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Heb­do­ma­daire poli­tique par Fran­çois Marcilhac

Chro­nique Poli­tique : Pour l’u­nion du pays réel

Macron est-il en passe de gagner son pari et de faire adop­ter sa réforme des retraites ? Après la tra­gi-comé­die de l’âge pivot, les syn­di­cats dits réfor­mistes sont ren­trés à la niche et, même dans les trans­ports (SNCF, RATP), la mobi­li­sa­tion s’essouffle. Pour­tant, chaque jour qui passe montre que l’opposition à la réforme est loin d’être le seul fait des « pri­vi­lé­giés » de la fonc­tion publique qui y per­draient plus que des plumes. Jamais la CFE-CGC, qui regroupe les cadres et n’a rien d’un syn­di­cat révo­lu­tion­naire, ou même contes­ta­taire, n’est allé aus­si loin dans son oppo­si­tion au pou­voir. Fran­çois Hom­me­ril, son pré­sident confé­dé­ral, conti­nue de récla­mer le retrait du pro­jet de loi, aux côtés de la CGT, de Force ouvrière, de Soli­daires et de la FSU. Selon lui, c’est le Gou­ver­ne­ment qui, par son entê­te­ment, crée les condi­tions du blo­cage. Les indé­pen­dants, notam­ment les avo­cats, sont, eux aus­si, vent debout contre la dis­pa­ri­tion des caisses auto­nomes, dont ils seraient les pre­miers à pâtir. 

Il est vrai que lorsque les ultra­li­bé­raux se mêlent d’égalitarisme, ce n’est jamais très bon signe ! N’oublions pas que la nuit du 4‑Août 1789, qui a mis fin aux « pri­vi­lèges », c’est-à-dire à l’autonomie de la socié­té civile, a été sui­vie le 17 mars 1791 par le vote de la loi d’Allarde sup­pri­mant les cor­po­ra­tions et le 14 juin de la même année par celui de la loi Le Cha­pe­lier punis­sant de mort la créa­tion de syn­di­cats au nom de l’égal accès de tous à la libre-concur­rence. Déjà l’obsession de l’universalité ! Un siècle d’enfer s’en est sui­vi pour les ouvriers — beau cadeau de la Révo­lu­tion au pays réel que Maur­ras et l’Action fran­çaise s’appliquèrent tou­jours à dénon­cer et que Macron veut remettre au goût du jour avec sa pré­ten­due réforme « uni­ver­selle » des retraites, exi­gée par l’Europe et l’oligarchie inter­na­tio­nale. La récente pro­mo­tion au grade d’officier de la Légion d’honneur du pré­sident de Bla­ckRock France n’est pas seule­ment une pro­vo­ca­tion d’Emmanuel Macron, homme lige des fonds de pen­sion amé­ri­cains : c’est l’aveu cynique de la volon­té du pou­voir de mettre fin au régime par répar­ti­tion. De fait, c’est la CFDT, très liée, on le sait, au lob­by bruxel­lois, lequel est à l’origine de cette réforme, qui est plu­tôt iso­lée. La bourde (?) d’Édouard Phi­lippe sur l’âge pivot lui a per­mis de redo­rer son bla­son auprès de sala­riés qui com­men­çaient à se deman­der quel rôle elle jouait. Mais elle n’apparaît comme la gagnante du faux-vrai bras de fer avec le Pre­mier ministre qu’auprès de ceux qui sont convain­cus d’avance de la sin­cé­ri­té du pou­voir à vou­loir « sau­ver » un régime de retraite qu’il est étran­ge­ment le seul, avec la CFDT, à croire mena­cé dans l’immédiat.

Certes, la CGT, qui a appe­lé à voter en masse pour Macron en 2017, se trouve aujourd’hui en porte à faux en appe­lant à conti­nuer de blo­quer le pays. Car on ne peut pas accu­ser, pour le coup, Macron, d’avoir pris les Fran­çais par sur­prise sur la réforme des retraites : elle était bien ins­crite dans son pro­gramme. Mar­ti­nez et la CGT ne l’ignoraient donc pas. Qu’ont-ils fait d’autre, en dia­bo­li­sant alors la can­di­date Marine Le Pen, que rendre ser­vice à  leurs « enne­mis de classe » ? Ils ont sim­ple­ment agi en idiots utiles de l’oligarchie. Le dis­cours qu’ils tiennent sur l’immigration est d’ailleurs le même que celui du MEDEF, du pou­voir et de l’Europe. 

Même adop­tée avant l’été, cette réforme ne sera pas défi­ni­tive. Une majo­ri­té pour­ra défaire ce qu’a fait une pré­cé­dente. Tou­te­fois, il y fau­drait du cou­rage poli­tique et, sur­tout, que l’exécutif ait repris son indé­pen­dance. Or on sait que le pou­voir n’est plus situé à l’Élysée ou à Mati­gnon. Et que le régime des par­tis, sous lequel nous conti­nuons de vivre, n’est plus lui-même que le vec­teur d’un pro­tec­to­rat dont la capi­tale ins­ti­tu­tion­nelle est à Bruxelles mais dont les inté­rêts qu’il défend sont mon­dia­li­sés. Pour l’heure, il convient de tout faire pour abattre le pou­voir qui les repré­sente. Macron n’est qu’un cour­tier. Ne fai­sons rien qui puisse favo­ri­ser son œuvre des­truc­trice. Ne par­ti­ci­pons pas à la divi­sion des Fran­çais qui, quels que soient leurs moti­va­tions immé­diates ou leur degré de luci­di­té, s’opposent à son action mor­ti­fère. Ensei­gnants, méde­cins, infir­miers, aides-soi­gnants, che­mi­nots, avo­cats, indé­pen­dants, dockers, poli­ciers – la liste n’est pas exhaus­tive : le pays réel, à tra­vers un grand nombre de ses com­po­santes, est entrée en révolte. Et ce ne sont pas les muni­ci­pales, élec­tions mal­gré tout locales, qui pour­ront ser­vir d’exu­toire. C’est pour­quoi, favo­ri­ser l’union du pays réel contre un pays légal qui méprise le Bien com­mun est une néces­si­té. C’est même une exi­gence patriotique.