Les enjeux reli­gieux de la sou­ve­rai­ne­té nationale

Les enjeux reli­gieux de la sou­ve­rai­ne­té nationale

Le Sacre de Napo­léon est un tableau de Jacques-Louis David, repré­sen­tant le cou­ron­ne­ment de l’im­pé­ra­trice José­phine par Bona­parte, à Notre-Dame de Paris, en pré­sence du pape Pie VII. Wiki­me­dia Commons.

Appré­hen­der la ques­tion de la nation et de la sou­ve­rai­ne­té dans un vieux pays comme la France ne peut être effec­tué avec per­ti­nence qu’en se réfé­rant à notre riche héri­tage ins­ti­tu­tion­nel et poli­tique pui­sant sa source à l’é­poque antique. C’est à cette pas­sion­nante plon­gée dans notre his­toire plu­ri­mil­lé­naire que nous convient l’é­co­no­miste Jacques Sapir et le phi­lo­sophe et théo­lo­gien Ber­nard Bour­din, dans ce livre qui retrans­crit leurs entre­tiens sous la conduite de Ber­trand Renouvin.

Dans une nation sécu­la­ri­sée comme le sont aujourd’­hui les États modernes, l’é­vo­ca­tion de la dimen­sion reli­gieuse paraî­trait presque déri­soire pour ana­ly­ser le fait du pou­voir éta­tique. Pour­tant, jus­qu’à la Révo­lu­tion fran­çaise, c’est le pou­voir divin et lui seul qui confé­rait sa légi­ti­mi­té au pou­voir tem­po­rel, qu’il soit trans­mis au roi par la média­tion de l’É­glise ou qu’il soit plus tard reçu direc­te­ment de Dieu. C’est aus­si en réac­tion aux san­glantes guerres de reli­gion et pour y mettre un terme que des juristes comme Jean Bodin ont été ame­nés à conce­voir les théo­ries de la sou­ve­rai­ne­té. Or les ins­ti­tu­tions dont nous sommes aujourd’­hui les héri­tiers sont pré­ci­sé­ment les fruits de cette his­toire dense et com­plexe, et com­prendre com­ment et pour­quoi elles ont été for­gées nous per­met de nous les appro­prier, de les appré­cier avec jus­tesse et de les adap­ter à l’é­poque contem­po­raine. Il est dif­fi­cile en effet de com­prendre la spé­ci­fi­ci­té de la laï­ci­té à la fran­çaise sans en connaître ses pré­misses dans la monar­chie abso­lue du XVIe siècle. Férus de culture huma­niste, les deux uni­ver­si­taires convoquent tour à tour his­toire, droit, éty­mo­lo­gie, phi­lo­so­phie et théo­lo­gie, pour offrir au lec­teur un éclai­rage ori­gi­nal et enri­chis­sant sur les liens étroits qui existent en Occi­dent entre la sou­ve­rai­ne­té, la nation et la reli­gion. Tout au long de ce dia­logue éru­dit qui nous fait par­cou­rir l’Eu­rope depuis les côtes atlan­tiques jus­qu’à ses confins orien­taux, on prend peu à peu conscience de l’im­por­tance de la notion de ter­ri­toire, sans laquelle celle de nation et plus encore celle de sou­ve­rai­ne­té se trouvent abso­lu­ment dénuées de sens. C’est ce qu’ex­prime Ber­nard Bour­din lors­qu’il sou­tient « qu’une forme poli­tique a un rap­port au temps, mais aus­si à l’es­pace, les deux étant étroi­te­ment liés. La nation est un ordre spa­tial qui est […] néces­saire, parce qu’il est à taille humaine et enclin à un ordre de paix ». 

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