Mes­sieurs les cen­seurs, bonsoir ! »
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Mes­sieurs les cen­seurs, bonsoir ! »

Entre deux cor­rec­tions de copies et le sui­vi régu­lier de l’ac­tua­li­té, j’es­saye de lire tout ce qui sort en librai­rie ou dans la presse sur Mai 68, les évé­ne­ments et les idées, et cela nour­rit ma propre réflexion sur cette époque par­ti­cu­lière mais aus­si ses héri­tages et notre « bel aujourd’­hui ». Ain­si, je redé­couvre Mau­rice Cla­vel, sur­tout pré­sent aujourd’­hui dans la presse d’ins­pi­ra­tion catho­lique et grâce à Gérard Leclerc, son lec­teur fidèle et l’un des der­niers amis de ce pen­seur ori­gi­nal et non-confor­miste. J’a­voue que, la pre­mière fois que j’en ai enten­du par­ler, c’é­tait lors d’un pas­sage dans les locaux pari­siens de la Nou­velle Action Roya­liste, au milieu des années 1980, mais les com­bats de l’im­mé­diat du moment et mes lec­tures plus « maur­ras­siennes » d’a­lors ne m’a­vaient guère per­mis d’al­ler plus loin dans la décou­verte de ce « drôle de parois­sien » aux verres éton­nam­ment épais et peu esthé­tiques, mais à la si vive intel­li­gence. Aujourd’­hui, Cla­vel est peu cité et incon­nu des mutins de Tol­biac, ou des com­mé­mo­ra­teurs d’un « Mai » fan­tas­mé et deve­nu sté­rile d’a­voir été trop pla­gié sans avoir été ni com­pris ni intel­li­gem­ment cri­ti­qué par les clercs qui pré­tendent « faire l’opinion ».

Pour­tant, son « Mes­sieurs les cen­seurs, bon­soir », jeté à la face d’un ministre et d’une télé­vi­sion « aux ordres » quelques années après Mai 68, me semble, au-delà de l’heu­reuse for­mule, d’une grande actua­li­té à l’heure où la liber­té d’ex­pres­sion est de plus en plus enca­gée par les Tar­tuffes bien-pen­sants et, sou­vent, com­mu­nau­ta­ristes, et que par­ler libre­ment expose aux foudres judi­ciaires ou média­tiques des « fâcheux ». Désor­mais, la cen­sure ne vient plus seule­ment de l’État ou du par­ti domi­nant, elle s’af­firme sur (et par) les réseaux sociaux, dans les médias domi­nants (publics comme pri­vés), et, entre autres, dans les biblio­thèques et les uni­ver­si­tés, sous la hou­lette d’in­nom­brables Saint-Just : « Pas de liber­té pour les enne­mis de la Liber­té », a rem­pla­cé la for­mule de Jean Yanne, deve­nue mythe soixante-hui­tard avant que de deve­nir la règle d’un cer­tain libé­ra­lisme liber­taire, « Il est inter­dit d’in­ter­dire »… Ain­si, on est pas­sé de la bou­tade potache à la froide rigueur de la Ver­tu « révo­lu­tion­naire » ! Du désordre de 1789 à la Ter­reur de 1793…

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