Rap­port Sto­ra (4)

Rap­port Sto­ra (4)

Par Jean Monneret

Pan­théo­ni­sa­tion du ter­ro­risme : un mes­sage clair pour les quar­tiers « sensibles »

Une des plus grandes injus­tices nées de ce qui se dit ou s’écrit sur la guerre d’Algérie est l’oubli des 25.000 jeunes Fran­çais qui tom­bèrent dans les com­bats. Certes, le Quai Bran­ly a accueilli un monu­ment des­ti­né à les hono­rer. Ceci n’est pas négli­geable, mais qui pense à eux par­mi ceux que concernent les ques­tions mémorielles ?

Plus rares encore sont ceux qui se sou­cièrent des mili­taires por­tés dis­pa­rus. C’est le mérite per­son­nel du Géné­ral Four­nier d’avoir tenu à les recher­cher et à récon­for­ter leurs familles. L’Administration, quant à elle, igno­rait jusqu’à leur nombre. Le Géné­ral a consa­cré plu­sieurs années à cette tâche. Ils doivent être recher­chés et leurs restes recueillis. Nous réaf­fir­mons ici que ces morts ou por­tés dis­pa­rus n’ont pas com­bat­tu en vain. Ils ont péri dans la lutte contre le ter­ro­risme, donc pour la Liber­té. Dans cer­tains milieux, on est aux anti­podes de tout cela. Ce sont les vic­times de l’Armée fran­çaise, exclu­si­ve­ment, qui retiennent l’attention. 

Le pon­dé­reux rap­port Sto­ra est long et fas­ti­dieux. S’y alignent d’interminables consi­dé­ra­tions sen­ten­cieuses où le sim­plisme le dis­pute à l’insignifiance. Sto­ra semble ain­si accor­der de l’importance au dépôt d’une plaque par M. Dela­noë, évo­quant les mani­fes­ta­tions du 17 Octobre 1961. Nous n’oublions pas, quant à nous, que toute l’opération fut basée sur les « recherches » d’un « his­to­rien maoïste », alors que les tra­vaux d’un authen­tique uni­ver­si­taire furent soi­gneu­se­ment négligés.

Un autre his­to­rien authen­tique, Moham­med Har­bi pense que ne pas étu­dier le pas­sé colo­nial ferait le lit de l’islamisme. Peut-être. Mais l’étudier n’importe com­ment et le faire dans un esprit vic­ti­maire est bien pire. Or, c’est exac­te­ment ce qui se passe depuis trente ans.

Une masse de films, télé­films et docu­men­taires s’est déver­sée sur nos écrans petits et grands. Une vaste majo­ri­té en était ins­pi­rée par une idéo­lo­gie anti­co­lo­niale aus­si som­maire qu’antifrançaise. A‑t-on réflé­chi aux consé­quences de cette mise en accu­sa­tion sans limites et uni­que­ment à charge a pu avoir dans nos ban­lieues ron­gées par l’islamisme ? Le ter­reau du ter­ro­risme s’est gor­gé de ces émis­sions, si peu sou­cieuses de véri­té historique. *

L’Université, long­temps dis­crète est entrée dans la danse. Hélas, ce fut sou­vent pour y nour­rir d’épaisses cohortes d’anticoloniaux « dés­in­hi­bés » (com­prendre enga­gés). L’Université s’est mon­trée plus à la remorque des media que sou­cieuse de les gui­der ou de les rectifier.

Qui s’étonnera si après avoir pas­sé en revue les 3 décen­nies écou­lées, M. Sto­ra abou­tit à cette conclu­sion aus­si sur­pre­nante qu’inattendue : « Pour un grand nombre d’historiens fran­çais, la res­pon­sa­bil­té pre­mière du conflit se com­prend par l’établissement d’un sys­tème colo­nial, très ferme, inter­di­sant, pen­dant plus d’un siècle, la pro­gres­sion des droits pour les « indi­gènes musul­mans » (Page 132.) Alors là cha­peau ! Ca c’est fort ; bra­vo l’artiste ! La guerre colo­niale vient du sys­tème colo­nial. Il fal­lait y pen­ser. On songe irré­sis­ti­ble­ment à la ver­tu dor­mi­tive de l’opium chez les méde­cins de Molière. (Vous savez : l’opium fait dor­mir car il contient une ver­tu dor­mi­tive).

Nous ter­mi­ne­rons par le final, comme il se doit. Sto­ra sug­gère que la dépouille de Mme Gisèle Hali­mi soit dépo­sée au Pan­théon. Là, on atteint les hau­teurs. Que Mme Hali­mi fut une bonne avo­cate, exact. Mais flan­quée de Simone de Beau­voir, elle a por­té très loin la cri­tique de l’Armée Française.

 Alors que vou­lez –vous ? Entre la poi­gnée de mains aux ter­ro­ristes et la Pan­théo­ni­sa­tion de leurs avo­cats ! A l’heure où le ter­ro­risme est deve­nu un fléau pla­né­taire ! Cer­tains auront du mal à suivre. Por­ter Me Hali­mi au Pan­théon serait un geste « fort » nous dit Sto­ra. Si fort qu’il ébran­le­rait la Nation.

Pour­ra-t-on encore deman­der à des jeunes de ver­ser leur sang pour la Patrie, si demain, tel ou tel obnu­bi­lé de l’isme en vogue, pour­ra les stig­ma­ti­ser au nom d’une idéo­lo­gie ou d’une autre, por­tée par les cir­cons­tances, l’opportunité du moment, ou la pleutrerie.

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*___Que dire de la poi­gnée de main de Jacques Chi­rac aux poseurs de bombes Dja­mi­la Bou­hi­red et Yacef Saa­di lors de son voyage de 2002 en Algé­rie ? Là encore on ima­gine les effets dans les quar­tiers sensibles.