Pourquoi s’engager à l’Action française ?

Pourquoi s’engager à l’Action française ?

L’Action française est centenaire. Son premier comité remonte à 1899. Mouvement politique, journal (mars 1908) et courant de pensée, “l’A.F.” a formé des générations de Français dévoués à leur patrie et à leur prince. L’Enquête sur la monarchie, publiée par Maurras en 1901, entama une critique politique de la plus haute valeur. Les militants d’Action française réussirent à imposer le cortège de Jeanne d’Arc tout d’abord interdit. De nombreux Camelots du Roi et amis de l’A.F. moururent au champ d’honneur pendant la Première Guerre mondiale. L’A.F. exerça une forte pression pour réarmer le pays et pour dénoncer les traités de 1918-1919 comme participant à une mécanique homicide. Elle condamna le “régime pourri” qui conduisit la France à l’abîme, et organisa les manifestations du 6 février 1934. Durant la guerre, elle soutint le Maréchal Pétain au nom de l’Union sacrée, mais condamna résolument et avant tout l’Occupation allemande qu’elle avait voulu empêcher, et demeura hostile aux collaborationnistes ; après avoir dénoncé les mêmes désastres du régime sous Marianne IV et V (Algérie), elle combat aujourd’hui le processus fédéral européen qui fait disparaître la réalité politique e la France.

Les prémisses de l’Action française, résumées par Maurras pour Maurice Barrès en 1899, peuvent servir de fondement au nouvel élan qui s’impose :

1) L’individu est d’abord social. (1)
2) La nationalité est la forme sociale la plus complète, solide et étendue, et, depuis la dissolution de la chrétienté unie, la condition absolue de toute humanité.
3) Entre Français aliénés et exploités, les questions politiques doivent être coordonnées et résolues par rapport à l’intérêt national.
4) Les trois propositions précédentes doivent être la base d’un enseignement et d’une propagande sans relâche de la part de ceux qui en ont pris conscience (2).

I – L’ACTION FRANCAISE : UN TRESOR INTELLECTUEL
Le royalisme de Maurras est d’abord une conclusion philosophique en même temps qu’une méthode d’analyse : elle constitue une synthèse de Bonald, Maistre, Saint-Thomas, Bossuet et elle est un héritage de l’humanisme français et italien, du mistralisme et de certains aspects de la pensée d’Auguste Comte, de Taine et de Renan. Elle a été relayée par la pensée de Pierre Boutang (La Politique considérée comme souci, 1948 ; Reprendre le pouvoir, 1977). C’est la permanence de cette réflexion, plus encore que l’histoire proprement dite du mouvement, qui peut définir aujourd’hui un engagement à l’Action française. Non pas que Maurras soit un penseur exclusif, chez qui se résumerait la totalité des questions et des réponses politiques ou plus largement philosophiques : l’état actuel de la société et de la civilisation exige une extension du socle intellectuel à des penseurs qui, pour n’être pas tous issus de l’Action française, nourrissent, enrichissent et consolident le combat qui nous requiert.

À travers la synthèse opérée par Maurras, il est possible de retrouver tout d’abord ses propres inspirateurs, mais aussi d’intégrer au combat royaliste des notions, des concepts, des idées qui peuvent constituer un enrichissement. Trois axes fondamentaux permettent cette investigation sans retirer à l’Action française son originalité : la critique de la démocratie, la défense de la nation française, la royauté. On peut même dire que la conjonction de ces trois axes constitue l’héritage propre de ce courant et de ce mouvement.

Parmi ces auteurs, il faut citer d’abord des penseurs proches de Maurras, continuateurs, amis ou compagnons : en tout premier lieu Pierre Boutang, que Maurras a reconnu comme son principal héritier ; Jacques Bainville, Léon Daudet, Jacques Maritain (ses premières oeuvres comme Antimoderne, 1922). Des historiens royalistes ou proches : Daniel Halévy, Pierre Gaxotte, Jean Tulard, François Bluche, Jean-Louis Harouel, Stéphane Rials. Des auteurs ayant appartenus à l’Action française ou proches d’elle : Georges Bernanos (dimension spirituelle et métaphysique de l’histoire, critique de la démocratie, chevalerie au service du prince) ; Gustave Thibon (sa critique de l’esprit d’abstraction : Retour au réel, 1943 ; Diagnostics, 1946 ; L’équilibre et l’harmonie, 1976 ; Gabriel Marcel ; Roger Nimier Le Grand d’Espagne. A des titres divers, citons aussi
d’éminents chantres de la France : Péguy, Barrès, Bloy, Barbey d’Aurévilly, Villiers de l’Isle Adam, Balzac, et d’autres encore, étrangers et proches : Dante, Dostoïevsky, Chesterton, T.S. Elliot. Autant de noms qui, loin de constituer un carcan, limité au seul politique, constituent une société d’amis pour notre vie. Il faut ajouter à ces territoires littéraires et philosophiques, dans la mesure où la royauté française ne se conçoit pas (pas même chez Maurras) en dehors des cadres définis par la chrétienté, les grands textes qui illuminent la tradition catholique (par exemple saint Thomas d’Aquin : Petite somme politique, 1997, Bossuet, Bérulle, l’école de Port-Royal, que Boutang a rapproché de l’Action française).

Cependant, il s’agit bien sûr de s’engager en connaissance de cause : il importe de connaître la pensée adverse, au moins pour la ressentir comme telle, et pour que l’engagement se fonde bien sur notre liberté et sur notre discernement. Il ne s’agit pas non plus de dresser les “mauvais” contre les “bons”, car tous définissent l’Homme, qui est infiniment problématique, et L’avenir de l’intelligence constitue une célébration de la liberté de l’esprit face à la montée de l’abrutissement. L’un des pièges tendus par le monde présent c’est de ne plus nuancer la pensée, de ne pas exercer son esprit critique ni sa liberté : si l’Action française se veut un parti de l’intelligence, elle doit constamment en fournir les preuves.

On peut relire bien sûr certains textes de Karl Marx, Hegel et Proudhon. Mais puisqu’il faut parer au plus pressé, il convient surtout de lire certains directeurs de la conscience politique et moderne, plus ou moins fidèlement suivis : Kant (inspirateur de l’universalisme moderne), Rousseau (idéal républicain), certains économistes modernes, Aron (essentiel pour comprendre les rapports entre économie et politique dans les sociétés industrielles), Castoriadis (promoteur de “l’autonomie” politique). Des ouvrages sur le libéralisme, que le courant maurrassien ne peut d’ailleurs pas rejeter totalement (Manet, Jaume). Suppléments philosophiques : le néo-paganisme (Guénon, Evola) ; le structuralisme (Derrida, Foucault, Deleuze).

II – NATURE DE L’ENGAGEMENT A L’A.F
L’engagement politique est un produit de réflexion, de coïncidences, de concordances, où la raison ne fournit qu’un motif parmi d’autres. Ce sont peut-être d’abord la vérité, la lumière, la tradition, l’amour de notre pays qui nous retiennent, et qui nous font reconnaître comme leurs serviteurs. Certains engagements résultent d’amitiés, d’autres sont suscités par la volonté de ressembler à des maîtres, à des héros, à des penseurs fascinants qui nous ont permis de progresser dans notre vie et dans notre intelligence mais ils risquent de limiter l’effort individuel à une “pose”, vite dissoute par les impératifs et les écueils de la vie. On ne s’engage pas en politique pour se protéger ou se distraire, mais pour servir une cause que l’on croit juste et belle.

Le véritable fondement de l’engagement royaliste, particulièrement évident à l’Action française, c’est le service désintéressé de la France et son Prince. Les partis politiques offrent des places, du pouvoir, de l’argent ; leurs membres peuvent parfois compter sur l’appui d’autres partis pour “avancer” dans leur carrière, recevoir un service. L’A.F., extérieure par définition au régime républicain, n’offre ni argent, ni pouvoir dans les sphères de l’Etat. Sa misère est souvent sa gloire. Elle suggère un engagement pleinement désintéressé, elle fait appel à un service qui a pour seule récompense certaine la satisfaction, le bonheur ou la joie de vivre plus loin que soi-même, de se trouver sous le regard invisible du Prince, dans une espérance démultipliée pour son pays. D’un autre côté, elle promet un enrichissement intellectuel qui débouche naturellement sur une action. Le dépérissement actuel de l’engagement politique est encore un effet du démocratisme individualiste, que la société instille de son propre mouvement social et mental : l’abandon au cours des choses constitue sa mécanique, sa proposition constante.

La spécificité de l’engagement “maurrassien”, au sens large, réside dans la prise de conscience que l’Histoire est la maîtresse science en politique : c’est elle qui fournit les exemples précédents, et qui permet à la fois de comprendre le présent et d’appréhender l’avenir à sa juste mesure (3). Cette méthode relie donc pleinement au passé sans nostalgie folle, parce qu’elle est profondément tournée vers les victoires futures.

III – LES QUESTIONS QUI SE POSENT
Un certain nombre de questions se posent aujourd’hui de manière pressante, qui renouvelle la portée du programme initial de l’Action française.

1) Dans l’état actuel des choses, il est difficile de restaurer une monarchie pour demain mais il convient de la préparer pour après-demain, d’en faire connaître la crédibilité et la nécessité :
a. la France est d’ores et déjà intégrée dans une fédération qui limite considérablement son pouvoir juridique sur elle-même ;
b. la société actuelle est essentiellement libérale et individualiste : ni coutume, ni tradition, ni socle familial certain, ni catholicisme “flambant” pour appui à un tel dessein ;

2) La monarchie future demeure indéfinissable (parlementaire ? constitutionnelle ? autoritaire ?) pour le moment, c’est à dire tant que la France ne s’édifie pas politiquement, tant qu’elle succombe à la dictature de la démocratie techniciste et libérale. En revanche, l’Action française propose un modèle de monarchie en harmonie avec l’histoire et avec la réalité présente, mais aussi conforme au projet de Mgr le Comte de Paris.

3) Pour des raisons historiques, politiques et polémiques, l’Action française est uniformément assimilée à un parti d’extrême-droite par les médias. Elle désigne la Démocratie, l’universalisme, l’esprit d’abstraction, l’oubli du patriotisme, la domination du Politique par l’économie comme des fléaux ; elle rejette absolument toute forme de racisme, de même que le cosmopolitisme, la confusion des peuples, l’anarchisme, l’humanitarisme et le progressisme.
L’Action française, dans son fond philosophique et intellectuel, n’est donc pas un parti d’extrême-droite, mais le principal courant royaliste, qui est celui de la plus grande tradition politique française (4). Elle refuse de se laisser cataloguer dans des catégories qui n’ont pas présidé à sa conception. Adversaire du fascisme, du nazisme et du communisme, elle se sent profondément reliée à l’histoire des rois qui ont fait la France, à la grande geste de saint Louis et à celle de Jeanne d’Arc, où elle puise sa vocation.

4) En outre, il est reconnu qu’une part des institutions de la Ve République et l’action du général de Gaulle se sont inspirées de Maurras. La portée de l’Action française dans le siècle n’est pas confinée à une espèce de contentement intellectuel. Le général De Gaulle a formé le projet de désigner le Comte de Paris comme son successeur (Dialogues sur la France, Lattès ; n° 41 des Provinciales ; F. Rouvillois : Les origines de la Vème République, Que sais-je ?).

IV – LES DIRECTIONS DU COMBAT
Elles sont conformes à toute la tradition d’Action française et du royalisme français.

1) Le premier combat doit se porter contre le fédéralisme européen, qui détruit la liberté de notre pays, et le fait sortir de l’Histoire. L’Union Européenne est une déviation technocratique et politicienne d’une construction qui pouvait être intelligemment envisagée (Voir le Manifeste pour la souveraineté de la France et la brochure L’Europe contre la nation française).

2) La critique de l’Action française ne doit pas la désigner comme étrangère à la liberté ou à la nation : il va de la personnalité de ce mouvement de servir l’intérêt de la France selon les problèmes immédiats qui se posent à elle, et de ne pas asséner un programme sans rapport avec la réalité. Elle peut insister en particulier sur les preuves manifestes de l’échec du régime démocratique et de l’illusion individualiste, telle qu’elle ne cesse de croître.

Ceci engage donc une critique dans les domaines suivants :

a) Politique française et européenne :
– le remplacement de la Constitution (républicaine, mais encore française) par une pseudo-constitution qui fait de la France un simple Etat fédéré ;
– liée à la question précédente, la politique étrangère est la condition d’une véritable survie de la France ; le traité d’Amsterdam rend l’initiative française conditionnelle, c’est à dire dépendante des institutions européennes. L’intégration de la politique étrangère dans les structures internationales rend la France largement incapable de défendre ses intérêts spécifiques en Afrique notamment, ais aussi dans l’Océan Indien (à la satisfaction des “partenaires” européens et des Etats-Unis).
– la création des “eurorégions”, phénomène technocratique et européen contre l’unité du pays ;
– la démission politique qui consiste à accepter une constitution européenne qui nie la liberté politique du pays ;

b) La politique intérieure :
– la déresponsabilisation du pouvoir politique ; le renoncement à une gestion spécifiquement nationale de l’économie, sur les points où cette responsabilité est possible ;
– l’influence des lobbies, le pourrissement de classe politique ;
– la logique oligarchique par laquelle la Démocratie subsiste formellement ;
– l’extension indéfinie de l’administration ;
– le point de vue utilitariste sur la politique d’immigration ;

c) La vie politique et religieuse :
– l’emprise des grands médias rend impossible l’exercice démocratique, vaste démenti de la démocratie elle-même ;
– l’illusion selon laquelle le service de la France serait le plus efficace au Front national ; pour des raisons complexes, ce parti, en dépit de son patriotisme, est à son insu un agent de la démocratie ;
– l’anti-christianisme, qui progresse non seulement dans les médias, mais aussi dans l’Etat lui-même ;

d) Des problèmes de société comme :
– l’Etat-providence : il connaît dans les pays occidentaux une crise, et appelle une réforme profonde (les institutions actuelles sont-elles capables de résoudre ce grave problème ?) ;
– la réduction des savoirs à une pratique utilitariste, qui détruit la dimension de l’homme énoncée par l’humanisme renaissant et par le christianisme ; la pratique inconditionnelle de l’anglais international dans la sphère économique et dans l’enseignement ; l’homogénéisation culturelle ;
– l’indifférence et le nihilisme, qui appellent la barbarie ;
– le problème de l’urbanisme ;

e) Une critique d’ordre philosophique doit sans cesse préciser le contenu de ces combats. On peut résumer ici quelques erreurs constamment mises en lumière et dénoncées dans le courant d’Action française : l’anthropocentrisme, le subjectivisme, l’idéalisme, l’égalitarisme, le relativisme, la réduction de la personne humaine à la chose ou à l’agent de production et de consommation (5). Des questions se posent : la définition du “bien commun”, la notion de “peuple français”, l’impuissance actuelle de la volonté politique dans l’économie et le marché, l’État-providence, la disparition d’une morale commune ; le biais par lequel l’abandon de l’idéal démocratique permettrait la réappropriation politique de l’histoire, le principe d’autorité, les nouvelles formes sociales, etc.…

EN CONCLUSION ET OUVERTURE

L’ensemble de ces perspectives, brièvement résumées, a pour centre logique et charnel la nation dont nous sommes issus, et le Prince qui l’incarne. Celui-ci, par sa naissance, détient la promesse de la pérennité de la France : que seront les membres de l’Action française, sinon les serviteurs dévoués de cet héritage garantissant par leur exemple la réalité et la possibilité historique de la royauté ? L’existence de chaque royaliste constitue en effet la chance infinitésimale et totale de cette royauté, en même temps la preuve de l’existence authentique de la tradition française. Des avant-postes de la France au combat, des mousquetaires ou chevaliers, des personnes profondément amies des Français et des hommes, voilà ce que sont aujourd’hui les royalistes.

De manière plus immédiate, il faut observer que l’affinité royaliste proposée par l’Action française est encore largement répandue en France, d’une façon beaucoup plus tangible qu’on ne le décrit généralement. Ce courant demeure, par la profondeur de ses questions et des ses réflexions, le premier, en face du marxisme, du libéralisme et du démocratisme. Il a éclairé non seulement des intellectuels, des artistes, mais aussi des hommes politiques parfois éloignés, qui y ont trouvé une forme particulièrement aiguë et probe du patriotisme. De nombreux penseurs, journalistes et politiciens font souvent référence à Maurras sans le savoir ou en le sachant, ou bien le combattent tacitement. Certains éléments des institutions de la Vème République ont été inspirés par le courant maurrassien ; d’autres, ou les mêmes, inspirent des partis politiques, des courants de pensée. On peut dire que la tradition royaliste demeure, dans son fond comme dans son exigence la toujours nouvelle élite du patriotisme français. Elle est la seule “école” royaliste moderne à offrir une telle dimension intellectuelle ; pour elle, l’attachement à l’idée royale ne procède pas de gémissements et de plaintes sur le passé disparu : le sentiment y accompagne la raison, au lieu de la soumettre et de renoncer à elle.
L’engagement à l’Action française peut donc demeurer une chance pour la France : il suffit pour cela de faire progresser sans cesse sa volonté et son intelligence, et de se sentir profondément concerné par le destin de nos compatriotes. La puissance de mort de la démocratie n’a jamais été aussi évidente, l’échec des utopies du XVIIIème siècle (l’idée du progrès) n’a jamais été aussi patent : le droit du Prince naît du besoin du peuple.

Cette brochure est adressée aux personnes qui entrent à l’Action française afin de les aider à définir le rôle et la portée de leur combat, à quelque niveau qu’il se situe.


NOTE

(1) Cette primauté de la sociabilité humaine ne constitue pas une opposition à la primauté spirituelle et chrétienne de l’homme : elle le définit dans sa condition pratique, immédiate, temporelle, sans le borner à cette condition. Il ne s’agit pas d’être Français au lieu d’être un homme, mais d’être homme, et de constater la primauté politique de cette naissance française. De même, la primauté du politique, n’implique pas un renoncement à d’autres dimensions. Maurras suit Saint Thomas lorsqu’il écrit : « Quand nous disons « politique d’abord », nous disons : la politique la première, la première dans l’ordre du temps, nullement dans l’ordre de la dignité. Autant dire que la route doit être prise d’abord que d’arriver à son point terminus ; la flèche et l’arc seront saisis avant de toucher la cible. On m’épargnera de chercher aujourd’hui dans la Somme théologique l’axiome élémentaire d’après lequel les voies et moyens sont disposés en avant des fins. » Dictionnaire politique et critique, IV, p.100

(2) Il s’agit d’un programme d’action, non d’une définition de l’ordre politique souhaitable, qui est la royauté. Rappelons ici que l’AF ou Maurras sans le roi, cette idée, insinuée par certains historiens ou par des membres du Front national, constitue une imposture et une absurdité.

(3) Cette « spécialité » de l’Action française tient à la philosophie et à la méthode politique de Maurras, complétées par la pensée de Jacques Bainville. Mais on peut la rattacher aussi à Montaigne et à Jacques Amyot, pour qui « la mémoire est le trésor de l’entendement ». L’histoire nationale est une pédagogie permanente, un exercice de lucidité : par elle, l’histoire sort du champ propre de la science pour entrer dans une démarche politique, indispensable à la perpétuité de la nation elle-même.

(4) Il faut dénoncer en particulier la combinaison de la pensée unique qui consiste à rapprocher ceux dont on ne partage pas les convictions d’idéologies odieuses, pour les discréditer. Cet ultra-moralisme, à fins politiques, compromet en revanche l’effort de la conscience morale, qui demande une autre rigueur.

(5) Penseur essentiellement politique, Maurras ne néglige pas pour autant les prémisses métaphysiques de la Politique, comme en témoignent la Démocratie religieuse, Le Chemin de Paradis et Antigone vierge-mère de l’Ordre.