L’A­frique Réelle n°125 – Mai 2020
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L’A­frique Réelle n°125 – Mai 2020

Som­maire

Dos­sier : Qui sont les jiha­distes sahé­liens ?
- Sahel : jiha­disme ou ban­di­tisme jiha­di­sé ?
- Au nord, des tra­fics abri­tés der­rière le paravent isla­mique
- Maci­na-Soum-Lip­ta­ko, des causes d’abord endo­gènes
- La région des « quatre fron­tières », front orien­tal du Sahel

Edi­to­rial de Ber­nard Lugan : Sahel : et si le déve­lop­pe­ment pro­vo­quait la guerre ?

Les conflits du Sahel cen­tral ne sont pas une consé­quence de la raré­fac­tion des res­sources ali­men­taires puisque, entre 1999 et 2016, la pro­duc­tion céréa­lière y a été mul­ti­pliée par trois. Paral­lè­le­ment, le ter­ro­risme a embra­sé la région. Pour­quoi ?
Si les res­sources ali­men­taires ont été mul­ti­pliées par trois, c’est parce que les sur­faces culti­vées ont aug­men­té de 25%. Un résul­tat essen­tiel­le­ment obte­nu par la mise en culture de pâtu­rages. Donc aux dépens des pas­teurs. Sur leurs anciens ter­rains de par­cours, les Peul ont ain­si vu s’installer des colons alloch­tones dont, avant la colo­ni­sa­tion, ils raz­ziaient les ancêtres. Leur mode d’existence étant mena­cé, ils se sont tour­nés vers les jiha­distes. Plus géné­ra­le­ment, si nous regar­dons les micro­phé­no­mènes, et non plus les seuls macro­phé­no­mènes, nous consta­tons que ce n’est pas tant autour des anciens points d’eau qu’ont lieu les affron­te­ments, mais autour des nou­veaux puits creu­sés par les ONG et des sur­faces d’irrigation sub­ven­tion­nées par l’Union euro­péenne. Cer­tains pro­jets marai­chers por­tés par les « sau­veurs de la pla­nète » sont même de véri­tables fac­teurs de guerre. Ils qua­drillent en effet des zones humides désor­mais inter­dites aux pas­teurs et qui leur sont pour­tant vitales. 

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