Que veulent les royalistes ?

Que veulent les royalistes ?

Par Jean Phi­lippe Chauvin

De récents évé­ne­ments ont mis en lumière des roya­listes contes­ta­taires inter­ve­nant lors d’une assem­blée du Conseil régio­nal sié­geant à Tou­louse et, sou­vent, évo­qués par les médias de manière peu sym­pa­thique, avec cris d’orfraies et fan­tasmes, croyant aper­ce­voir der­rière les quelques mili­tants de l’Action Fran­çaise per­tur­ba­teurs un vaste com­plot extré­miste… Comme si deux mani­fes­tants tenant une ban­de­role et lan­çant quelques slo­gans repré­sen­taient un « péril » pour la Répu­blique. Si tel devait être le cas, avouons que cela serait fort peu ras­su­rant pour… la Répu­blique ! Nous, roya­listes sociaux, trou­vons sin­gu­lier ce grand effroi des médias et des poli­ti­ciens (« le pays légal » évo­qué par Maur­ras) qui res­semble à ce que l’écrivain émi­nem­ment roya­liste Georges Ber­na­nos trai­tait de « grande peur des bien-pen­sants » … Il ne nous appar­tient pas de défendre l’Action Fran­çaise et ses mani­fes­ta­tions, mais nous ne hur­le­rons pas avec les loups, fidèles à la devise capé­tienne : « Savoir rai­son garder ».

En revanche, c’est l’occasion de dres­ser un petit tableau, très suc­cinct, des prin­ci­pales idées dans les­quelles la plu­part des roya­listes (mais pas tous, soyons modestes et lucides, et ce n’est pas for­cé­ment une mau­vaise chose), qu’ils se disent d’Action Fran­çaise ou qu’ils soient proches de la Nou­velle Action Roya­liste ou de l’Alliance Royale, se recon­naissent et pour les­quelles ils militent, cha­cun à leur façon.

1. L’attachement à la nation fran­çaise, à sa longue his­toire et à son indé­pen­dance diplo­ma­tique, c’est-à-dire au refus de l’alignement sys­té­ma­tique sur les États-Unis, ali­gne­ment qui carac­té­rise trop fré­quem­ment les autres États d’Europe. Cela entraîne une cer­taine méfiance à l’égard de l’Union Euro­péenne, du moins telle qu’elle se construit actuel­le­ment. Les roya­listes sont, avec des nuances diverses, pour une Europe qui prenne en compte les nations, soit dans le cadre d’une Confé­dé­ra­tion (refus du « fédé­ra­lisme euro­péen » ou de « l’Europe fédé­rale ») des États d’Europe, soit dans le cadre d’une Europe des cercles concen­triques (un noyau dur consti­tué par quelques États-moteurs et une orga­ni­sa­tion de l’UE orga­ni­sée en cercles concen­triques selon le degré d’intégration des États dans les poli­tiques com­munes de l’UE).

2. L’attachement à la France, c’est aus­si une prise en compte de son his­toire, de toute son his­toire, y com­pris les tra­gé­dies qui l’ont par­se­mée. La France n’est pas née en 1789, mais en 987 avec l’élection d’Hugues Capet (l’État) et en 1214 avec la vic­toire de Bou­vines (la nation fran­çaise), et elle est le fruit d’une action poli­tique de long terme des rois capé­tiens, jusqu’à la dynas­tie des Bour­bons, une action qui s’est pour­sui­vie au-delà de la Révo­lu­tion mais dont l’efficacité et la visi­bi­li­té ont été lar­ge­ment affai­blies durant les Répu­bliques et les Empires. Quand la Monar­chie royale a su unir les Fran­çais après les grandes dis­cordes (guerre de Cent ans, guerres de reli­gion, Révo­lu­tion fran­çaise), la Répu­blique n’a jamais su, en géné­ral, que ravi­ver les plaies, vivant de cette divi­sion des Fran­çais qui lui per­met, encore, de régner, de pré­si­den­tielle en présidentielle…

3. La volon­té d’une ins­tau­ra­tion royale pour rendre à la France sa « tête » et sa « liber­té d’État », sa sou­ve­rai­ne­té : c’est le cœur même de l’idéal roya­liste, la monar­chie royale « à la fran­çaise » n’étant que le moyen ins­ti­tu­tion­nel poli­tique pour per­mettre au pays et à ses citoyens (et non-citoyens, ou citoyens en deve­nir) « d’être et de durer au monde ». L’instauration d’une Nou­velle Monar­chie doit être, dans les années qui suivent l’acte d’instauration, légi­ti­mée par trois prin­cipes majeurs : 1 : uni­té fran­çaise sur le plan inté­rieur comme en diplo­ma­tie, et fédé­ra­trice des « pro­vinces unies de France » ; 2 : sou­ci envi­ron­ne­men­tal ; 3 : jus­tice sociale.

4. Une large décen­tra­li­sa­tion pour per­mettre une meilleure « res­pi­ra­tion des com­mu­nau­tés » (famille, com­mune, région, entre­prise, etc.) et rendre leurs « pou­voirs » (liber­tés concrètes d’agir sur leur envi­ron­ne­ment social et poli­tique proche) aux corps sociaux et aux per­sonnes : c’est l’une des bases du com­bat roya­liste qui peut se résu­mer selon la vieille for­mule : « L’autorité au som­met, les liber­tés à la base » ou « Sub rege, rei publi­cae » (Sous le roi, les liber­tés publiques). C’est aus­si l’application poli­tique du prin­cipe de sub­si­dia­ri­té. Le roi est juste le trait d’union entre les pro­vinces, il est l’incarnation de l’unité natio­nale par-delà les dif­fé­rences com­mu­nau­taires, pro­vin­ciales ou reli­gieuses : Louis XVI, d’ailleurs, s’adressait aux peuples de France (au pluriel) …

5. Une poli­tique ambi­tieuse sur le long terme qui n’est pos­sible que par l’existence d’un « État durable », c’est-à-dire ins­crit dans la durée et la per­ma­nence, la conti­nui­té, État qui ne peut être que la Monar­chie à trans­mis­sion héré­di­taire : « le roi est mort, vive le roi ! », est la for­mule la plus simple et la plus humai­ne­ment natu­relle pour trans­mettre la magis­tra­ture suprême de l’État à tra­vers les âges et les générations.

Les roya­listes ne sont pas des « doux dingues » ou des « extré­mistes farouches » : ils n’ont qu’une ambi­tion, ser­vir au mieux la France et, pour cela, lui redon­ner le meilleur outil qui soit : la Monar­chie royale. Non pour « se ser­vir » et cher­cher que­relle aux concur­rents poli­ti­ciens. Mais, juste pour ser­vir la France et ceux qui vivent et croient en elle, sur ses ter­ri­toires comme au-delà de ses fron­tières, pour le sou­ve­nir d’hier et les géné­ra­tions d’aujourd’hui et de demain !