Civi­li­sa­tion ou ani­mal monstrueux ?

Civi­li­sa­tion ou ani­mal monstrueux ?

 Entre­tien mené par la rédac­tion du maga­zine d’AF, « Le Bien Com­mun » avec Paul Serey

Ce texte d’entretien a été écrit durant le confi­ne­ment et contrai­re­ment à ce qui a été indi­qué dans LBC de juin, l’au­teur est Paul Serey auteur du « Car­rou­sel des ombres » aux édi­tions de l’é­qua­teur.

Paul Serey

La rédac­tion : Les modernes se croyaient maîtres et pos­ses­seurs de la nature. L’ac­tuelle épi­dé­mie n’ap­porte-t-elle pas la preuve que notre civi­li­sa­tion tech­ni­cienne n’est qu’un colosse aux pieds d’argile ?

Paul Serey : Depuis le XVIIème siècle – qu’il soit mau­dit ! –, à cause de Gali­lée qui avait pavé la voie, par la faute de Des­cartes, celui-là même que vous citez, l’homme s’est déta­ché d’une vision du monde comme Cos­mos et a pro­cé­dé, pro­gres­si­ve­ment et peu à peu géo­mé­tri­que­ment, à la réi­fi­ca­tion et la quan­ti­fi­ca­tion de la nature. Maître et pos­ses­seur, quel rêve ! Rêve de pos­sé­dés ! Quels maîtres sommes-nous deve­nus ! Qu’a­vons-nous fait de cette nature que nous avons si méti­cu­leu­se­ment, scien­ti­fi­que­ment, déta­chée de nous-même ? La nature n’est-elle pas deve­nue une simple ban­lieue, une « zone » vouée à la déser­ti­fi­ca­tion ? Quelle pos­ses­sion que voilà !

Je crois qu’il est dif­fi­cile de par­ler de civi­li­sa­tion aujourd’­hui. En désen­sau­va­geant la nature, en la met­tant en coupe réglée, nous l’a­vons sim­ple­ment détruite. Nous sommes orphe­lins. Nous l’a­vons trai­tée en enne­mie. Voi­là la moder­ni­té. Et ce dont nous avons héri­té, nous, post­mo­dernes, cette nature plus ou moins maî­tri­sée, nous l’a­vons ara­sée. Car qu’est-ce que la post­mo­der­ni­té, si ce n’est l’a­bat­tage de toute ver­ti­ca­li­té ? Voi­là où nous en sommes. Tout est ato­mi­sé, effon­dré ; tout est deve­nu pous­sière, cette pous­sière qui vole au-des­sus d’un désert de sable. Nous ne sommes plus maîtres de rien que d’un ter­rain vague, immense et sans hori­zon, où nous errons comme les sur­vi­vants d’une explo­sion ato­mique… Est-ce là une civilisation ?

C’est un oxy­more de par­ler de civi­li­sa­tion tech­ni­cienne. Comme nous l’a ensei­gné Ellul, la prin­ci­pale carac­té­ris­tique de la tech­nique (non pas seule­ment les machines mais tout ce qui régit le parc humain : tech­nique de l’é­co­no­mie, tech­nique de l’or­ga­ni­sa­tion, tech­nique de l’homme) est qu’elle est auto­nome. Il fut un temps où l’homme maî­tri­sait son envi­ron­ne­ment, lors­qu’il consi­dé­rait les tech­niques comme des pro­lon­ge­ments de ses jambes, de ses bras, de sa langue. Jambes, bras, langue, voyez-vous ? Voyez-vous comme ces pro­lon­ge­ments, presque natu­rels, sont deve­nus arti­fi­ciels ? Déme­su­rés et… auto­nomes ? Et cette auto­no­mie, cette déme­sure, ne la voyez-vous pas gran­dir, comme un ani­mal qui gros­sit et s’é­tend, un orga­nisme à la fois agile et pesant qui s’é­tend et absorbe et englobe tout, la nature et l’homme lui-même ?

C’est un ani­mal mons­trueux, qui vit sa propre vie, et dont nous ne sommes que les cel­lules, empri­son­nées dans des organes com­plexes et dépen­dants les uns des autres. Ce monstre est une chose vivante. Et comme tout ani­mal com­plexe, aux organes dépen­dants, il est extrê­me­ment fra­gile. C’est ce que nous révèle cette épi­dé­mie. Les organes sont atteints, d’un coup, de façon ful­gu­rante. C’est une grippe, et les organes sont grip­pés. Et c’est tout l’a­ni­mal qui se retrouve malade soudainement.

Un colosse aux pieds d’ar­gile, oui ! Et c’est notre plus grand espoir. Qu’il s’ef­fondre ! Qu’il se gan­grène ! Qu’il pour­risse et disparaisse !

Beau­coup de cel­lules mour­ront. D’autres seront absor­bées par d’autres petits orga­nismes. Elles se réor­ga­ni­se­ront, sous une forme plus simple, où elles trou­ve­ront plus d’au­to­no­mie, ne dépen­dant plus de ce gros ani­mal pesant et com­pli­qué que nous avons nom­mé civi­li­sa­tion et qui est notre perte. Encore faut-il que la Bête ne se régé­nère pas…

LR : Ce qui n’est pas gagné ! Car on conti­nue à nous par­ler de pro­grès tech­nique davan­tage que de décrois­sance. La Méga­ma­chine ne risque-t-elle pas d’être para­doxa­le­ment ren­for­cée par ses faiblesses ?

PS : J’ai uti­li­sé l’i­mage d’un orga­nisme vivant. Mais, en réa­li­té, ce n’est qu’un simu­lacre. C’est un ani­mal méca­nique qui a les carac­té­ris­tiques du vivant. Mais comme je l’ai dit, il est com­plexe, et sa com­plexi­té aug­mente de jour en jour. Vou­drait-on le sim­pli­fier qu’on ne le pour­rait pas. Il gros­sit et se com­plexi­fie. Et je l’ai dit : de manière auto­nome. Décroître ? Cela sup­po­se­rait qu’on puisse maî­tri­ser cet ani­mal. Cela sup­po­se­rait qu’on en soit maître. Et qui en est maître ? Les Etats ? Les gou­ver­ne­ments ? Les orga­ni­sa­tions ? Les ins­ti­tu­tions ? Eh bien, non ! Le sys­tème tech­ni­cien, ou plu­tôt tech­no­lo­gique est son propre maître ! Ceux-là que j’ai cités ne sont que des organes. Ils obéissent. Ils servent la Bête, la Méga­ma­chine. La décrois­sance est selon moi un doux rêve. C’est être bien naïf que de pen­ser que cela se fera sans consé­quences perverses.

Bien sûr, l’a­ni­mal pour­rait mai­grir un peu. On pour­rait lui faire perdre, par-ci par-là un peu de graisse, de toxines, ou que sais-je. Mais son fonc­tion­ne­ment, sa logique propre, n’en sera pas entra­vé. Vou­drait-on lui faire perdre du muscle, il se ren­for­ce­rait par ailleurs. Lui faire perdre une main, l’autre gran­di­ra, d’autres doigts lui pous­se­ront. La Méga­ma­chine est bien plus com­plexe que n’im­porte quel orga­nisme ter­restre. C’est sa fra­gi­li­té, je l’ai dit. Mais c’est aus­si sa force.

On le voit bien avec la crise actuelle. Un grain de sable – car c’est, me semble-t-il, un grain de sable (d’autres virus, d’autres catas­trophes bien pires ont eu lieu par le pas­sé sans engen­drer de réac­tions si ter­ribles) – a grip­pé la machine. Mais à cet inci­dent la Méga­ma­chine réagit en gros­sis­sant. Oui, voyant qu’elle perd le contrôle, il lui faut reprendre ce contrôle sur ses organes, et sur les cel­lules de son corps atta­qué. Les Etats, les gou­ver­ne­ments, les ins­ti­tu­tions, les admi­nis­tra­tions, ne font que répondre à cette demande du sys­tème. La démo­cra­tie est l’or­ga­ni­sa­tion qui lui sied le mieux, car elle exige la doci­li­té des cel­lules. La démo­cra­tie exige l’o­béis­sance des citoyens. Et pour s’as­su­rer de cette obéis­sance, le sys­tème a besoin de moyens de contrôle et de coercition.

On remar­que­ra que la popu­la­tion obéit aux injonc­tions de l’E­tat, sans mou­fe­ter. Le sys­tème n’est pas mis en dan­ger. Grip­pé oui, mais sans dom­mages irré­mé­diables. Le sys­tème craint l’a­nar­chie plus que tout. La démo­cra­tie est cette orga­ni­sa­tion qui contrôle le mieux le risque d’a­nar­chie parce qu’elle orga­nise la sou­mis­sion volon­taire. La dic­ta­ture peut pro­vo­quer des révoltes vio­lentes qui peuvent aller jus­qu’à la mise à mort du dic­ta­teur. C’est le cas de toutes les monar­chies abso­lues. La démo­cra­tie, quant à elle, fait accroire à la popu­la­tion qu’elle est maî­tresse de son des­tin. Tout au plus obser­vons-nous quelques mani­fes­ta­tions de rue, quelques heurts, mais jamais rien qui soit vrai­ment dan­ge­reux pour le pou­voir. Néan­moins le pou­voir craint la rébel­lion. Tout mais pas l’a­nar­chie ! Il faut que tout soit sous contrôle.

Or la popu­la­tion est en état de choc. Quelques mani­fes­ta­tions de colères éclosent ici ou là, mais c’est le choc qui pré­do­mine. Le choc et la peur. Voyant cela, le pou­voir, comme tou­jours, en pro­fite. C’est le moment où la Méga­ma­chine peut gros­sir et s’é­tendre. La popu­la­tion, abru­tie par le choc et trem­blante de peur est prête, prête à abdi­quer un peu de liber­té pour sa sécu­ri­té, prête à abdi­quer le peu d’au­to­no­mie qui lui reste pour un peu de récon­fort. Elle a besoin d’être ras­su­rée et, pour cela, se lais­se­ra contrô­ler, tra­quer, pucer ; elle accep­te­ra n’im­porte quelle intru­sion dans sa vie pri­vée si on lui pro­met que c’est pour son bien. La Méga­ma­chine vit de ses crises. La crise, n’im­porte quelle catas­trophe, est pour elle le moyen d’as­su­rer son emprise, d’as­ser­vir un peu plus. La pro­pa­gande fait déjà rage, et les mesures passent en loucedé.

LR : Aux cri­tiques de la tech­nique, on objecte sys­té­ma­ti­que­ment l’ar­gu­ment-mas­sue des pro­grès de la méde­cine. Faut-il se libé­rer de la méde­cine pour se libé­rer de la Machine ?

PS : La méde­cine a elle aus­si « pro­gres­sé », c’est un fait. Elle est plus effi­cace, plus per­for­mante. Et tout le monde s’ex­ta­sie. On en demande encore ! Tou­jours plus ! Il fau­drait éra­di­quer toutes les mala­dies, chaque dou­leur. Du ber­ceau à la tombe, aucune ani­croche. Et une vie longue, sans fin. Pour­quoi pas l’é­ter­ni­té ! On en rêve. On serait même prêt à se faire gref­fer toutes sortes de com­po­sants élec­tro­niques, se faire modi­fier les gênes, sélec­tion­ner ceux de nos enfants à naître, à naître dans un ventre étran­ger, pour­quoi pas. Il me semble néan­moins que la machine a créé beau­coup de ces mala­dies (can­cers, mala­dies infec­tieuses – dont le Covid19, patho­lo­gies psy­chia­triques, etc.) contre les­quelles elle lutte si joyeu­se­ment, mais passons…

Bien sûr, il est bon d’être soi­gné. Le doc­teur est le mage moderne. C’est l’in­car­na­tion du Bien. Le nou­veau héros. N’y voyez pas que de l’i­ro­nie. Cette façon de voir est ancrée en cha­cun de nous. Et j’hé­site à pous­ser mon rai­son­ne­ment jus­qu’à son terme.

Quand je dis qu’il faut détruire la Méga­ma­chine, l’ar­gu­ment médi­cal se met en tra­vers de mon che­min. Qui ne tient pas à sa vie, à la vie de ses proches ? Pour­tant, si l’on devait pré­ser­ver la méde­cine telle qu’elle se pra­tique aujourd’­hui, alors nous ne pour­rions pas nous pas­ser du reste du sys­tème tech­ni­cien. Tout, dans ce sys­tème, est inter­dé­pen­dant ! Impos­sible de conser­ver ce confort ultime sans conser­ver, par là même et par exemple, les grands labo­ra­toires phar­ma­ceu­tiques, l’in­dus­trie chi­mique, l’in­dus­trie méca­nique qui pro­duit les robots et les ordi­na­teurs, et par consé­quent la pétro­chi­mie et la pro­duc­tion mas­sive d’élec­tri­ci­té et, évi­dem­ment, beau­coup d’autres choses !

Si la Méga­ma­chine devait s’ef­fon­drer, il y aurait beau­coup de morts, des mil­lions. Il fau­drait à l’homme de nou­velles stra­té­gies pour sur­vivre, s’as­su­rer un mini­mum de confort, pré­ser­ver les siens. Fabri­quer loca­le­ment des outils ? Pré­pa­rer des médi­ca­ments en phar­ma­cie, comme cela se fai­sait autre­fois ? Si l’on veut se débar­ras­ser de l’op­pres­seur, il fau­dra être prêt à mille sacri­fices tout en limi­tant la casse et en trou­vant des solu­tions alter­na­tives. Vou­lons-nous cette guerre ? Nous en avons fait, des guerres, contre de ter­ribles oppres­seurs, et ceci nous a coû­té des mil­lions de vies par le pas­sé. Or ce sys­tème qui nous oppresse est-il moins ter­rible ? Je ne le crois pas. Mais suis-je moi-même prêt à cette guerre ? Je me pose la question.

LR : Et on craint de connaître la réponse concer­nant la masse des gens pas­sant leur confi­ne­ment sur un écran et ne rêvant que d’un « retour à la nor­male »… Peut-on espé­rer qu’ad­vienne un jour une (Contre-)Révolution ou est-on condam­né à attendre une plus redou­table épi­dé­mie, ou autres cata­clysmes, pour que le sys­tème s’ef­fondre de lui-même ?

PS : Je ne suis pas très opti­miste. Je crois que le sys­tème est bien ver­rouillé. On a habi­tué les gens à un cer­tain confort et, le voyant si fra­gile, ils n’au­ront en tête que de le retrou­ver. Ce temps de crise est pro­fi­table à cer­tains, ceux qui recherchent une soli­tude qu’ils n’ont jamais eu l’oc­ca­sion de connaître vrai­ment, cette soli­tude qui enri­chit, qui est inté­rio­ri­té et contem­pla­tion ! Mais la grande masse n’y aura trou­vé qu’une occa­sion sup­plé­men­taire de se vau­trer dans le diver­tis­se­ment net­flixien et porn­hu­bien, dans des jouis­sances médiocres et un lais­ser-aller à vomir.

Je ne par­le­rais pas de Contre-Révo­lu­tion, si un bou­le­ver­se­ment était pos­sible, mais bien de Révo­lu­tion. On ne peut se conten­ter de réac­tion. Il faut inven­ter de nou­velles filia­tions, faire de notre héri­tage quelque chose de nou­veau. Je ne parle évi­dem­ment pas d’u­to­pie. On ne fera pas un monde nou­veau, en ce sens. Je parle d’a­ve­nir, de l’a­ve­nir de ce monde que nous connais­sons. On n’ef­face pas le pas­sé d’un coup de manche. Détruire le sys­tème tech­ni­cien, la Méga­ma­chine, oui. Après, il fau­dra recons­truire à par­tir de ce qu’il res­te­ra, si cela est pos­sible. Ce qui res­te­ra, c’est notre héri­tage spi­ri­tuel, nos racines, l’a­mour de notre famille, de nos enfants, de nos parents, de notre patrie, de nos patries, la petite et la grande. La France bien-sûr.

Quant à moi, je vois un roi, un roi bien­veillant et pater­nel. Et je vois un peuple, un peuple enra­ci­né, conscient, auto­nome. Je vois un peuple en armes, prêt à se libé­rer de toute ser­vi­tude si néces­saire. Je vois des hommes et des femmes libres, avec un tra­vail enri­chis­sant et utile à tous, ancrés sur leur fiefs. Trans­hu­mants, pour­quoi pas. Je vois des fêtes. Je vois des com­mu­nau­tés. Je vois l’A­nar­chie. L’A­nar­chie plus un. Le peuple et son roi, sans rien entre les deux.

Si rien n’ad­ve­nait cette fois-ci, d’autres catas­trophes vien­dront. Mais il n’est pas dit que la machine ne se ren­for­ce­ra pas. Le seul espoir réside dans les hommes, pris indi­vi­duel­le­ment, dans les com­mu­nau­tés, les tri­bus, les familles. Orga­ni­sons-nous, et sai­sis­sons les occa­sions que le sys­tème ne man­que­ra pas de nous offrir.

LR : Ce sou­ci (mala­dif) de la san­té est-il lié au refus du Mal, et donc du Bien, dont vous par­lez dans votre roman Le car­rou­sel des ombres ?

PS : Dans Le Car­rou­sel, j’ex­pli­quai de façon très lit­té­raire qu’on ne peut conce­voir le bien sans le mal. Et que pour avoir un grand bien qu’il faut avoir l’exemple d’un grand mal. Qu’on ne peut conce­voir Dieu sans Satan. Que sans Gilles de Rais, Jeanne d’Arc ne serait pas la Sainte qu’on connaît. Qu’à ne plus dis­tin­guer le Mal du Bien, on n’a­vait certes plus de Mal, mais plus de Bien non plus. En gros, on a signé un chèque en blanc à Satan, qui se retrouve maître de nos prin­ci­pau­tés. Il est visible pour­tant, contrai­re­ment à Dieu. Le Mal fait du bruit, le bien est silen­cieux. Nous avons détruit le monde du silence. Et nous ne per­ce­vons plus le bruit, tant nous y sommes immergés.

Nous ne recon­nais­sons plus le mal parce que nous l’a­vons nié pour nous débar­ras­ser de Dieu. Nous vivons dans cet Empire du bien, génia­le­ment décrit par Muray. Et la mala­die fait par­tie de ces choses que nous ne vou­lons pas voir, pour les rai­sons que je viens d’é­vo­quer. Nous ne vou­lons pas la voir, nous refu­sons de voir la mort. Il faut à tout prix éra­di­quer la mort de nos vies et de l’es­pace public, à tour prix évin­cer la mala­die et la souf­france de nos vies qui sans elles, pour­tant, n’ont plus de relief et dont le sens méta­phy­sique se perd dans un vide sidé­ral. La mala­die, la mort, sont des thèmes éter­nels… ils res­sur­gi­ront, ils res­sur­gissent sous nos yeux.