La Monar­chie et la mémoire nationale

La Monar­chie et la mémoire nationale

Quelques jours avant sa mort, qui sur­vien­dra le 1er sep­tembre 1715, le roi Louis XIV s’adresse au futur régent : «  Vous allez voir un roi dans la tombe et un autre dans le ber­ceau. Sou­ve­nez-vous tou­jours de la mémoire de l’un et des inté­rêts de l’autre ».  En quelques mots forts, le roi mou­rant signale ain­si, pour l’éternité et pour les hommes qui savent entendre, toute la par­ti­cu­la­ri­té de l’histoire d’un pays et de la nature d’un État digne de ce nom, et rap­pelle au duc d’Orléans les devoirs du magis­trat suprême de l’État, y com­pris en l’absence pro­vi­soire de roi d’exercice, alors trop jeune pour régner (Louis XV n’a que cinq ans). Mais cette leçon est valable aujourd’hui encore, mal­gré la Répu­blique et sou­vent contre elle, et les roya­listes comme ceux qui ne le sont pas mais qui sou­haitent la péren­ni­té du pays et le bien-être de ses citoyens, peuvent s’en sou­ve­nir et, mieux que cela encore, la mettre en application.

« La mémoire de l’un », du pré­dé­ces­seur, n’est pas une mémoire figée mais doit être sou­mise à ce devoir d’inventaire qui n’est pas for­cé­ment des­truc­tion de ce qui a été fait, mais « tra­di­tion cri­tique », c’est-à-dire défal­ca­tion du pas­sif et valo­ri­sa­tion de l’actif utile et posi­tif : il ne s’agit pas pour le sou­ve­rain du pré­sent de défaire l’œuvre du pré­cé­dent mais d’en pour­suivre les grandes poli­tiques, avec son style per­son­nel, et en n’hésitant pas, si le besoin s’en fait sen­tir, de reve­nir sur cer­tains échecs ou incom­pré­hen­sions du règne d’avant. Lorsque le chan­ce­lier pro­nonce la for­mule rituelle qui finit un règne pour en ouvrir, immé­dia­te­ment, un autre, le fameux « le roi est mort, vive le roi », il laisse déjà entendre que la poli­tique du roi nou­veau sera bien une poli­tique du vivant, du long moment pré­sent et en cours, et à venir, et non la redite froide du règne du feu roi. Tout règne est, en soi, unique.

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