L’éditorial de Fran­çois Marcilhac

L’éditorial de Fran­çois Marcilhac

DE DREUX À LA FRANCE

L’important entre­tien que le comte de Paris a accor­dé à Fré­dé­ric de Natal pour le men­suel L’Incorrect [1] du mois de février est, par la teneur de ses pro­pos, un acte poli­tique fort, qui s’inscrit dans la suite d’un pre­mier acte, majeur celui-là, à la fois reli­gieux et poli­tique, qui fut la demande de par­don du Prince, le matin du 21 jan­vier der­nier, au début de la messe pour Louis XVI, des fautes com­mises par ses ancêtres, notam­ment par Phi­lippe-Éga­li­té. Toutes choses étant égales par ailleurs, c’est immé­dia­te­ment à la déci­sion de Jeanne d’Arc d’aller sacrer le « gen­til Dau­phin », pour­tant déjà Charles VII de jure, que fait pen­ser cette déci­sion de Jean IV de deman­der par­don : la poli­tique de Jeanne d’Arc eut pour fon­de­ment le sacre, sans lequel Charles VII n’était pas tota­le­ment éta­bli dans ses droits, et le pre­mier de celui-ci : ser­vir le pays. De même, la poli­tique de Jean IV aura désor­mais pour fon­de­ment cette demande de par­don : « Le décès de mon père l’année der­nière, le jour même, qua­si­ment à l’heure même, de celui du roi Louis XVI, a signi­fié pour moi que la boucle devait être bou­clée. » « Je sou­hai­tais clore tout cela » — « une trace et un reproche », même infon­dé — « pour me tour­ner vers l’avenir. » 

Hier, le che­min, de Chi­non à Reims ; demain, celui, déjà com­men­cé, de Dreux aux Fran­çais ? La nécro­pole de la mai­son de France, sur cette vieille terre royale qui, dans sa réa­li­té quo­ti­dienne, incarne la France d’aujourd’hui au milieu de laquelle vit la famille royale, est bien, pour le prince, le point de départ de la recon­quête du cœur et de l’esprit des Fran­çais. « La terre de France, sou­ligne le prince, déter­mine la façon de vivre, c’est le cœur et l’esprit de notre nation. Elle vous fait prendre conscience que vous dépen­dez de quelque chose d’autre que vos propres dési­rs. C’est pour cela que Paris n’a pas com­pris le mou­ve­ment des Gilets jaunes », les­quels « se sont ren­du compte que la Révo­lu­tion devait lut­ter contre les inéga­li­tés mais que plus de 200 après la situa­tion est pire. »

Oui, la situa­tion est bien pire, mais notre chance est ce prince déci­dé à peser sur l’avenir du pays, pour ne pas lais­ser les élites en place conti­nuer de le lais­ser par­tir à vau‑l’eau, voire de tra­hir ses inté­rêts, comme Macron, encore récem­ment, qui veut livrer notre force de frappe à l’aventure euro­péenne, à laquelle seul il croit. Comme le prince le sou­ligne avec une grande sévé­ri­té, « la dif­fi­cul­té de la France, sou­vent » — il parle de ses diri­geants — « c’est de cher­cher l’intérêt de l’Europe avant ses propres inté­rêts ». Or, « il faut que le gou­ver­ne­ment regarde l’intérêt de notre nation avant tout. C’est sa pre­mière res­pon­sa­bi­li­té pour moi », regret­tant au pas­sage, s’agissant de Macron, son « déca­lage par rap­port à la réa­li­té du pays », un déca­lage entre­te­nu par son entourage.

C’est que le Prince est non pas un homme de par­ti mais « un homme de convic­tion par nature », appe­lé de ce fait à expli­quer ses convic­tions sur des sujets « comme la bioé­thique, les Gilets jaunes, les grèves ». « C’est mon rôle de don­ner ma vision de la France ». Ain­si, son devoir est de rap­pe­ler aux Fran­çais, par exemple sur les lois de bioé­thique, que le désir ne sau­rait deve­nir la source de la norme et du droit, au risque de détruire les fon­de­ments de la socié­té. Aus­si, est-ce « sans aucune hési­ta­tion » qu’il envi­sage d’aller de nou­veau mani­fes­ter. Non pas homme de par­ti, en effet, alors que, sou­ligne-t-il, le quin­quen­nat sou­met encore davan­tage le chef de l’Etat à leur loi. Au contraire : « La logique d’un monarque est com­plè­te­ment dif­fé­rente de celle d’un pré­sident de la Répu­blique. Il se sou­cie seule­ment du bien du pays. »

Il est dès lors très inté­res­sant qu’il prenne pour modèle de monar­chie contem­po­raine une monar­chie non pas sym­bo­lique mais active, à savoir le Liech­ten­stein, qui connaît « un équi­libre entre les trois pou­voirs — celui du prince, celui du par­le­ment et celui du peuple avec les vota­tions. J’insiste sur le fait qu’on ne parle pas de par­tage du pou­voir mais d’équilibre. » Et il est revi­go­rant de l’entendre sou­hai­ter expri­mer « des prises de posi­tion un peu plus poli­tiques » et orga­ni­ser « des dépla­ce­ments qui vont aus­si dans ce sens-là ».

Fédé­rer les Fran­çais autour de sa per­sonne ? « Je le fais tous les jours », rap­pelle-t-il, même s’il regrette le manque de moyens. Qu’il sache que l’Action fran­çaise n’existe que pour le ser­vir : elle n’a d’autre jus­ti­fi­ca­tion. Les roya­listes n’aspirent qu’à lui appor­ter leur aide, dans la mesure où il le sou­haite, et sans autre des­sein que de rame­ner l’héritier. De Dreux, aux Fran­çais, oui, la route est déjà commencée.

Fran­çois Marcilhac

[1] https://lincorrect.org/jean-dorleans-comte-de-paris-la-revolution-devait-lutter-contre-les-inegalites-200-ans-apres-cest-pire-lincorrect/