Que reste il ?

Que reste il ?

Par Fré­dé­ric Wink­ler

« Les éco­no­mistes on les appel­le­ra à l’heure des comptes, pas pour par­ler de l’homme » disait Jean Anouilh. Les maux dont nous souf­frons res­tent prin­ci­pa­le­ment les mêmes dénon­cés depuis des décen­nies :


- Crise éco­no­mique en France comme en Europe qui n’est rien d’autre, sans doute, que la pour­suite du pro­ces­sus de mon­dia­li­sa­tion, avec la faillite du libé­ra­lisme dans notre pays aux lourdes consé­quences…


- Une popu­la­tion sala­riale sans pro­tec­tion pro­fes­sion­nelle à la dif­fé­rence des avo­cats et méde­cins qui, eux, pos­sèdent la pro­prié­té du métier.


- Un nou­vel escla­vage dans la concur­rence avec les pays du Sud, émer­gents ou en déve­lop­pe­ment, avec les délo­ca­li­sa­tions. Un cer­tain patro­nat libé­ral sans foi ni loi est aux com­mandes, avec la pres­sion déter­mi­nante des action­naires, expor­tant ses entre­prises à l’autre bout du monde, la main sur le cœur, par­lant de répu­blique des droits de l’homme. Celui-ci accepte pour faire plus de pro­fit, le dépla­ce­ment de ses capi­taux et de ses usines, met­tant en faillite des familles entières de sala­riés…


- Un Etat ayant per­du toute indé­pen­dance poli­tique face à l’é­co­no­mique, deve­nu un satel­lite de l’U­nion euro­péenne qui décide de la vie ou de la mort de pans entiers de son éco­no­mie : agri­cul­ture, pêche, indus­trie au pro­fit d’autres pays


- Un syn­di­ca­lisme ne repré­sen­tant plus le monde du tra­vail mais trop sou­vent la poli­tique ou les inté­rêts de groupes de pres­sion éco­no­miques. Alors que les adhé­sions fondent comme neige au soleil, les syn­di­cats ont accep­té les « Ordon­nances Macron », par­fai­te­ment anti­so­ciales.


- Un Etat sacri­fiant son peuple en accep­tant que la misère du monde vienne s’im­plan­ter ici sans se don­ner les moyens de l’in­té­gra­tion et sans pro­té­ger ses propres natio­naux.


- Une poli­tique sui­ci­daire en matière de démo­gra­phie, sur­tout depuis quelques années alors que la France a la chance d’a­voir la vita­li­té démo­gra­phique la plus mar­quée d’Eu­rope.


- Un Etat répu­bli­cain sur­en­det­té et inca­pable de prendre les moyens d’un retour à l’é­qui­libre des comptes, dans une marche vers l’a­bîme et le néant.


- Une perte de confiance totale envers un gou­ver­ne­ment n’hé­si­tant pas à agi­ter les risques d’une pan­dé­mie mon­diale, alors que tout le monde connait les rela­tions pri­vi­lé­giées entre les gou­ver­ne­ments et la finance, l’OMS et cer­taines grandes firmes phar­ma­ceu­tiques…


On en vient à craindre que l’in­té­rêt réel de nos gou­ver­nants ne bas­cule entre la san­té du peuple et les inté­rêts bour­siers. Ain­si dans l’af­faire de la grippe dite aviaire, la mise en place de vac­cins dont on ne connait pas les effets secon­daires et qui fut com­man­dé à des dizaines de mil­lions de doses en pure perte… Sommes-nous reve­nus à la triste époque du sang conta­mi­né, où les inté­rêts entre le gou­ver­ne­ment comme les entre­prises phar­ma­ceu­tiques et médi­cales étaient par­fois trop mêlés, au risque d’en­traî­ner des catas­trophes sani­taires ? Rap­pe­lez-vous : « res­pon­sable mais pas cou­pable », dira la Répu­blique pour se défaus­ser…
Alors, défen­dons-nous et Libé­rons-nous de la Répu­blique anti­so­ciale…


A côté de tout ce qui évo­qué plus haut suf­fi­sam­ment dra­ma­tique, des­truc­tion sys­té­ma­tique de la pay­san­ne­rie, de la pêche, de l’ar­ti­sa­nat et du petit com­merce (par les lois, les direc­tives euro­péennes, la fis­ca­li­té…). Ces métiers sont mena­cés conti­nuel­le­ment dans leur exis­tence pour le plus grand pro­fit des firmes trans­na­tio­nales et des finan­ciers, sou­vent apa­trides ou, comme ils se qua­li­fient eux-mêmes, « mon­dia­li­sés ». Les pro­fes­sions étouffent dans un car­can de fer, Prou­dhon aurait dit : « … ins­pec­té, espion­né, endoc­tri­né, contrô­lé, cen­su­ré, licen­cié, répri­mé, amen­dé, vili­pen­dé, vexé, tra­qué, hous­pillé, empri­son­né, jugé, condam­né, dépor­té, sacri­fié, ven­du, tra­hi, fusillé et pour comble ber­né, outra­gé, désho­no­ré. Voi­là le gou­ver­ne­ment, voi­là sa jus­tice, voi­là sa morale ! … » (Idée géné­rale de la révo­lu­tion au XIXe siècle). Tout cela pra­ti­qué évi­dem­ment à mots cou­verts, dans une hypo­cri­sie totale et quel­que­fois même par des gens se récla­mant, la main sur le cœur, des défen­seurs de ces com­mu­nau­tés. Tou­te­fois, cer­tains n’a­gissent pas dans cet esprit, repre­nons l’exemple cité par le Prince Jean (Un Prince Fran­çais) : « A cet égard, lors d’un voyage à Casa­blan­ca, le direc­teur géné­ral de Lafarge Maroc, Jean-Marie Schmitz, m’a­vait fait part d’une expé­rience très inté­res­sante, qui mérite d’être rela­tée. Lafarge Maroc est le numé­ro un du ciment dans ce pays. Lors de la fer­me­ture d’une cen­trale à béton à Tétouan, deux cents per­sonnes ont fait l’ob­jet d’un plan social. Après avoir mis en place une cel­lule de reclas­se­ment et reca­sé une cin­quan­taine de per­sonnes, les solu­tions tra­di­tion­nelles se sont trou­vées épui­sées : pré­re­traites, réin­ser­tion dans des entre­prises voi­sines… Lafarge a donc aidé les autres sala­riés licen­ciés à créer des micros-entre­prises (épi­ce­ries, petites affaires agri­coles, entre­prises d’élec­tri­ci­té…) en assu­rant la for­ma­tion de départ et l’ac­com­pa­gne­ment néces­saire, ain­si que la dota­tion en capi­tal. Cette opé­ra­tion a été cou­ron­née de suc­cès. Voi­là le genre d’i­ni­tia­tives dont nous devrions nous ins­pi­rer. » Il y a là un pro­blème social très grave, très géné­ral dont cha­cun est bien conscient, et des solu­tions pos­sibles, comme le montre cet exemple de Jean-Marie Schmitz. Mais s’est-on assez inter­ro­gé sur les causes, et sur les remèdes qu’il est urgent d’ap­pli­quer ? 


FW (Pro­jet de Socié­té, à suivre)