La séces­sion de la plèbe

La séces­sion de la plèbe

L’abstention mas­sive qui s’est encore aggra­vée au second tour des légis­la­tives pose quand même un sérieux pro­blème, alors que le pré­sident de la Répu­blique dis­pose main­te­nant d’une majo­ri­té qui lui donne tous les moyens de gou­ver­ner. On a par­lé, à juste titre, de la las­si­tude d’un élec­to­rat fati­gué d’une trop longue com­pé­ti­tion. On a aus­si insis­té sur la rési­gna­tion de ce même élec­to­rat, per­sua­dé que les choses étaient pliées avec l’élection d’Emmanuel Macron et la cer­ti­tude qu’il aurait sa majo­ri­té par­le­men­taire. Mais il est une autre façon d’envisager les choses, qui confère au phé­no­mène de l’abstention une den­si­té significative.

C’est Jean-Claude Bar­reau qui a lan­cé l’idée, avec un rap­pel his­to­rique de ce qui s’était pas­sé autre­fois dans la Répu­blique romaine. Dès le début de la Répu­blique, en effet, se pro­duit ce qu’on appelle la séces­sion de la plèbe. La plèbe, c’est le peuple qui n’appartient pas aux caté­go­ries supé­rieures, au patri­ciat qui tient en main la réa­li­té du pou­voir. Elle se rebelle contre le mépris dont elle est l’objet. En 499 avant Jésus-Christ, cette plèbe en armes se réfu­gie sur la col­line de l’Aventin et finit par obte­nir la créa­tion d’une magis­tra­ture char­gée de ses inté­rêts. On par­le­ra ain­si des tri­buns de la plèbe. L’expression est res­tée, elle a été employée à dif­fé­rentes reprises pour carac­té­ri­ser, par exemple, le rôle du Par­ti com­mu­niste. On par­lait alors de sa fonc­tion tri­bu­ni­cienne, eu égard à toute une popu­la­tion ouvrière, ou pro­lé­ta­rienne, dont il avait à défendre les intérêts.

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