Frère Adrien Can­diard : « Je suis sous le choc de ce double atten­tat en Égypte »
Adrien Candiard, frère dominicain et membre de l'Institut dominicain d'études orientales (Ideo) au Caire, il pose ici à l'occaion d'un entretien avec Le Figaro, au cours duquel il nous parle du livre qu'il vient de publier aux Editions Flammarion "Comprendre l'Islam (ou plutôt : pourquoi on n'y comprend rien)".

Frère Adrien Can­diard : « Je suis sous le choc de ce double atten­tat en Égypte »

Frère Adrien Can­diard, domi­ni­cain ©J‑C.MARMARA-FIGAROPHOTO

Domi­ni­cain ins­tal­lé au Caire, le frère Adrien Can­diard réagit au double atten­tat par­ti­cu­liè­re­ment meur­trier des Rameaux contre des fidèles chré­tiens à Tan­ta et Alexandrie.

Que savez-vous de cet atten­tat qui vient de sur­ve­nir et qui a bou­le­ver­sé ce matin le pape lui-même ?

Je suis sous le choc des atten­tats qui viennent de se pro­duire. Non pas qu’ils soient tout à fait sur­pre­nants : on savait que l’É­tat isla­mique, pré­sent en par­ti­cu­lier au Sinaï, avait déci­dé de viser spé­cia­le­ment les chré­tiens, et il l’a­vait mon­tré tant par l’at­ten­tat de jan­vier dans une église du Caire que par les attaques contre les chré­tiens de la ville d’al-Arish, contraints de quit­ter la région. Mais ces attaques, dont une visant le pape copte, contre des foules venues célé­brer la joie des Rameaux, et com­men­cer la semaine sainte… On l’ap­pelle ici « la semaine de la Pas­sion » : nous y sommes plus que jamais.

Pour­quoi les coptes sont-ils deve­nus des cibles de choix pour les isla­mistes en Égypte ?

Les jiha­distes ont un pro­gramme : mettre fin à la diver­si­té reli­gieuse au Proche et Moyen-Orient. Depuis des siècles, des dizaines de reli­gions et confes­sions dif­fé­rentes y coha­bitent, pas tou­jours très har­mo­nieu­se­ment, mais c’est la région du monde où la diver­si­té reli­gieuse a été, his­to­ri­que­ment, la plus grande. Or, en une géné­ra­tion, elle s’est réduite spec­ta­cu­lai­re­ment, en Irak, en Syrie, en Pales­tine… La plus grande com­mu­nau­té chré­tienne de la région, et de loin, ce sont les coptes, les chré­tiens d’É­gypte. Cette stra­té­gie de la ter­reur vise à les faire par­tir à leur tour. S’y ajoute éga­le­ment une forme d’at­taque contre le régime actuel : la prise de pou­voir du maré­chal Sis­si, contre les Frères musul­mans, en 2013, a été sou­te­nue par beau­coup de chré­tiens, inquiets de voir les isla­mistes au pouvoir.