La croix du Panthéon

La croix du Panthéon

L’affaire de la croix de Ploër­mel, au des­sus de la sta­tue de Jean-Paul II, n’a pas fini de faire des vagues, parce qu’elle pose quelques ques­tions élé­men­taires que les rigou­reux par­ti­sans de la laï­ci­té sont bien en peine d’esquiver. Sans doute, l’arrêt du Conseil d’État est conforme à une cer­taine logique, qui peut se récla­mer for­mel­le­ment de la loi de sépa­ra­tion de 1905. Mais d’innombrables pro­tes­ta­taires ont déjà objec­té et conti­nuent à objec­ter que des croix, il y en a par­tout dans l’espace public. Il y en a jusqu’au centre des plus humbles de nos hameaux. Fau­drait-il donc toutes les éra­di­quer, comme cela se dérou­la d’ailleurs au moment de la révo­lu­tion cultu­relle de l’an II, où l’on pro­cé­da à une radi­cale sécu­la­ri­sa­tion de l’espace public. Cela se pas­sait, il est vrai, en pleine Ter­reur, et cela anti­ci­pait la fameuse révo­lu­tion cultu­relle chi­noise qui vou­lut aus­si arra­cher vio­lem­ment l’ancien empire du Milieu à sa civi­li­sa­tion traditionnelle.

On a fait remar­quer aus­si que le monu­ment de Paris qui sym­bo­lise le plus la laï­ci­té répu­bli­caine, le Pan­théon, res­tait sur­mon­té d’une croix. Le temple laïque n’a pu être tota­le­ment arra­ché à sa des­ti­na­tion pre­mière d’église dédiée à sainte Gene­viève, patronne de Paris. Mais c’est une his­toire assez épous­tou­flante. Dans le pro­jet pri­mi­tif, ce n’était pas une croix qui était pré­vue au som­met du dôme, mais une grande sta­tue de Gene­viève. Une pre­mière croix avait pro­vi­soi­re­ment rem­pla­cé la sta­tue en pro­jet. Mais avec la trans­for­ma­tion de l’église en mau­so­lée, une autre sta­tue de neuf mètres de hau­teur repré­sen­tant une femme embou­chant une trom­pette avait été ins­tal­lée, avant que, sous la Res­tau­ra­tion, on y replace une croix en bronze doré.

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