La grande ques­tion des retraites. Par­tie 1 : Tra­vail et retraites.
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La grande ques­tion des retraites. Par­tie 1 : Tra­vail et retraites.

Il n’est pas pos­sible de pen­ser la ques­tion des retraites sans poser celle du tra­vail, de ses fina­li­tés, de ses aspects et de ses pos­si­bi­li­tés. Or, trop sou­vent, les retraites ne sont évo­quées que sous l’angle finan­cier ou social, en oubliant que la retraite en elle-même est d’abord la sor­tie, plus ou moins ordon­née, du monde du tra­vail et de la condi­tion de tra­vailleur, der­nier terme que l’on limite trop aux seules classes popu­laires pro­duc­trices dans l’idéologie mar­xiste en oubliant ces classes moyennes, voire supé­rieures, qui elles aus­si sont enga­gées dans le pro­ces­sus de pro­duc­tion de biens et de ser­vices, plus dans le sec­teur ter­tiaire et dans celui des échanges que dans les usines ou les champs. En fait, c’est le tra­vail qui doit ou devrait déter­mi­ner les retraites (ce qui n’est le cas qu’en par­tie, para­doxa­le­ment), leur finan­ce­ment comme leur ges­tion sur le long terme, et cela néces­site aus­si d’en exa­mi­ner les condi­tions, autant d’accès que d’exercice et cela sans en oublier à la fois la néces­si­té et la moti­va­tion dans le champ éco­no­mique comme social.

Aujourd’hui, le tra­vail « pro­fes­sion­nel » recouvre un temps qui paraît bien moins long qu’il y a une qua­ran­taine d’années, mais il appa­raît aus­si moins bien dis­tri­bué, le nombre de chô­meurs ou de tra­vailleurs à temps par­tiel ayant for­te­ment pro­gres­sé quand, dans le même mou­ve­ment, l’accès à l’emploi sala­rié est deve­nu plus tar­dif et, sou­vent, moins assu­ré. Cela entraîne donc une fra­gi­li­sa­tion des modes de finan­ce­ment des retraites, sans oublier que l’espérance de vie s’est aus­si éle­vée et que le nombre de retrai­tés a, lui aus­si, aug­men­té méca­ni­que­ment et, disons-le, heu­reu­se­ment ! Désor­mais, la charge des retraites est deve­nue « trop » lourde pour un monde de l’emploi qui, en com­pa­rai­son et en pro­por­tion, s’est rétré­ci de façon fort embar­ras­sante pour leur finan­ce­ment : de quatre coti­sants pour un retrai­té au milieu des années 1940, nous sommes pas­sés à moins de deux, ce qui, évi­dem­ment, change la donne ini­tiale de la retraite par répar­ti­tion. Cela est évi­dem­ment lié à la quan­ti­té horaire de tra­vail four­ni, mais aus­si à la situa­tion démo­gra­phique moins favo­rable et qui « se retourne » avec l’arrivée des classes d’âge nom­breuses à l’âge de la retraite quand la nata­li­té, elle, s’essouffle. Tout cela est connu et évo­qué à rai­son sou­vent, mais aus­si à tort et à tra­vers par­fois. L’erreur serait de se conten­ter de ces don­nées, impor­tantes mais pas tou­jours suf­fi­santes pour sai­sir tous les enjeux de la ques­tion et tra­cer des pers­pec­tives qui satis­fassent autant l’économique que le social.

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