupation. Des auteurs comme Brasillach, Combelle et Rebatet renièrent l’A.F. pour entrer dans le fascisme. D’autres, comme Jacques Perret et Boutang, ou encore Pierre de Bénouville, combattirent comme résistants ou soldats de la Libération. Romancier (Les sept couleurs) et critique littéraire, Brasillach a également laissé les émouvants Poèmes de Fresnes. Bénouville est l’auteur de monographies sur Chénier et Baudelaire qui furent appréciées par Maurras. Proche de l’A.F. (où il donne des articles), Jacques Perret occupe une place de choix, avec des romans qui transposent et réinventent sa propre expérience, dans une langue baroque et savoureuse, et un style aussi oral que littéraire. Le Caporal épinglé (1947) retrace une captivité caustique et vivante comme un bouteillon. Ce qui domine aussi le Caporal épinglé, ou les Biffins de Gonesse, c’est la récusation de l’optimisme démocratique : « Les peuples fiers, messieurs, reçoivent des raclées et n’entendent point des leçons ».
Dans cette nébuleuse, mais singulièrement libres, les Hussards constituent un dernier “groupe” littéraire, fondé avant tout sur l’amitié. Maurras y apparaît surtout comme une image de l’intégrité dans le combat, un professeur d’énergie patriotique ; et les camelots du roi comme d’honnêtes perturbateurs de la notabilité. Cette nostalgie des héros éclate notamment dans le Grand d’Espagne de Roger Nimier (1950). La critique maurrassienne de la démocratie pointe également dans Perfide (1950) et Le hussard bleu. Il faudrait également retracer les itinéraires particuliers de Kléaber Haedens, Jacques Laurent, Antoine Blondin, Michel Mohrt, Michel Déon et Jean Dutourd, qui furent (ou sont toujours) amis de l’Action française.
Philosophie politique
L’un des principaux métaphysiciens de notre siècle (Ontologie du secret, 1973 ; Apocalypse du désir, 1979), traducteur de Chesterton et de Blake, polémiste et philosophe politique, Pierre Boutang a fait de Maurras “la matière” de sa vie et l’appui de sa pensée. Ami des Hussards, il combat l’existentialisme (Sartre est-il un possédé ? 1952). Il donne à Aspects de la France une ample critique littéraire et philosophique recueillie dans Les Abeilles de Delphes, où il entreprend avec chaque auteur, ancien ou moderne (Bossuet, Montaigne, Malraux, Paulhan, Gracq, Blancot, Faulklner, Maurras, Caillois...), de véritables dialogues. Cette investigation métaphysique ou politique est prolongée dans les grands textes critiques : Quarante-neuf dizains de la Délie, 1953 ; préface aux Possédés de Dostoïevsky, 1961 ; La Fontaine politique, 1981 ; Maurras, la destinée et l’œuvre, 1984 ; William Blake manichéen et visionnaire, 1990 ; Karin Pozzi, 1991. Toute son œuvre s’enracine dans une réflexion sur l’unité primordiale du langage (l’Art poétique, 1988 est une théorie et illustration de la traduction), et se propose volontiers comme un chant : noces de la Parole et de l’être, tension vers la “langue des dieux”, ou bien regard tourné vers le Père et l’enfance. Cette expérience se retrouve dans les quatre romans, dont Le Purgatoire (1976) constitue le sommet, sur les hauteurs de Dante.
Diversité des styles
Ainsi, on ne saurait limiter ce continent littéraire au seul classicisme, ni à la seule critique. Il existe une production d’auteurs proches de l’Action française, ou bien directement impliqués dans sa lutte, dont on ne saurait dire qu’elle a été fécondée par ce courant comme une simple illustration artistique d’intentions politiques préétablies. De Maurras à Daudet et Boutang, chacun a tenu solidement à ses libertés, au nom d’une séparation entre politique et littérature qui fut peut-être surtout théorique. La plus grande diversité des styles, des goûts et des sensibilités s’observe dans cet ensemble, avec des différences et des oppositions parfois impressionnantes. Que de contrastes par exemple entre le style souplement attique et lumineux de Maurras et la cadence poétique et secrète de Boutang ! Cependant, quels rapports discerner entre Maurras, La Varende, Bernanos et Perret ? Bien sûr, le patriotisme, le nationalisme, l’attachement à l’idée du Roi. Mais on reconnaît aussi chez chacun le refus de l’esprit d’abstraction et de la mystique universaliste ; la fidélité à des modèles anciens, la vivante nostalgie du passé (le Moyen Âge pour Bernanos, le XVIIe siècle pour Perret, la chouannerie pour La Varende, qui sont autant de déclinaisons de la France) ; le goût de l’authenticité, l’exigence de la vérité et le sens de l’incarnation. Ces éléments se nuancent selon les auteurs, mais ils confèrent à la France littéraire moderne ses couleurs les plus vives, et la cohérence la plus ferme.
L'Action Française 2000 - Numéro hors-série - Printemps 1999
