Pour­quoi s’en­ga­ger à l’Ac­tion fran­çaise ?

Pour­quoi s’en­ga­ger à l’Ac­tion fran­çaise ?

L’Ac­tion fran­çaise est cen­te­naire. Son pre­mier comi­té remonte à 1899. Mou­ve­ment poli­tique, jour­nal (mars 1908) et cou­rant de pen­sée, “l’A.F.” a for­mé des géné­ra­tions de Fran­çais dévoués à leur patrie et à leur prince. L’En­quête sur la monar­chie, publiée par Maur­ras en 1901, enta­ma une cri­tique poli­tique de la plus haute valeur. Les mili­tants d’Ac­tion fran­çaise réus­sirent à impo­ser le cor­tège de Jeanne d’Arc tout d’a­bord inter­dit. De nom­breux Came­lots du Roi et amis de l’A.F. mou­rurent au champ d’hon­neur pen­dant la Pre­mière Guerre mon­diale. L’A.F. exer­ça une forte pres­sion pour réar­mer le pays et pour dénon­cer les trai­tés de 1918 – 1919 comme par­ti­ci­pant à une méca­nique homi­cide. Elle condam­na le “régime pour­ri” qui condui­sit la France à l’a­bîme, et orga­ni­sa les mani­fes­ta­tions du 6 février 1934. Durant la guerre, elle sou­tint le Maré­chal Pétain au nom de l’U­nion sacrée, mais condam­na réso­lu­ment et avant tout l’Oc­cu­pa­tion alle­mande qu’elle avait vou­lu empê­cher, et demeu­ra hos­tile aux col­la­bo­ra­tion­nistes ; après avoir dénon­cé les mêmes désastres du régime sous Marianne IV et V (Algé­rie), elle com­bat aujourd’­hui le pro­ces­sus fédé­ral euro­péen qui fait dis­pa­raître la réa­li­té poli­tique e la France.

Les pré­misses de l’Ac­tion fran­çaise, résu­mées par Maur­ras pour Mau­rice Bar­rès en 1899, peuvent ser­vir de fon­de­ment au nou­vel élan qui s’im­pose :

1) L’in­di­vi­du est d’a­bord social. (1)
2) La natio­na­li­té est la forme sociale la plus com­plète, solide et éten­due, et, depuis la dis­so­lu­tion de la chré­tien­té unie, la condi­tion abso­lue de toute huma­ni­té.
3) Entre Fran­çais alié­nés et exploi­tés, les ques­tions poli­tiques doivent être coor­don­nées et réso­lues par rap­port à l’in­té­rêt natio­nal.
4) Les trois pro­po­si­tions pré­cé­dentes doivent être la base d’un ensei­gne­ment et d’une pro­pa­gande sans relâche de la part de ceux qui en ont pris conscience (2).

I – L’ACTION FRANCAISE : UN TRESOR INTELLECTUEL
Le roya­lisme de Maur­ras est d’a­bord une conclu­sion phi­lo­so­phique en même temps qu’une méthode d’a­na­lyse : elle consti­tue une syn­thèse de Bonald, Maistre, Saint-Tho­mas, Bos­suet et elle est un héri­tage de l’hu­ma­nisme fran­çais et ita­lien, du mis­tra­lisme et de cer­tains aspects de la pen­sée d’Au­guste Comte, de Taine et de Renan. Elle a été relayée par la pen­sée de Pierre Bou­tang (La Poli­tique consi­dé­rée comme sou­ci, 1948 ; Reprendre le pou­voir, 1977). C’est la per­ma­nence de cette réflexion, plus encore que l’his­toire pro­pre­ment dite du mou­ve­ment, qui peut défi­nir aujourd’­hui un enga­ge­ment à l’Ac­tion fran­çaise. Non pas que Maur­ras soit un pen­seur exclu­sif, chez qui se résu­me­rait la tota­li­té des ques­tions et des réponses poli­tiques ou plus lar­ge­ment phi­lo­so­phiques : l’é­tat actuel de la socié­té et de la civi­li­sa­tion exige une exten­sion du socle intel­lec­tuel à des pen­seurs qui, pour n’être pas tous issus de l’Ac­tion fran­çaise, nour­rissent, enri­chissent et conso­lident le com­bat qui nous requiert.

À tra­vers la syn­thèse opé­rée par Maur­ras, il est pos­sible de retrou­ver tout d’a­bord ses propres ins­pi­ra­teurs, mais aus­si d’in­té­grer au com­bat roya­liste des notions, des concepts, des idées qui peuvent consti­tuer un enri­chis­se­ment. Trois axes fon­da­men­taux per­mettent cette inves­ti­ga­tion sans reti­rer à l’Ac­tion fran­çaise son ori­gi­na­li­té : la cri­tique de la démo­cra­tie, la défense de la nation fran­çaise, la royau­té. On peut même dire que la conjonc­tion de ces trois axes consti­tue l’hé­ri­tage propre de ce cou­rant et de ce mou­ve­ment.

Par­mi ces auteurs, il faut citer d’a­bord des pen­seurs proches de Maur­ras, conti­nua­teurs, amis ou com­pa­gnons : en tout pre­mier lieu Pierre Bou­tang, que Maur­ras a recon­nu comme son prin­ci­pal héri­tier ; Jacques Bain­ville, Léon Dau­det, Jacques Mari­tain (ses pre­mières oeuvres comme Anti­mo­derne, 1922). Des his­to­riens roya­listes ou proches : Daniel Halé­vy, Pierre Gaxotte, Jean Tulard, Fran­çois Bluche, Jean-Louis Harouel, Sté­phane Rials. Des auteurs ayant appar­te­nus à l’Ac­tion fran­çaise ou proches d’elle : Georges Ber­na­nos (dimen­sion spi­ri­tuelle et méta­phy­sique de l’his­toire, cri­tique de la démo­cra­tie, che­va­le­rie au ser­vice du prince) ; Gus­tave Thi­bon (sa cri­tique de l’es­prit d’abs­trac­tion : Retour au réel, 1943 ; Diag­nos­tics, 1946 ; L’é­qui­libre et l’har­mo­nie, 1976 ; Gabriel Mar­cel ; Roger Nimier Le Grand d’Es­pagne. A des titres divers, citons aus­si
d’é­mi­nents chantres de la France : Péguy, Bar­rès, Bloy, Bar­bey d’Au­ré­vil­ly, Vil­liers de l’Isle Adam, Bal­zac, et d’autres encore, étran­gers et proches : Dante, Dos­toïevs­ky, Ches­ter­ton, T.S. Elliot. Autant de noms qui, loin de consti­tuer un car­can, limi­té au seul poli­tique, consti­tuent une socié­té d’a­mis pour notre vie. Il faut ajou­ter à ces ter­ri­toires lit­té­raires et phi­lo­so­phiques, dans la mesure où la royau­té fran­çaise ne se conçoit pas (pas même chez Maur­ras) en dehors des cadres défi­nis par la chré­tien­té, les grands textes qui illu­minent la tra­di­tion catho­lique (par exemple saint Tho­mas d’A­quin : Petite somme poli­tique, 1997, Bos­suet, Bérulle, l’é­cole de Port-Royal, que Bou­tang a rap­pro­ché de l’Ac­tion fran­çaise).

Cepen­dant, il s’a­git bien sûr de s’en­ga­ger en connais­sance de cause : il importe de connaître la pen­sée adverse, au moins pour la res­sen­tir comme telle, et pour que l’en­ga­ge­ment se fonde bien sur notre liber­té et sur notre dis­cer­ne­ment. Il ne s’a­git pas non plus de dres­ser les “mau­vais” contre les “bons”, car tous défi­nissent l’Homme, qui est infi­ni­ment pro­blé­ma­tique, et L’a­ve­nir de l’in­tel­li­gence consti­tue une célé­bra­tion de la liber­té de l’es­prit face à la mon­tée de l’a­bru­tis­se­ment. L’un des pièges ten­dus par le monde pré­sent c’est de ne plus nuan­cer la pen­sée, de ne pas exer­cer son esprit cri­tique ni sa liber­té : si l’Ac­tion fran­çaise se veut un par­ti de l’in­tel­li­gence, elle doit constam­ment en four­nir les preuves.

On peut relire bien sûr cer­tains textes de Karl Marx, Hegel et Prou­dhon. Mais puis­qu’il faut parer au plus pres­sé, il convient sur­tout de lire cer­tains direc­teurs de la conscience poli­tique et moderne, plus ou moins fidè­le­ment sui­vis : Kant (ins­pi­ra­teur de l’u­ni­ver­sa­lisme moderne), Rous­seau (idéal répu­bli­cain), cer­tains éco­no­mistes modernes, Aron (essen­tiel pour com­prendre les rap­ports entre éco­no­mie et poli­tique dans les socié­tés indus­trielles), Cas­to­ria­dis (pro­mo­teur de “l’au­to­no­mie” poli­tique). Des ouvrages sur le libé­ra­lisme, que le cou­rant maur­ras­sien ne peut d’ailleurs pas reje­ter tota­le­ment (Manet, Jaume). Sup­plé­ments phi­lo­so­phiques : le néo-paga­nisme (Gué­non, Evo­la) ; le struc­tu­ra­lisme (Der­ri­da, Fou­cault, Deleuze).

II – NATURE DE L’ENGAGEMENT A L’A.F
L’en­ga­ge­ment poli­tique est un pro­duit de réflexion, de coïn­ci­dences, de concor­dances, où la rai­son ne four­nit qu’un motif par­mi d’autres. Ce sont peut-être d’a­bord la véri­té, la lumière, la tra­di­tion, l’a­mour de notre pays qui nous retiennent, et qui nous font recon­naître comme leurs ser­vi­teurs. Cer­tains enga­ge­ments résultent d’a­mi­tiés, d’autres sont sus­ci­tés par la volon­té de res­sem­bler à des maîtres, à des héros, à des pen­seurs fas­ci­nants qui nous ont per­mis de pro­gres­ser dans notre vie et dans notre intel­li­gence mais ils risquent de limi­ter l’ef­fort indi­vi­duel à une “pose”, vite dis­soute par les impé­ra­tifs et les écueils de la vie. On ne s’en­gage pas en poli­tique pour se pro­té­ger ou se dis­traire, mais pour ser­vir une cause que l’on croit juste et belle.

Le véri­table fon­de­ment de l’en­ga­ge­ment roya­liste, par­ti­cu­liè­re­ment évident à l’Ac­tion fran­çaise, c’est le ser­vice dés­in­té­res­sé de la France et son Prince. Les par­tis poli­tiques offrent des places, du pou­voir, de l’argent ; leurs membres peuvent par­fois comp­ter sur l’ap­pui d’autres par­tis pour “avan­cer” dans leur car­rière, rece­voir un ser­vice. L’A.F., exté­rieure par défi­ni­tion au régime répu­bli­cain, n’offre ni argent, ni pou­voir dans les sphères de l’E­tat. Sa misère est sou­vent sa gloire. Elle sug­gère un enga­ge­ment plei­ne­ment dés­in­té­res­sé, elle fait appel à un ser­vice qui a pour seule récom­pense cer­taine la satis­fac­tion, le bon­heur ou la joie de vivre plus loin que soi-même, de se trou­ver sous le regard invi­sible du Prince, dans une espé­rance démul­ti­pliée pour son pays. D’un autre côté, elle pro­met un enri­chis­se­ment intel­lec­tuel qui débouche natu­rel­le­ment sur une action. Le dépé­ris­se­ment actuel de l’en­ga­ge­ment poli­tique est encore un effet du démo­cra­tisme indi­vi­dua­liste, que la socié­té ins­tille de son propre mou­ve­ment social et men­tal : l’a­ban­don au cours des choses consti­tue sa méca­nique, sa pro­po­si­tion constante.

La spé­ci­fi­ci­té de l’en­ga­ge­ment “maur­ras­sien”, au sens large, réside dans la prise de conscience que l’His­toire est la maî­tresse science en poli­tique : c’est elle qui four­nit les exemples pré­cé­dents, et qui per­met à la fois de com­prendre le pré­sent et d’ap­pré­hen­der l’a­ve­nir à sa juste mesure (3). Cette méthode relie donc plei­ne­ment au pas­sé sans nos­tal­gie folle, parce qu’elle est pro­fon­dé­ment tour­née vers les vic­toires futures.

III – LES QUESTIONS QUI SE POSENT
Un cer­tain nombre de ques­tions se posent aujourd’­hui de manière pres­sante, qui renou­velle la por­tée du pro­gramme ini­tial de l’Ac­tion fran­çaise.

1) Dans l’é­tat actuel des choses, il est dif­fi­cile de res­tau­rer une monar­chie pour demain mais il convient de la pré­pa­rer pour après-demain, d’en faire connaître la cré­di­bi­li­té et la néces­si­té :
a. la France est d’ores et déjà inté­grée dans une fédé­ra­tion qui limite consi­dé­ra­ble­ment son pou­voir juri­dique sur elle-même ;
b. la socié­té actuelle est essen­tiel­le­ment libé­rale et indi­vi­dua­liste : ni cou­tume, ni tra­di­tion, ni socle fami­lial cer­tain, ni catho­li­cisme “flam­bant” pour appui à un tel des­sein ;

2) La monar­chie future demeure indé­fi­nis­sable (par­le­men­taire ? consti­tu­tion­nelle ? auto­ri­taire ?) pour le moment, c’est à dire tant que la France ne s’é­di­fie pas poli­ti­que­ment, tant qu’elle suc­combe à la dic­ta­ture de la démo­cra­tie tech­ni­ciste et libé­rale. En revanche, l’Ac­tion fran­çaise pro­pose un modèle de monar­chie en har­mo­nie avec l’his­toire et avec la réa­li­té pré­sente, mais aus­si conforme au pro­jet de Mgr le Comte de Paris.

3) Pour des rai­sons his­to­riques, poli­tiques et polé­miques, l’Ac­tion fran­çaise est uni­for­mé­ment assi­mi­lée à un par­ti d’ex­trême-droite par les médias. Elle désigne la Démo­cra­tie, l’u­ni­ver­sa­lisme, l’es­prit d’abs­trac­tion, l’ou­bli du patrio­tisme, la domi­na­tion du Poli­tique par l’é­co­no­mie comme des fléaux ; elle rejette abso­lu­ment toute forme de racisme, de même que le cos­mo­po­li­tisme, la confu­sion des peuples, l’a­nar­chisme, l’hu­ma­ni­ta­risme et le pro­gres­sisme.
L’Ac­tion fran­çaise, dans son fond phi­lo­so­phique et intel­lec­tuel, n’est donc pas un par­ti d’ex­trême-droite, mais le prin­ci­pal cou­rant roya­liste, qui est celui de la plus grande tra­di­tion poli­tique fran­çaise (4). Elle refuse de se lais­ser cata­lo­guer dans des caté­go­ries qui n’ont pas pré­si­dé à sa concep­tion. Adver­saire du fas­cisme, du nazisme et du com­mu­nisme, elle se sent pro­fon­dé­ment reliée à l’his­toire des rois qui ont fait la France, à la grande geste de saint Louis et à celle de Jeanne d’Arc, où elle puise sa voca­tion.

4) En outre, il est recon­nu qu’une part des ins­ti­tu­tions de la Ve Répu­blique et l’ac­tion du géné­ral de Gaulle se sont ins­pi­rées de Maur­ras. La por­tée de l’Ac­tion fran­çaise dans le siècle n’est pas confi­née à une espèce de conten­te­ment intel­lec­tuel. Le géné­ral De Gaulle a for­mé le pro­jet de dési­gner le Comte de Paris comme son suc­ces­seur (Dia­logues sur la France, Lat­tès ; n° 41 des Pro­vin­ciales ; F. Rou­villois : Les ori­gines de la Vème Répu­blique, Que sais-je ?).

IV – LES DIRECTIONS DU COMBAT
Elles sont conformes à toute la tra­di­tion d’Ac­tion fran­çaise et du roya­lisme fran­çais.

1) Le pre­mier com­bat doit se por­ter contre le fédé­ra­lisme euro­péen, qui détruit la liber­té de notre pays, et le fait sor­tir de l’His­toire. L’U­nion Euro­péenne est une dévia­tion tech­no­cra­tique et poli­ti­cienne d’une construc­tion qui pou­vait être intel­li­gem­ment envi­sa­gée (Voir le Mani­feste pour la sou­ve­rai­ne­té de la France et la bro­chure L’Eu­rope contre la nation fran­çaise).

2) La cri­tique de l’Ac­tion fran­çaise ne doit pas la dési­gner comme étran­gère à la liber­té ou à la nation : il va de la per­son­na­li­té de ce mou­ve­ment de ser­vir l’in­té­rêt de la France selon les pro­blèmes immé­diats qui se posent à elle, et de ne pas assé­ner un pro­gramme sans rap­port avec la réa­li­té. Elle peut insis­ter en par­ti­cu­lier sur les preuves mani­festes de l’é­chec du régime démo­cra­tique et de l’illu­sion indi­vi­dua­liste, telle qu’elle ne cesse de croître.

Ceci engage donc une cri­tique dans les domaines sui­vants :

a) Poli­tique fran­çaise et euro­péenne :
– le rem­pla­ce­ment de la Consti­tu­tion (répu­bli­caine, mais encore fran­çaise) par une pseu­do-consti­tu­tion qui fait de la France un simple Etat fédé­ré ;
– liée à la ques­tion pré­cé­dente, la poli­tique étran­gère est la condi­tion d’une véri­table sur­vie de la France ; le trai­té d’Am­ster­dam rend l’i­ni­tia­tive fran­çaise condi­tion­nelle, c’est à dire dépen­dante des ins­ti­tu­tions euro­péennes. L’in­té­gra­tion de la poli­tique étran­gère dans les struc­tures inter­na­tio­nales rend la France lar­ge­ment inca­pable de défendre ses inté­rêts spé­ci­fiques en Afrique notam­ment, ais aus­si dans l’O­céan Indien (à la satis­fac­tion des “par­te­naires” euro­péens et des Etats-Unis).
– la créa­tion des “euro­ré­gions”, phé­no­mène tech­no­cra­tique et euro­péen contre l’u­ni­té du pays ;
– la démis­sion poli­tique qui consiste à accep­ter une consti­tu­tion euro­péenne qui nie la liber­té poli­tique du pays ;

b) La poli­tique inté­rieure :
– la déres­pon­sa­bi­li­sa­tion du pou­voir poli­tique ; le renon­ce­ment à une ges­tion spé­ci­fi­que­ment natio­nale de l’é­co­no­mie, sur les points où cette res­pon­sa­bi­li­té est pos­sible ;
– l’in­fluence des lob­bies, le pour­ris­se­ment de classe poli­tique ;
– la logique oli­gar­chique par laquelle la Démo­cra­tie sub­siste for­mel­le­ment ;
– l’ex­ten­sion indé­fi­nie de l’ad­mi­nis­tra­tion ;
– le point de vue uti­li­ta­riste sur la poli­tique d’im­mi­gra­tion ;

c) La vie poli­tique et reli­gieuse :
– l’emprise des grands médias rend impos­sible l’exer­cice démo­cra­tique, vaste démen­ti de la démo­cra­tie elle-même ;
– l’illu­sion selon laquelle le ser­vice de la France serait le plus effi­cace au Front natio­nal ; pour des rai­sons com­plexes, ce par­ti, en dépit de son patrio­tisme, est à son insu un agent de la démo­cra­tie ;
– l’an­ti-chris­tia­nisme, qui pro­gresse non seule­ment dans les médias, mais aus­si dans l’E­tat lui-même ;

d) Des pro­blèmes de socié­té comme :
– l’E­tat-pro­vi­dence : il connaît dans les pays occi­den­taux une crise, et appelle une réforme pro­fonde (les ins­ti­tu­tions actuelles sont-elles capables de résoudre ce grave pro­blème ?) ;
– la réduc­tion des savoirs à une pra­tique uti­li­ta­riste, qui détruit la dimen­sion de l’homme énon­cée par l’hu­ma­nisme renais­sant et par le chris­tia­nisme ; la pra­tique incon­di­tion­nelle de l’an­glais inter­na­tio­nal dans la sphère éco­no­mique et dans l’en­sei­gne­ment ; l’ho­mo­gé­néi­sa­tion cultu­relle ;
– l’in­dif­fé­rence et le nihi­lisme, qui appellent la bar­ba­rie ;
– le pro­blème de l’ur­ba­nisme ;

e) Une cri­tique d’ordre phi­lo­so­phique doit sans cesse pré­ci­ser le conte­nu de ces com­bats. On peut résu­mer ici quelques erreurs constam­ment mises en lumière et dénon­cées dans le cou­rant d’Ac­tion fran­çaise : l’an­thro­po­cen­trisme, le sub­jec­ti­visme, l’i­déa­lisme, l’é­ga­li­ta­risme, le rela­ti­visme, la réduc­tion de la per­sonne humaine à la chose ou à l’agent de pro­duc­tion et de consom­ma­tion (5). Des ques­tions se posent : la défi­ni­tion du “bien com­mun”, la notion de “peuple fran­çais”, l’im­puis­sance actuelle de la volon­té poli­tique dans l’é­co­no­mie et le mar­ché, l’É­tat-pro­vi­dence, la dis­pa­ri­tion d’une morale com­mune ; le biais par lequel l’a­ban­don de l’i­déal démo­cra­tique per­met­trait la réap­pro­pria­tion poli­tique de l’his­toire, le prin­cipe d’au­to­ri­té, les nou­velles formes sociales, etc.…

EN CONCLUSION ET OUVERTURE

L’en­semble de ces pers­pec­tives, briè­ve­ment résu­mées, a pour centre logique et char­nel la nation dont nous sommes issus, et le Prince qui l’in­carne. Celui-ci, par sa nais­sance, détient la pro­messe de la péren­ni­té de la France : que seront les membres de l’Ac­tion fran­çaise, sinon les ser­vi­teurs dévoués de cet héri­tage garan­tis­sant par leur exemple la réa­li­té et la pos­si­bi­li­té his­to­rique de la royau­té ? L’exis­tence de chaque roya­liste consti­tue en effet la chance infi­ni­té­si­male et totale de cette royau­té, en même temps la preuve de l’exis­tence authen­tique de la tra­di­tion fran­çaise. Des avant-postes de la France au com­bat, des mous­que­taires ou che­va­liers, des per­sonnes pro­fon­dé­ment amies des Fran­çais et des hommes, voi­là ce que sont aujourd’­hui les roya­listes.

De manière plus immé­diate, il faut obser­ver que l’af­fi­ni­té roya­liste pro­po­sée par l’Ac­tion fran­çaise est encore lar­ge­ment répan­due en France, d’une façon beau­coup plus tan­gible qu’on ne le décrit géné­ra­le­ment. Ce cou­rant demeure, par la pro­fon­deur de ses ques­tions et des ses réflexions, le pre­mier, en face du mar­xisme, du libé­ra­lisme et du démo­cra­tisme. Il a éclai­ré non seule­ment des intel­lec­tuels, des artistes, mais aus­si des hommes poli­tiques par­fois éloi­gnés, qui y ont trou­vé une forme par­ti­cu­liè­re­ment aiguë et probe du patrio­tisme. De nom­breux pen­seurs, jour­na­listes et poli­ti­ciens font sou­vent réfé­rence à Maur­ras sans le savoir ou en le sachant, ou bien le com­battent taci­te­ment. Cer­tains élé­ments des ins­ti­tu­tions de la Vème Répu­blique ont été ins­pi­rés par le cou­rant maur­ras­sien ; d’autres, ou les mêmes, ins­pirent des par­tis poli­tiques, des cou­rants de pen­sée. On peut dire que la tra­di­tion roya­liste demeure, dans son fond comme dans son exi­gence la tou­jours nou­velle élite du patrio­tisme fran­çais. Elle est la seule “école” roya­liste moderne à offrir une telle dimen­sion intel­lec­tuelle ; pour elle, l’at­ta­che­ment à l’i­dée royale ne pro­cède pas de gémis­se­ments et de plaintes sur le pas­sé dis­pa­ru : le sen­ti­ment y accom­pagne la rai­son, au lieu de la sou­mettre et de renon­cer à elle.
L’en­ga­ge­ment à l’Ac­tion fran­çaise peut donc demeu­rer une chance pour la France : il suf­fit pour cela de faire pro­gres­ser sans cesse sa volon­té et son intel­li­gence, et de se sen­tir pro­fon­dé­ment concer­né par le des­tin de nos com­pa­triotes. La puis­sance de mort de la démo­cra­tie n’a jamais été aus­si évi­dente, l’é­chec des uto­pies du XVIIIème siècle (l’i­dée du pro­grès) n’a jamais été aus­si patent : le droit du Prince naît du besoin du peuple.

Cette bro­chure est adres­sée aux per­sonnes qui entrent à l’Ac­tion fran­çaise afin de les aider à défi­nir le rôle et la por­tée de leur com­bat, à quelque niveau qu’il se situe.


NOTE

(1) Cette pri­mau­té de la socia­bi­li­té humaine ne consti­tue pas une oppo­si­tion à la pri­mau­té spi­ri­tuelle et chré­tienne de l’homme : elle le défi­nit dans sa condi­tion pra­tique, immé­diate, tem­po­relle, sans le bor­ner à cette condi­tion. Il ne s’a­git pas d’être Fran­çais au lieu d’être un homme, mais d’être homme, et de consta­ter la pri­mau­té poli­tique de cette nais­sance fran­çaise. De même, la pri­mau­té du poli­tique, n’im­plique pas un renon­ce­ment à d’autres dimen­sions. Maur­ras suit Saint Tho­mas lors­qu’il écrit : « Quand nous disons « poli­tique d’a­bord », nous disons : la poli­tique la pre­mière, la pre­mière dans l’ordre du temps, nul­le­ment dans l’ordre de la digni­té. Autant dire que la route doit être prise d’a­bord que d’ar­ri­ver à son point ter­mi­nus ; la flèche et l’arc seront sai­sis avant de tou­cher la cible. On m’é­par­gne­ra de cher­cher aujourd’­hui dans la Somme théo­lo­gique l’axiome élé­men­taire d’a­près lequel les voies et moyens sont dis­po­sés en avant des fins. » Dic­tion­naire poli­tique et cri­tique, IV, p.100

(2) Il s’a­git d’un pro­gramme d’ac­tion, non d’une défi­ni­tion de l’ordre poli­tique sou­hai­table, qui est la royau­té. Rap­pe­lons ici que l’AF ou Maur­ras sans le roi, cette idée, insi­nuée par cer­tains his­to­riens ou par des membres du Front natio­nal, consti­tue une impos­ture et une absur­di­té.

(3) Cette « spé­cia­li­té » de l’Ac­tion fran­çaise tient à la phi­lo­so­phie et à la méthode poli­tique de Maur­ras, com­plé­tées par la pen­sée de Jacques Bain­ville. Mais on peut la rat­ta­cher aus­si à Mon­taigne et à Jacques Amyot, pour qui « la mémoire est le tré­sor de l’en­ten­de­ment ». L’his­toire natio­nale est une péda­go­gie per­ma­nente, un exer­cice de luci­di­té : par elle, l’his­toire sort du champ propre de la science pour entrer dans une démarche poli­tique, indis­pen­sable à la per­pé­tui­té de la nation elle-même.

(4) Il faut dénon­cer en par­ti­cu­lier la com­bi­nai­son de la pen­sée unique qui consiste à rap­pro­cher ceux dont on ne par­tage pas les convic­tions d’i­déo­lo­gies odieuses, pour les dis­cré­di­ter. Cet ultra-mora­lisme, à fins poli­tiques, com­pro­met en revanche l’ef­fort de la conscience morale, qui demande une autre rigueur.

(5) Pen­seur essen­tiel­le­ment poli­tique, Maur­ras ne néglige pas pour autant les pré­misses méta­phy­siques de la Poli­tique, comme en témoignent la Démo­cra­tie reli­gieuse, Le Che­min de Para­dis et Anti­gone vierge-mère de l’Ordre.