Noël inter­dit au Québec

Noël inter­dit au Québec

2020 aura été sans contre­dit l’année du nou­vel ordre sani­taire. Ce nou­veau régime est moins un pro­duit ex nihi­lo que l’aboutissement de logiques et de façons de pen­ser propres à la moder­ni­té. Jamais le monde n’aura été autant codi­fié et asep­ti­sé : place au safe space poli­tique, psy­cho­lo­gique et main­te­nant sani­taire. Naguère lieu d’échange et de saines confron­ta­tions, l’espace public est déser­té (phy­si­que­ment comme intel­lec­tuel­le­ment) au fur et à mesure que nous sommes invi­tés à res­ter confi­nés dans notre bulle pour notre san­té phy­sique et men­tale. De notre confi­ne­ment tou­jours plus grand naît une pola­ri­sa­tion tou­jours plus grande. C’est le triomphe de la chambre d’écho.  

Des colonnes de chiffres, tou­jours des colonnes de chiffres…

Le nou­vel ordre nous fait entrer dans une socié­té qui n’est plus qu’un amon­cel­le­ment de pho­bies et d’égocentrismes, un uni­vers de l’aplanissement total où la pos­si­bi­li­té de l’aventure est réduite à néant. Tout est ges­tion du risque, bilans, inven­taires et police d’assurance. Notre monde désen­chan­té ne réflé­chit plus qu’en termes de résul­tats, d’objectifs et d’oppressions poten­tielles (frei­ner plus de cas, épar­gner plus, opti­mi­ser des ser­vices, être plus repré­sen­ta­tif de tel groupe, etc.). Nous quan­ti­fions et mesu­rons sans cesse, comme si les nombres affi­chés sur nos écrans pou­vaient résu­mer nos vies entières. 

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