Je suis com­plice de géno­cide mais je me soigne

Je suis com­plice de géno­cide mais je me soigne

Je remer­cie tous les idiots utiles de Paul Kagame qui n’écoutant que leur déon­to­lo­gie qui ne leur disait rien n’ont jamais hési­té à se faire une petite gloire jour­na­lis­tique ou uni­ver­si­taire en s’attaquant à une cible aus­si facile que les sol­dats de leur propre nation. Mer­ci donc de m’avoir ouvert les yeux sur la manière dont je m’étais ren­du cou­pable il y a désor­mais 25 ans et dont je n’avais nul­le­ment conscience à l’époque.

Alors jeune lieu­te­nant chef de sec­tion d’infanterie de marine, j’ai pas­sé tout l’été 1992 au Rwan­da. Le pays fai­sait alors l’objet de la troi­sième grande offen­sive depuis 1990 du Front patrio­tique rwan­dais (FPR), ce mou­ve­ment for­mé d’exilés tut­sis en Ougan­da et qui, après avoir ser­vi la prise du pou­voir de Yowe­ri Muse­ve­ni à Kam­pa­la, retour­nait leurs armes en direc­tion de Kiga­li. Diri­gé ini­tia­le­ment par Fred Rwi­gye­ma, le FPR était diri­gé par Paul Kagame, reve­nu de for­ma­tion mili­taire aux États-Unis à l’annonce du mys­té­rieux assas­si­nat de son pré­dé­ces­seur par deux de ses offi­ciers. Com­po­sé de vété­rans aguer­ris, le FPR était un des der­niers mou­ve­ments armés poli­ti­sés et dis­ci­pli­nés issus des luttes pour les indé­pen­dances afri­caines et les réformes. Nous avions une cer­taine admi­ra­tion pour ce groupe armé, de loin le plus fort que nous ayons eu à affron­ter depuis les Tou­bous au Tchad. Oui mais voi­là, pour des rai­sons qui m’échappent encore le Pré­sident Mit­ter­rand et son fils Jean-Chris­tophe s’étaient pris de pas­sion pour les Grands Lacs et ses régimes poli­tiques, fran­co­phones du moins (n’hésitant pas par exemple six ans plus tôt à impo­ser un « car­re­four du déve­lop­pe­ment » fran­co-afri­cain à Bujum­bu­ra, à l’origine d’un beau scan­dale poli­ti­co-finan­cier). À la demande du Pré­sident Habya­ri­ma­na, un dic­ta­teur au pou­voir au Rwan­da depuis 1973, le chef des armées fran­çaises ordon­na donc de contrer le FPR avec une force dis­crète. Ce fut le déclen­che­ment de l’opération Noroit (ne cher­chez pas dans la liste offi­cielle des opé­ra­tions exté­rieures, elle en a mys­té­rieu­se­ment dis­pa­ru).

La suite