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Tri­bune : Être roya­liste en temps de présidentielle

Par Jean-Phi­lippe Chauvin

Il reste six mois avant le dénoue­ment : à la moi­tié de Mai, un pré­sident de la Répu­blique sera élu, ou réélu, et le temps vien­dra, après celui des dis­cours et des pro­messes, de l’expérience du Pou­voir et de ses contraintes, de ses limites, de ses erre­ments par­fois. Mais l’élection pré­si­den­tielle ne sera vrai­ment com­plète que par les élec­tions légis­la­tives dont sor­ti­ra, véri­ta­ble­ment, la ligne poli­tique du quin­quen­nat, et il n’est pas impos­sible d’imaginer une coha­bi­ta­tion entre le Chef de l’État et une Assem­blée natio­nale qui lui four­ni­ra son Pre­mier ministre. Nous n’en sommes pas là, et les inter­ro­ga­tions et les émo­tions de l’automne pré-élec­to­ral portent plu­tôt sur les can­di­dats poten­tiels plus encore que ceux, à ce jour, décla­rés ! « Ira, ira pas ? », ou le nou­veau jeu des pré­dic­tions, pour­rait-on dire même si cer­tains can­di­dats puta­tifs semblent déjà en cam­pagne pour conqué­rir les masses élec­to­rales : MM. Macron et Zem­mour entre­tiennent un sus­pense qui semble, pour beau­coup, plus une manière d’avancer sans les contraintes ordi­naires des jeux d’appareil et des logiques par­ti­sanes, quand, chez les Répu­bli­cains, le nom du poten­tiel can­di­dat est encore en débat…

Ce petit jeu de la pré-pré­si­den­tielle n’est pas for­cé­ment néga­tif tant que les idées et les pro­po­si­tions (voire les pro­messes…) irriguent les débats média­tiques plus que les pos­tures et les inci­dents. Mais il semble que les émo­tions comptent plus, désor­mais, que les argu­men­ta­tions construites, et les éti­quettes acco­lées aux uns ou aux autres, à défaut de trou­bler le jeu (les son­dages sont plus effi­caces pour cela), jouent le rôle de « gestes bar­rières » (sic) qui inter­disent de dépas­ser les cli­vages et de pen­ser les grandes ques­tions poli­tiques et civi­li­sa­tion­nelles qui, en défi­ni­tive, orientent autant l’économique que le social. Cette « démo­cra­tie pul­sion­nelle », qui paraît domi­nante et accroît le risque de déma­go­gie, peut se tra­duire aus­si par une grande défiance à l’égard de tout ce qui est poli­tique quand, du coup, c’est « le pays légal », pro­mo­teur et pro­duit de la démo­cra­tie repré­sen­ta­tive, qui ramasse la mise en res­tant maître du jeu : peut-on se satis­faire de ce constat ? Sûre­ment pas ! Et c’est aus­si pour cela que je suis roya­liste ou, plu­tôt, à cause de cela.

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